Semaine du 12 au 18 octobre 2016 - Numéro 1146
L’Egypte fête 150 ans de vie parlementaire
  Le parlement a fêté, dimanche, le 150e anniversaire de sa fondation lors d’une cérémonie organisée à Charm Al-Cheikh en présence du président Abdel-Fattah Al-Sissi, et de dignitaires parlementaires internationaux.
L’Egypte fête 150 ans de vie parlementaire
Organisé par des entreprises touristiques et commerciales, l’événement a réuni 19 présidents de parlement et 48 délégations parlementaires du monde.
May Atta12-10-2016

« Aujourd’hui, les Egyptiens célèbrent une vie parlemen­taire longue, riche et pro­fonde commencée en 1866. Le parle­ment égyptien était le premier dans le monde arabe et africain ». C’est par ces mots que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a salué 150 ans d’exercice parlementaire en Egypte. Lors d’une cérémonie commémora­tive organisée dimanche dans la sta­tion balnéaire de Charm Al-Cheikh, pour célébrer le 150e anniversaire du parlement égyptien, le chef de l’Etat a souligné que « la vie parlementaire en Egypte est un reflet de la situation politique et sociale du pays ».

Organisé par des entreprises tou­ristiques et commerciales, l’événe­ment a réuni 19 présidents de parle­ment et 48 délégations parlemen­taires du monde, dont des déléga­tions du Congrès américain et de la Douma russe. Martin Chungong, secrétaire général de l’Union inter­parlementaire, était également pré­sent, de même que de nombreux députés africains et arabes. « Les membres du Conseil des députés sont capables de prendre des déci­sions susceptibles de préserver la sécurité de l’Egypte, de réaliser la prospérité économique », a déclaré le chef de l’Etat au cours de sa brève allocution.

La cérémonie qui a duré deux jours comprenait notamment un dîner et un spectacle d’opéra. Un film documentaire sur l’histoire du parlement égyptien a de même été projeté en arabe, en anglais et en français. « Le but de cet événement est de souligner l’importance histo­rique du parlement égyptien dans la vie politique en Egypte », a déclaré pour sa part le président du parle­ment égyptien, Ali Abdel-Aal.

Le parlement égyptien est l’un des plus anciens dans la région arabe et en Afrique. Les premières prémices du parlement égyptien remontent à 1795 lorsque plusieurs centaines d’Egyptiens, avec parmi eux des dignitaires musulmans du Caire et du Delta, se sont réunis à la mosquée d’Al-Azhar pour protester contre la répression des Mamelouks, alors au pouvoir. La mosquée deviendra au cours des années suivantes un centre de résistance contre le pouvoir en place, et témoignera alors de plu­sieurs protestations contre les taxes exorbitantes imposées par les diri­geants mamelouks.

Quelques années plus tard, pen­dant l’Expédition française d’Egypte, Napoléon Bonaparte crée Al-Diwan Al-Aam (le diwan public). Formé d’un certain nombre de dignitaires, ce diwan (assemblée) se réunissait à la résidence de Napoléon (le palais de l’ancien gouverneur mamelouk, Mourad bey, à Ezbékieh) et fournissait à ce dernier des conseils sur la manière de gouverner l’Egypte. Sous le règne de Mohamad Ali, l’idée du diwan se développe et donne lieu en 1829 à Majlis Al-Choura (conseil consultatif) chargé de fournir des conseils au wali d’Egypte. Mais il faudra attendre 1866 sous le khédive Ismaïl pour voir apparaître le premier par­lement égyptien « moderne ». Celui-ci était alors composé de 75 députés. Il s’agissait d’un parlement élitiste. Il était composé de pachas et de propriétaires terriens. Et bien que ces notables aient eu des velléités d’indépendance, le parlement n’a pas joué de véritable rôle qu’après la Constitution de 1923 qui lui a confé­ré de véritables pouvoirs. « Cette Constitution inspirée des Constitutions européennes a accor­dé des pouvoirs réels au parlement. Et celui-ci a pu jouer un rôle impor­tant en matière de législation et de contrôle », affirme le journaliste Salah Eissa.

Après la Révolution de 1952, les partis politiques ont été interdits et une organisation politique unique, l’Union socialiste, a vu le jour. Il faudra attendre 1976 pour que le pluralisme soit rétabli.

La période qui suivra sous Sadate et Moubarak verra des parlements plus « populistes » composés à 50 % d’ouvriers et de paysans. « Au cours de cette période, le parlement n’a pas véritablement joué son rôle et servait plutôt de façade démocra­tique », pense Eissa.

Nouvelle donne

Mais la période d’après 25 janvier va établir une nouvelle donne. Après la chute des Frères musulmans et leur Constitution à caractère « reli­gieux » de 2012, une nouvelle Constitution est rédigée accordant des pouvoirs réels au parlement dont le pouvoir de démettre le gouverne­ment. « Je pense sincèrement que le parlement actuel est le plus repré­sentatif de la société égyptienne de l’histoire de l’Egypte. Par exemple, les femmes ont fait des gains extra­ordinaires et détiennent maintenant 89 sièges au sein de ce parlement, ce qui lui donne le plus haut pourcen­tage de représentation féminine (14,9 %) en 150 ans d’histoire », affirme Sami Hachem, député indé­pendant et membre de la commis­sion de l’éducation. Il souligne éga­lement que les coptes possèdent maintenant 39 sièges, soit 6,5 %, tandis que le nombre de partis poli­tiques représentés au parlement s’élève à 19 avec 245 députés. Il pense que, même s’il y a des lacunes, l’exercice parlementaire semble être sur la bonne voie. « La Constitution de 2014 a établi les bases d’un Etat démocratique, moderne, fondé sur le pluralisme, le rejet du sectarisme et qui défend l’indépendance du pou­voir judiciaire », a souligné le prési­dent du parlement Ali Abdel-Aal, dimanche à Charm Al-cheikh.




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