Semaine du 2 au 8 novembre 2016 - Numéro 1149
Caroline Maher : Sportive et militante
  Ex-championne de taekwondo, directrice de ressources humaines et conseillère de l’ONG Helm (rêve), Caroline Maher est la plus jeune membre du parlement égyptien. Son objectif : Améliorer les droits des handicapés et des sportifs dans la société.
Caroline Maher
Caroline Maher, directrice de ressources humaines et conseillère de l’ONG Helm (rêve). (Photo : Ahmad Aref)
May Sélim02-11-2016

Depuis décembre dernier, sa vie a complètement changé. L’ex-championne de taekwondo, directrice de Ressources Humaines (RH) à Peugeot et militante qui défend les droits sociaux des handicapés, Caroline Maher a été désignée par le président égyptien en tant que membre du parlement. Ainsi, l’activiste de la société civile, souvent surnommée « la chatte féroce » par les médias sportifs, devient la plus jeune députée. « Je suis habituée à faire plusieurs choses en même temps. Le parlement constitue une vraie responsabilité puisqu’il touche aux décisions de l’Etat et aux législations ayant trait aux droits des citoyens. J’espère oeuvrer pour le bien de tout le pays », souligne, à l’aide des mots bien précis, Caroline Maher.

Elle parle sur un ton rapide et passionné. L’épithète « féroce », que lui a attribuée la presse, donne une fausse image de l’ex-championne qui a remporté tant de médailles internationales. On s’attendait à rencontrer une femme rigide, musclée, qui a renoncé à son côté féminin. Cependant, Maher surprend par son allure coquette, ses longs cheveux bouclés et son sourire charmant. « Etre nommée au parlement signifie que l’Etat apprécie mes exploits sportifs et mon action sociale. Je fais de mon mieux pour tout apprendre et partager mes expériences avec les autres ».

Le premier jour passé sous la coupole du parlement, Maher était inquiète, un peu mal à l’aise. Elle a alors décidé de bien étudier ses dossiers et d’en profiter pour atteindre des objectifs assez concrets, en ce qui concerne les droits des handicapés, des femmes et des sportifs. « Au départ, j’étais absorbée par les élections des commissions spécialisées au sein du parlement et par la réglementation. J’ai aidé à fonder une nouvelle commission pour la solidarité familiale et les handicapés ». De plus, elle devait acquérir des connaissances sur les lois politiques qui ne faisaient pas forcément partie de ses intérêts. Maher lisait sur tout pour s’initier et suivait des stages et des ateliers de formation parlementaire. « C’est une belle occasion, pour moi, d’essayer d’améliorer le statut des sportifs en Egypte et de reformuler les lois sur le sport qui s’intéressent plus aux institutions qu’aux individus. Je crois qu’il faut se focaliser sur les droits des champions ou des athlètes, dans le but de leur fournir une sécurité sociale et une pension de retraite lorsqu’ils arrêtent de jouer. Il faut penser à leur fournir un travail professionnel, une fois la quarantaine passée. C’est-à-dire après une carrière sportive de 10 ou de 20 ans. Avec l’aide d’autres commissions, on essaye de repenser les droits de la femme pour atteindre une véritable équité sociale », explique la jeune députée. Et d’ajouter : « Au départ, je ne savais pas comment gérer mon emploi du temps. Parfois les séances duraient jusqu’à l’aube. Mais j’ai appris à m’organiser différemment et à vivre en accéléré ».

Caroline Maher maintient aussi ses responsabilités comme directrice de RH à Peugeot et conseillère de l’association Helm (rêve), une ONG travaillant pour la défense et l’instauration des droits des handicapés. « Helm est un projet conçu par mon jeune frère et son amie. J’y travaille comme conseillère volontaire ». Après une longue journée passée au parlement, elle se rend le soir à Helm. « c’est une question de priorités. J’essaye d’avoir un seul jour de congé ou même un petit après-midi de libre pour voir mes amis et ma famille. Celle-ci, très compréhensible, m’a toujours soutenue », dit-elle, pour exprimer sa grande gratitude.

De sa petite voix se dégage une passion énorme que la fatigue ne peut altérer. Une pause rapide, un casse-croûte qu’elle grignote à la hâte, et elle retrouve tout de suite sa pleine capacité.

