Semaine du 23 au 29 novembre 2016 - Numéro 1152
Un geste d'ouverture
  Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a gracié cette semaine 82 prisonniers, en grande majorité des jeunes. Un geste d'apaisement salué par les forces politiques.
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Lors de la Conférence de la jeunesse à Charm Al-Cheikh, le président Al-Sissi avait promis de libérer les jeunes emprisonnés. Promesse tenue.
May Al-Maghrabi23-11-2016

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a ratifié jeudi une grâce présidentielle accordée à 82 prisonniers. Il s’agit en grande majorité d’étudiants incarcérés pour avoir participé à des manifestations non autorisées. Certains d’entre eux avaient été en outre condamnés pour atteinte à l’ordre public ou incitation à la violence. Une concrétisation de la promesse donnée par le président lors de la Conférence de la jeunesse, tenue il y a trois semaines. Le président Al-Sissi s’était alors engagé à revoir les dossiers des jeunes incarcérés. Il avait aussi promis le réexamen de la loi sur les manifestations qui a conduit à l’emprisonnement de certains d’entre eux. Cette loi controversée, en vigueur depuis 2014, interdit et pénalise tout rassemblement sans autorisation préalable du ministère de l’Intérieur.

Cette grâce présidentielle est la cinquième depuis l’élection du président Al-Sissi. La liste des graciés comprend une trentaine d’étudiants. Parmi les graciés figure le présentateur de télévision et chercheur Islam Al-Béheiri, condamné en décembre dernier à un an de prison pour atteinte à la religion. Le photographe de presse Mohamad Ali Salah, 21 ans, figure également parmi les personnes libérées, de même que le médecin Ahmad Saïd, 35 ans, condamné à deux ans de prison en décembre 2015 pour sa participation à la commémoration des événements de la rue Mohamad Mahmoud, qui avaient témoigné, à l’issue de la révolution de 2011, d’affrontements sanglants entre les manifestants et les forces de sécurité.

La totalité des graciés ont été libérés vendredi de la prison d’Al-Aqrab, où l’ambiance était émouvante: des dizaines de familles ont accueilli les leurs avec les youyous mêlés de larmes. « Ma libération redonne de l’espoir à des dizaines d’autres jeunes incarcérés, en majorité innocents. Cette grâce devrait être un début pour revoir la loi sur la manifestation en vertu de laquelle des centaines d’autres jeunes sont toujours derrière les barreaux », a réagi le médecin Ahmad Saïd à sa sortie de prison. Pour sa part, Islam Al-Béheiri a remercié le président Sissi pour cette grâce qui marque, selon lui, le « triomphe de la liberté d’expression ». « Cette grâce prouve mon innocence », a déclaré Al-Béheiri.

Ces libérations pourraient être un prélude à d’autres, attendues la semaine prochaine, a annoncé le comité chargé d’étudier les cas de jeunes emprisonnés qui pourront bénéficier d’une grâce présidentielle. Ce comité, mis en place il y a deux semaines, s’est penché dans un premier temps sur les jeunes faisant l’objet d’un verdict. « Notre priorité a été accordée aux jeunes étudiants condamnés à des peines définitives pour leur permettre de poursuivre leurs études », assure Mohamad Abdel-Aziz, membre du comité. De même, le comité s’est penché sur les condamnés dans des procès relatifs à la liberté d’expression et aux manifestations. « La nature de ce comité est purement consultative et il ne s’ingère pas dans les prérogatives de la justice. On travaille en coordination avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice pour élaborer des rapports sur les prisonniers méritant le pardon, et la décision finale revient au président de la République », souligne Abdel-Aziz.

Le Conseil national de droits de l’homme a exprimé sa satisfaction suite à ces grâces qu’il qualifie de « prometteuses ». Abdel-Ghaffar Chokr, vice-président du conseil, réclame toutefois d’élargir les critères de sélection pour inclure les plus âgés, les prisonniers souffrant de maladies chroniques et surtout les journalistes emprisonnés en raison de délits de publication ou arrêtés lors de la couverture de manifestations.

D’autres mesures attendues

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Cependant, si les forces politiques et les défenseurs des droits de l’homme saluent cette grâce présidentielle, ils rappellent que des centaines d’activistes sont encore derrière les barreaux. Certains critiquent aussi le fait que des figures des révolutions du 25 janvier et du 30 juin n’ont pas été graciées. Selon Karim Al-Saqqa, membre du comité, cette grâce présidentielle constitue un indice de la volonté de l’Etat d’ouvrir une nouvelle page avec les jeunes. « Il s’agit aussi d’un message positif à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce pas important contribue aussi à atténuer le climat politique tendu depuis la révolution du 30 juin. Les événements qui ont suivi cette révolution ont été accompagnés de manifestations violentes », estime Al-Saqqa. Sur la même longueur d’onde, Hussein Abdel-Razeq, cadre du parti du Rassemblement, salue une initiative qu’il qualifie de « positive ». Il trouve toutefois que ce pas doit être suivi par d’autres. « Il faut rétablir les relations avec les jeunes qui ont été le fer de lance de la révolution du 25 janvier. Il n’y aura jamais de stabilité sans véritable démocratie capable de contenir les opposants avant les partisans », estime Abdel-Razeq.

L’avocat des droits de l’homme, Mohamad Zarée, appelle, quant à lui, à réviser la loi sur les manifestations et à reconsidérer les mesures prises contre les manifestants pacifiques issus des forces civiles. « C’est dans l’intérêt du pays de ne pas perdre les jeunes qui forment 60% de la population. Une tranche importante à ne pas négliger et qu’il faut réintégrer dans la vie politique. Les réformes politiques et économiques ne pourront pas avancer sans un processus politique inclusif. L’Etat doit oeuvrer en vue de combler le fossé entre ses opposants et ses partisans », Souhaite Zarée.

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