Semaine du 21 au 27 septembre 2016 - Numéro 1143
Fi Daem Misr fait cavalier seul
  La session parlementaire a été dominée par Fi Daem Misr, plateforme soutenant le président Sissi et incluant les partis d’Al-Moëtamar, Al-Tagammoe, l’Egypte moderne, la Réforme et la Renaissance et l’Avenir d’une nation.
Fi Daem Misr fait cavalier seul
(Photo : Khaled Meshal)
Nourane Chérif21-09-2016

entre janvier et septembre 2016 a très nettement été dominée par l’ancienne alliance électorale « Pour l’amour de l’Egypte », qui était une coalition des principaux partis politiques : Al-Moëtamar, Al-Tagammoe, l’Egypte moderne, l’Avenir de la nation, la Réforme et la Renaissance, et qui s’est transformée officiellement en mai 2016 en une coalition intitulée Fi Daem Misr « Soutien à l’Egypte ». Sameh Seiffel-Yazal, l’ancien président de la coalition, avait annoncé, à l’époque, que leur objectif principal était « le soutien au président de la République afin de garantir la stabilité de l’Egypte ». Une déclaration qui avait soulevé débats et contestations. Aujourd’hui, « Soutien à l’Egypte » est la seule alliance électorale et politique présente au sein du nouveau parlement.

Pour Ahmad Abdel-Hafiz, juriste et politologue, « la coalition du Soutien à l’Egypte » ne représente qu’une tentative de la part de l’Etat de construire son propre parti politique.Pour contrebalancer cette coalition unique, des alliances nouvelles tentent de voir le jour. Celles-ci ont été constituées à partir de trois groupes parlementaires : le parti Al-Masréyine Al-Ahrar (les Egyptiens libres), le parti néo-Wafd, et le bloc du 25-30. Représenté par 65 sièges au parlement, Al-Masréyine Al-Ahrar dispose ainsi du nombre de sièges le plus important après la coalition du Soutien à l’Egypte qui compte 340 membres. Selon Ahmad Ali, député et membre du parti, « Al-Ahrar est en cours de négociation avec certains députés indépendants afin de former une coalition intitulée Les Egyptiens libres et indépendants ».

Mais il ajoute que « ce processus va prendre du temps parce qu’il faut d’abord que les deux groupes s’alignent sur plusieurs points ». Il affirme également que l’objectif premier de son parti est d’abord l’amélioration de sa propre performance au sein du parlement, avant de créer un bloc qui pourra lui permettre de diriger le vote au sein du parlement. Essam Chiha, député du Wafd, explique : « Al-Wafd, comme tous les autres partis représentés au parlement, souhaite faire partie d’une coalition, mais plusieurs facteurs viennent entraver la création de telles alliances ».

En ce qui concerne le bloc du 25-30, il regroupe des membres indépendants qui partagent les mêmes idées et visent à répondre aux demandes des deux révolutions (25 janvier 2011 et 30 juin 2013), c’est-à-dire : Pain, liberté, justice sociale, dignité humaine, ainsi que protection de l’Etat civil en Egypte. Selon Haitham Al-Hariri, député et membre du bloc, « il est difficile de trouver des partis politiques ou même des membres indépendants qui partagent les mêmes tendances idéologiques que nous ».

Décisions controversées

« Il est urgent qu’une coalition forte vienne concurrencer la coalition du Soutien à l’Egypte, surtout dans le contexte actuel où de nombreuses décisions controversées sont prises par le parlement », affirme Al-Hariri.Dans les faits, bien que la volonté existe, les différentes tentatives d’alliances se heurtent à plusieurs contraintes de taille comme l’obstacle juridique. L’article 96 du nouveau règlement parlementaire exige, pour la formation d’une coalition parlementaire, un minimum de 25 % du nombre total de députés (150) issus d’au moins 15 gouvernorats différents. Le règlement interdit également à un député de faire partie de plusieurs coalitions à la fois. Et enfin, un député peut à tout moment se retirer d’une coalition. Haitham Al-Hariri souhaite que le nombre minimum de députés se rapproche des 10 % de l’ensemble des parlementaires. Pour lui, l’article sur les coalitions est « taillé sur mesure » pour profiter à la coalition du Soutien à l’Egypte, en empêchant l’apparition d’autres coalitions.

De la même manière, Amr Hachem Rabie (voir aussi entretien plus bas), vice-président du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, pense que « l’article 96 impose une restriction au droit des groupes parlementaires puisqu’il leur interdit de disposer de représentants au sein de la commission générale du parlement ». Yasser Kasseb, politologue, analyse, lui, l’affaire d’un autre oeil. D’après lui, « cet article permet d’unifier les petits groupes parlementaires sous la bannière des grandes coalitions, afin que celle-ci ait un réel pouvoir décisif. L’existence d’un trop grand nombre de voix au sein du parlement peut entraver la prise des décisions ».

Avis partagé par Marawan Younès, de la coalition du Soutien à l’Egypte. « Cet article permet l’apparition de deux autres coalitions au maximum, ce qui garantit la continuité de l’activité parlementaire. Sans ces conditions, il serait possible de voir apparaître des coalitions construites sur des bases ethniques, religieuses ou familiales », justifie-t-il.

En plus de cet obstacle juridique, d’autres entraves existent. Selon Ahmad Abdel-Hafiz, « la faiblesse du système partisan égyptien est à la source de cette situation. Sur environ 105 partis politiques, il n’y a que 19 partis représentés au parlement. Et la plupart d’entre eux ne disposent ni d’un agenda législatif clair, ni d’une réelle cohésion interne ».

Mais le manque de cohésion ne se limite pas à l’échelle des petits groupes parlementaires, il touche la coalition unique du parlement. Et cela s’est révélé lors du vote sur la loi du service civil marqué par une division très nette entre les différents membres de la coalition. Selon Younès, « cette division est normale, la plupart des membres du parlement n’ont pas d’expérience parlementaire. Nous sommes dans une phase d’apprentissage ». Hachem Rabie, quant à lui, estime que le bloc du 25-30 jouit d’une cohésion interne rare et que ses membres suivent une ligne idéologique précise. Leur cohésion s’est d’ailleurs remarquée lors de l’accord sur les îles de Tiran et Sanafir et le dernier prêt du FMI.




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