Semaine du 12 au 18 octobre 2016 - Numéro 1146
Deux regarts sur la nouvelle session parlementaire
  Alors que la session parlementaire vient de commencer, deux députés, Atef Makhalif, du parti des Egyptiens libres et secrétaire de la commission des droits de l’homme, ainsi que Tareq Al-Khouli, de la coalition Fi Daem Misr, évoquent les grands dossiers à venir.
La session parlementaire vient de commencer
Chaïmaa Abdel-Hamid12-10-2016

Atef Makhalif : «Qualifier notre parti de celui des hommes d’affaires est injuste »

Atef Makhalif
Atef Makhalif.

Al-Ahram Hebdo : Votre parti a-t-il préparé son agenda législatif pour la seconde session parlementaire ?

Atef Makhalif : Notre agenda est actuellement en préparation. Mais certaines lois sont prioritaires, notamment la loi sur la justice transitionnelle, ainsi que celle contre la migration clandestine et le transfert illégal des migrants que nous avons bien préparées. Par conséquent, un nombre important de lois économiques seront en discussion. Mais ce qui nous intéresse le plus pour cette deuxième session, c’est de savoir comment le gouvernement va appliquer ces législations. Nous allons aussi travailler sur plusieurs dossiers concernant la lutte contre la corruption.

— Votre parti est dominé par les hommes d’affaires, et, en planifiant la formation d’une coalition, il risque d’être accusé de tenter de contrôler les lois de nature économique et d’investissement. Qu’en dites-vous ?

Tout d’abord, il faut savoir que notre parti n’est pas dominé par les hommes d’affaires comme le pensent certains. Il est formé de personnalités travaillant dans divers domaines dont des hommes d’affaires, avec en tête Naguib Sawirès. Qualifier notre parti de celui des hommes d’affaires est injuste à l’égard de notre formation, qui depuis sa création, est un parti libéral. De plus, à mon avis travailler sur des lois économiques et celles sur l’investissement encouragerait l’investissement et serait donc bénéfique à l’économie. Et c’est justement ce qu’exige la période à venir. Le fait de travailler sur ces lois en tant que coalition aura sûrement un poids plus important lors des discussions sur les différentes législations et pour le processus de vote.

— La formation d’une coalition a-t-elle donc pour objectif d’avoir une assise influente face à la coalition Fi Daem Misr ?

Il ne faut pas oublier que nous sommes le parti majoritaire avec 65 sièges, c’est normal donc que nous cherchions à former notre propre coalition. Nous avons d’ailleurs tenté de le faire durant la première session, mais cela a été une mission impossible. Et ce n’est toujours pas facile, notamment à cause de la présence de la coalition Fi Daem Misr, qui regroupe à elle seule autour de 350 députés, ainsi qu’en raison des conditions du règlement parlementaire qui exige un minimum de 150 membres pour la formation d’une coalition. Mais la question est toujours en étude. Nous négocions avec certains députés indépendants pour pouvoir former notre propre plateforme qui sera toujours de nature libérale.

— Vous avez été plutôt classifié comme parti pro-gouvernement, qu’en pensez-vous ?

— Nous soutenons l’Etat, et non une personne précise. Le régime, le gouvernement et le parlement visent tous à garantir la stabilité de l’Egypte. Il est très facile de dire non, ou de s’opposer aux différentes législations, pour avoir la voix élevée au parlement et attirer les intentions, mais cela ne servira pas au pays, si on ne présente pas de réelles alternatives. Il n’empêche que nous nous opposerons sans hésitation à toute loi présentant un quelconque abus.

— Mais vous avez voté pour la déclaration du gouvernement et pour le budget de l’Etat, alors que vous les avez vous-même critiqués …

— Ceci est vrai. Mais à ce moment, on n’avait pas d’alternatives aux points faibles de ces textes, donc, on pouvait difficilement les rejeter. De plus, le parlement, qui venait de prendre ses charges, allait être appelé à former lui-même un nouveau gouvernement, ce qui n’était pas possible. Mais il faut aussi noter que nous avons travaillé sur plusieurs dossiers et nous avons présenté des interrogations contre certains ministres, notamment le ministre Khaled Hanafi contre lequel j’ai moi-même présenté une interrogation. Et dans les prochains jours, je présenterai un autre contre le ministre de la Santé.

Vous êtes actuellement en pleine concurrence pour la présidence de différentes commissions du parlement, quel est votre but ?

— Nous concurrençons précisément sur les commissions des droits de l’homme et de la santé, car les membres de notre parti ont beaucoup travaillé sur ces dossiers et peuvent y réaliser un succès. A travers les législations qui sortiront de ces commissions, nous pourrons gagner la confiance des députés qui partagent nos mêmes idéologies, ce qui facilitera la charge de la formation d’une coalition.

— Comment évaluez-vous la performance des députés des Egyptiens libres durant la première session ?

— Le travail des députés des Egyptiens libres a été en grande partie assez satisfaisant pour la première session parlementaire. Nous avons travaillé sur des dossiers très importants, notamment dans l’affaire de corruption du blé. Nous étions aussi parmi ceux qui avaient au départ refusé la loi sur la fonction publique, et nous avons préparé plusieurs propositions dont certaines ont été prises en considération dans la seconde version. En outre, nous avons travaillé sur les dossiers touchant aux droits de l’homme et à l’économie du pays comme la loi de la taxe sur la valeur ajoutée. A mon avis, notre crédit est assez positif pour cette session, même si certaines petites erreurs ont été commises et que nous allons tenter d’éviter pour la seconde session.