L’ex-championne de taekwondo ne regrette rien tout au long de son parcours. Chez elle, il est difficile de compter les médailles accrochées aux murs. Depuis sa première participation à un championnat international en Allemagne, elle multiplie les victoires et les titres. Puis en 2015, elle déclare quitter le jeu, pour de bon, afin de se consacrer à sa vie professionnelle, trouvant qu’il était temps de faire autre chose. « Mon histoire avec le taekwondo a débuté par pure coïncidence, à l’âge de 9 ans. Je faisais du tennis. Le taekwondo, en tant qu’art martial, ne m’avait jamais attirée jusque-là. Au club, une amie m’a demandé de l’accompagner à son exercice. J’ai donc observé le jeu et ses techniques m’ont beaucoup impressionnée », raconte-t-elle. Un art martial jusqu’à présent dominé par les hommes ? Oui, mais Caroline Maher y excelle au point de rejoindre rapidement l’équipe nationale des jeunes. « Le taekwondo n’est pas un jeu de force. C’est plutôt un sport artistique basé sur l’intelligence et la rapidité », précise l’ex-championne qui a défié les préjugés sociaux et qui s’entraînait six heures par jour. « J’étais comblée par ce que je faisais. Si on fait attention à ce que pensent ou disent les autres, on ne va jamais avancer ».

Pour réussir dans la pratique de son sport favori, elle devait aussi réussir brillamment ses études scolaires. C’était l’accord conclu avec ses parents. D’où son aptitude à accomplir plusieurs choses à la fois, en un temps limité.

Le taekwondo lui a servi d’exercice de défense dans des cas très rares. Mais grâce à ce jeu, elle a acquis de la force. « Les jeux individuels ne mettent pas les sportifs sous les feux des projecteurs. Pendant que je pratiquais le taekwondo, je passais de longues heures au Centre olympique. Les athlètes handicapés étaient mes collègues et amis. J’ai touché de près à leurs problèmes et j’ai toujours voulu faire quelque chose pour eux », souligne Caroline Maher qui a étudié la communication et le marketing à l’Université américaine du Caire (AUC). Elle a voulu faire des études plus ou moins faciles, afin de pouvoir s’entraîner régulièrement. « A la faculté j’ai commencé à travailler dans des boîtes internationales de ressources humaines. Ce domaine m’a attirée depuis le début et j’ai ensuite fait des études supérieures en administration des affaires à l’Université Victoria en Suisse ».

Pour elle, il fallait faire une carrière professionnelle en parallèle avec le sport, multiplier les objectifs et les passions. « Il ne faut jamais mettre tous les oeufs dans un même panier », lance-t-elle tout court, avouant avoir connu une grande frustration lors de sa suspension en 2011 par la Fédération internationale du taekwondo. « J’étais accusée d’avoir pris des drogues et des stéroïdes lors d’un tournoi international. J’étais certaine que mes prises de sang ont été remplacées par d’autres. Il fallait prouver que je ne me dopais pas. La Fédération internationale de taekwondo me prenait pour une pauvre citoyenne du tiers-monde qui ne parviendrait pas à lutter pour prouver son innocence. Mais j’ai su défendre mon nom et mes accomplissements ».

Pour ce faire, il fallait intenter un procès à la cour sportive de Lausanne, contacter un avocat américain spécialisé dans ce genre de procès relatifs à la corruption sportive. Elle a demandé un prêt auprès d’une banque pour pourvoir payer les frais de l’avocat. Sept longs mois de stress, qui abondent de petits détails, mais elle a finalement obtenu gain de cause. La cour l’a déclarée innocente et a obligé la Fédération internationale de taekwondo à lui verser une indemnisation de 20 000 dollars. « C’était presque la somme nécessaire pour payer les honoraires de l’avocat. La plus grande compensation versée à un sportif ».

Aujourd’hui, même si elle a arrêté de jouer depuis un an environ, elle continue à encourager les jeunes à exercer le taekwondo et n’hésite pas à leur offrir ses services et son expérience. « Je dois quand même pratiquer le sport », dit-elle en plaisantant : « Depuis que j’ai arrêté, j’ai pris 12 kilos, je dois absolument les perdre ». La jeune députée a l’air déterminée, elle veut réussir sa vie et son nouveau régime.

Jalons

1986 : Naissance au Caire.

2001 : Membre de l’équipe nationale des jeunes de taekwondo.

2009 : Début de sa carrière professionnelle en ressources humaines dans la société internationale Alliance.

2011 : Travail à l’ONG Helm.

2014 : Prix de mérite de l’Onu pour les femmes.

2015 : Thèse de magistère en administration des affaires et spécialisation en ressources humaines, Université Victoria en Suisse.

10 janvier 2016 : Première séance au parlement.




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