Semaine du 15 au 21 juin 2016 - Numéro 1131
Mohab Hallouda : L’Egypte doit produire plus d’électricité qu’elle n’en consomme
  Mohab Hallouda, spécialiste en énergie pour la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord auprès de la Banque Mondiale (BM), revient sur la crise de l’énergie en Egypte et évoque les perspectives de l’avenir de ce secteur vital pour l’industrie.
Mohab Hallouda
15-06-2016

Al-Ahram Hebdo : Les experts estimaient que l’Egypte avait besoin de trois à quatre ans pour remédier à la pénurie d’énergie. Comment le gouvernement est-il parvenu à raccourcir cette période ?
Mohab Hallouda : La pénurie dans la production de l’électricité a atteint son apogée durant l’été 2014. Le gouvernement a fait un grand effort pour la surmonter. Trois facteurs ont mené à cette pénurie, à savoir un déficit dans les capacités de génération de l’électricité, une pénurie des combustibles, principalement du gaz naturel et du mazout, à cause du ralentissement des explorations gazières après la révolution, et finalement l’insuffisance des travaux de maintenance des centrales électriques et du réseau. Le gouvernement n’a pas pu suivre le calendrier de maintenance des centrales électriques, car cela implique que les centrales soient mises hors service, un luxe que le gouvernement ne pouvait pas se permettre étant donné que la production n’était pas suffisante. Le gouvernement a pu mettre fin au problème en un an seulement, en intensifiant les travaux de maintenance en hiver, où la consommation baisse. En outre, en 2015, 6 500 mégawatts supplémentaires ont été ajoutés à la production, dont la moitié en vertu d’un plan d’urgence grâce à des centrales à gaz montées rapidement. L’autre moitié provenait des centrales en construction, comme celles de Sokhna ou du nord de Guiza. Quant aux combustibles, le gouvernement a commencé à importer du gaz naturel.

— Quelles étaient les raisons de cette pénurie d’électricité ?
— La hausse de la consommation était très importante. Elle a atteint 7 %, voire 10 % lors des pics de chaleur. Il doit y avoir toujours une différence entre la capacité maximum de production et la consommation. En Egypte, nous avons un grand écart entre le pic et la moyenne de consommation. Cette différence doit être réduite. Economiser l’énergie est un facteur-clé. La climatisation de certains bâtiments est exagérée. Les climatiseurs sont réglés à des températures trop basses. Même chose en ce qui concerne l’éclairage des maisons, des rues et des lieux publics. Les équipements utilisés ne sont pas efficaces, comme les lampes, mais aussi les climatiseurs, les réfrigérateurs, les machines à laver ... Le gouvernement a lancé une campagne publicitaire pour sensibiliser les gens. C’est important, car le potentiel d’économiser l’énergie est énorme, nous pouvons économiser entre 15 et 20 % de la consommation, vu le niveau élevé de gaspillage.

— L’objectif du gouvernement est de se doter de capacités de production supérieures à la consommation. Est-ce une nécessité ?
— Il faut toujours avoir des réserves, et la capacité de production doit être supérieure à la consommation. Les réserves doivent s’élever à 15 ou 20 % de la consommation. Elles servent en cas de panne dans les centrales électriques, pour les travaux de maintenance, en cas de hausse de consommation pour une raison ou une autre. Entre 2002 et 2005, la production était stable, car il y avait des réserves et le combustible était disponible.

— L’investissement dans le secteur de l’électricité est très coûteux, et les modes de financement sont variés et controversés. Quel mode de financement est-il plus propice selon vous ?
— Le gouvernement a lancé une adjudication IPP (Independent Power Producer) pour la construction de la centrale de Dayrout. C’est un mode qui ressemble au BOT. Une autre adjudication BOO sera également lancée pour la construction d’une centrale d’énergie éolienne. Selon ces systèmes, une entreprise privée produit l’énergie selon un coût donné et la vend au gouvernement pour une période de 10 ou de 20 ans. Alors que dans le mode EPC ou clé-en-main (voir principal), adopté pour la construction des centrales de Siemens, le gouvernement paye plus tard les frais de construction. Auparavant, la société holding d’électricité partageait la construction de chaque centrale entre plusieurs entreprises. On parle alors de « paquets ». Ainsi, le boiler est un paquet, les turbines sont un paquet et ainsi de suite.

Théoriquement, ce système est moins coûteux, mais il nécessite une plus grande surveillance de la part du gouvernement. Il permet aussi à un plus grand nombre de producteurs locaux de participer au projet, ce qui permet de réduire la pression sur les devises étrangères. Cependant, dans le contrat de Siemens, le prix offert était très économique et la durée de construction est aussi optimum. Le rendement des turbines Siemens est très élevé, ce qui est un autre avantage. Les négociations ont été fructueuses, semble-t-il. Je crois que le marché de l’énergie souffre d’une stagnation qui a accompagné la baisse des cours du pétrole. Et pour Siemens, le contrat était une bonne occasion pour faire marcher ses usines.

— Compte tenu le faible niveau de croissance industrielle actuel, ces gros investissements dans l’énergie sont-ils justifiés ?
— Il est vrai que la consommation des foyers en électricité augmente à vive allure. Elle dépasse aujourd’hui 40 % de la consommation totale tandis que la consommation industrielle, elle, n’augmente pas avec la même vitesse. La baisse de la consommation industrielle en électricité par rapport à celle des ménages est un phénomène inquiétant, signe de mauvaise santé économique. Idéalement, la consommation des deux secteurs doit être au moins équivalente. Grâce aux futures activités de la zone industrielle du Canal de Suez, la consommation industrielle devrait augmenter et consommerait alors entre 8 et 10 gigawatts. Cela implique que l’Egypte soit en mesure de fournir une telle quantité d’électricité. Ces dernières années, la croissance économique a ralenti la consommation d’électricité dans plusieurs secteurs, comme celui du tourisme. Ces secteurs prévoient une reprise de leur activité dans les prochaines années, ce qui nécessite des capacités de production supplémentaire. Il faut aussi prendre en considération le fait que plusieurs centrales ont vieilli et doivent être remplacées. Le rendement des centrales construites il y a 40 ou 50 ans est définitivement plus faible que celui des centrales construites aujourd’hui.

— Le gouvernement cherche à couper les subventions en énergie pour financer les investissements nécessaires à la production électrique. Que pensez-vous de ce programme de suppression des subventions ?
— D’après les prévisions, l’électricité va continuer à être subventionnée. Le gouvernement a besoin de ressources pour construire de nouvelles centrales. L’importation du gaz naturel est très coûteuse, alors que nous pourrions augmenter notre propre production de gaz naturel. Les ressources du gouvernement sont limitées. Les gens doivent apprendre à économiser l’énergie. La baisse des subventions doit être accompagnée de campagnes de sensibilisation. Comme par exemple l’utilisation de lampes à basse consommation dans les lieux qui ne sont utilisés que 5 minutes par jour. Ces gestes semblent insignifiants, mais additionnés les uns aux autres, ils auront un réel impact. Il faut prendre en considération que les tarifs d’électricité sont répartis en tranches, la baisse de la consommation permet la baisse des factures. Le remplacement des lampes à incandescence par des lampes à LED dans l’immeuble où j’habite a permis de réduire la facture de l’éclairage des escaliers de plus de 30 %




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