— Et quelles sont ces erreurs d’après vous ?

— A mon avis, la plus grande erreur c’est que nous n’avons pas rassemblé les membres de notre parti autour d’une seule force. Les députés procédaient de manière assez indépendante, alors que la force unifiée gagne beaucoup plus de poids. Nous avons tardé à créer notre coalition.

Tareq Al-Khouli : « Notre coalition n’essaie pas de dominer le parlement »

Tareq Al-Khouli
Tareq Al-Khouli.

Al-Ahram Hebdo : Votre coalition a déclaré avoir un lourd agenda pour cette deuxième session parlementaire. Que renferme-t-il ?

Tareq Al-Khouli : Grâce au grand nombre de députés formant notre coalition, nous avons des experts dans des domaines très variés, des personnes ayant de l’expérience dans les secteurs très importants comme l’agriculture, l’industrie, etc. Cette « variété » a sûrement enrichi notre agenda législatif. Le projet de loi sur l’investissement est prêt, nous avons aussi préparé beaucoup d’idées liées à la lutte contre la corruption, qui sera notre mission principale dans la prochaine période, à travers la supervision et la législation. En plus, la loi sur les municipalités, ainsi que celle sur la justice transitionnelle sont prêtes, outre quelques législations dans le domaine de l’agriculture. Bref, notre agenda couvre presque toutes les commissions du parlement.

— Depuis la formation de Fi Daem Misr, vous avez été accusé de vouloir dominer le parlement et avoir la main haute sur toutes les législations, qu’en pensez-vous ?

— Toutes les décisions sont prises après un vote, et c’est la majorité qui gagne. C’est le principe de la démocratie. Et il est habituel que l’opposition accuse la majorité de manipulation pour tenter de diminuer de sa force. Cela dit, il faut savoir que ces accusations sont complètement infondées. Si nous sommes une majorité, cela ne veut pas dire forcément que nous essayons de dominer le parlement. Au contraire, notre coalition a, dans beaucoup de cas, préféré coordonner son action avec les autres forces, notamment lors des élections des commissions parlementaires. Cela s’est fait sans le moindre désaccord avec Les Egyptiens libres, le Wafd et d’autres. Nous sommes prêts à tout moment à nous entendre avec n’importe quel parti si cela va dans l’intérêt de l’Egypte. Et je ne comprends pas les critiques concernant l’unification du vote. Le fait que la coalition se mette d’accord sur une décision unifiée n’est pas une accusation,

— Mais nombreux sont ceux qui estiment que la clause concernant la formation de coalitions dans le règlement interne a été « taillée sur mesure » au profit de Fi Daem Misr, laissant peu de chances aux autres forces ...

— Au contraire, lors du vote pour cette clause, il était question au départ que toute coalition soit formée de 30 % des députés. Ce taux a été réduit à 25 %. Il faut savoir que la création d’une coalition vise dans le fond à inciter au rassemblement sous une seule idéologie. Or, certains proposaient des coalitions avec 5 % et 10 % des membres. Ce n’est pas tenable. Un tel émiettement des forces politiques sera une entrave à la performance du parlement.

— En étant taxé pro-gouvernement, ne craignez-vous pas de devenir un nouveau PND (ancien parti au pouvoir) ?

— Ce serait idiot de tenter de prendre la place d’une force politique à cause de laquelle une révolution a été déclenchée et un régime a chuté. Ni la rue ni les membres de notre coalition ne l’accepteront. Nous soutenons notre pays et non pas un régime précis. Et nous sommes très conscients que notre mission est de préparer des législations qui serviraient à plusieurs régimes à venir. Nous travaillons pour l’intérêt du citoyen qui nous a choisis.

— Avec plus de la moitié des députés, la performance de Fi Daem Misr a-t-elle été assez satisfaisante durant la première session ?

— A mon avis, il faudra attendre la deuxième session pour pouvoir juger correctement cette coalition. Il faut avouer que la coalition a témoigné d’une faible performance au départ. Fi Daem Misr renferme un nombre important de députés, ce qui, au départ, a eu un effet négatif en termes d’organisation, et qui a engendré un certain nombre de problèmes concernant la prise de décision. Ceci a été le cas avec la loi sur la fonction publique lorsque la direction de la coalition a pris la décision d’accepter ce projet de loi, alors que certains membres avaient voté contre. Nous avons donc réalisé qu’il existe un problème au niveau de l’organisation et nous avons oeuvré à corriger nos erreurs. La coalition est plus organisée : il y a d’abord un vote au niveau des membres, puis la direction dit son dernier mot d’après les résultats de ce vote. Il ne faut pas oublier non plus que nous sommes passés par une période transitoire après la mort du général Seiffel-Yazal, fondateur de la coalition. Aujourd’hui, après avoir nommé un président, la coalition pourra jouer un rôle plus efficace et répondre aux aspirations des citoyens. Lors de cette deuxième session, la coalition sera plus organisée et plus forte qu’elle ne l’était.




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