Semaine du 8 au 14 juin 2016 - Numéro 1130
Haltérophilie : Un sport qui se féminise
  Longtemps considérée comme un sport masculin rigide et tenace, l'haltérophilie est aujourd'hui pratiquée tant par les filles que par les garçons. Aujourd'hui, les exploits réalisés par les femmes égyptiennes ne se comptent plus.
Haltérophilie : Un sport qui se féminise
Sara Samir, championne du monde junior et l'une des vedettes égyptiennes.
Marianne Youssef08-06-2016

Bien que l’haltérophilie soit un sport masculin par excellence, les femmes ont réussi à faire parler d’elles en réalisant des exploits dans cette discipline connue par sa rigidité et sa ténacité. Les préjugés sont nombreux dans ce sport qui avait la réputation d’être dangereux pour les femmes. « Contrairement à ce qui est répandu, ce n’est pas un sport dangereux. C’était un vrai défi pour la femme égyptienne de pratiquer cette discipline soi-disant masculine. Mais elle a réussi à affronter ce défi, et on entend parler ces jours-ci de nombreuses stars dans ce domaine », explique Mohamad Osman, ancien entraîneur d’haltérophilie féminine. L’histoire de l’haltérophilie féminine commence au début des années 1990 avec deux haltérophiles égyptiennes : Nagwane Al-Zawawi et Madiha Abdallah. Elles ont commencé à pratiquer ce sport dans la rue dans un quartier populaire en suivant l’exemple de leurs pères qui entraînaient les garçons du quartier. Elles se sont distinguées à partir de 1994 dans de nombreux tournois internationaux. Al-Zawawi et Abdallah étaient les deux premières haltérophiles égyptiennes de l’histoire de la discipline, et les deux premières à avoir participé aux JO de Sydney en 2000, date de l’intégration de l’haltérophilie féminine aux Jeux olympiques. « A l’époque, la sélection ne comportait que ces deux athlètes du fait que cette discipline n’était pas attirante pour les femmes car elle demande un corps très musclé. On appelait la femme qui pratiquait ce sport un garçon manqué », ajoute Osman. Les femmes ont pris part aux Championnats du monde pour la première fois en 1987. L’année suivante, la Fédération internationale d’haltérophile a présenté une demande pour intégrer l’haltérophile féminine aux Jeux olympiques. Cette demande a finalement été approuvée à la fin de l’année 1996, et les haltérophiles féminines ont fait leur début olympique à Sydney en 2000.

Mais le succès de l’haltérophilie féminine égyptienne est surtout dû aux efforts personnels d’une jeune fille tombée amoureuse de ce sport grâce à son père. Il s’agit de la championne du monde 2003, 2004 et 2006, Nahla Ramadan, devenue la gloire de l’haltérophile féminine égyptienne. « Mon père était un ancien champion du monde militaire d’haltérophile en 1974. Dans mon quartier populaire d’Al-Wardiyane à Alexandrie, il entraînait les garçons du quartier. Ma soeur aînée et moi avons voulu les imiter, et on a commencé à lever les barres sous l’oeil attentif de mon père qui a remarqué mon talent », se souvient Nahla Ramadan. Et de poursuivre : « On me disait toujours que l’haltérophilie, ce n’est pas pour les filles. C’est notre culture égyptienne qui refuse que les femmes fassent de la musculation comme les hommes. Le grand public a souvent tendance à penser qu’il est impossible pour une haltérophile d’être et de rester féminine. Toutefois, j’ai mis tous ces préjugés de côté et j’ai poursuivi mon parcours sans tenir compte de ce que les autres pensent ».

A vrai dire, les exploits de la championne Nahla Ramadan ont été un moyen de lutter contre les préjugés de la société envers ce sport. Elle est devenue un modèle à suivre pour de nombreuses femmes qui voulaient pratiquer ce sport. D’autres stars de la même génération que Nahla Ramadan se sont distinguées comme Esmat Mansour et Abir Abdel-Rahmane, et elles ont raflé de nombreuses médailles dans les Mondiaux.

C’est à partir de la médaille d’or de Nahla Ramadan aux Mondiaux de 2003 que les années de gloire de l’haltérophilie féminine égyptienne ont commencé. Un intérêt particulier a été accordé à cette discipline par la Fédération égyptienne, et une équipe complète de 8 femmes a été créée en 2004 dans les 7 catégories de poids féminines de -48 kg à +75 kg. Les derniers résultats positifs réalisés par cette génération étaient aux JO de Londres 2012. Nahla a terminé sa carrière en se classant 5e avec Abir Abdel-Rahmane classée aussi 5e.

Les exploits des femmes ne se sont pas arrêtés là. Les bons résultats se sont enchaînés grâce à une génération particulièrement talentueuse. L’haltérophile la plus talentueuse de cette génération est sans doute Sara Samir, 17 ans. Elle a fait parler d’elle en remportant l’or dans tous les tournois qu’elle a disputés. Le vrai exploit était aux Jeux olympiques de la jeunesse en Chine 2014 où elle a remporté une médaille d’or. L’Egypte prendra part aux JO de Rio 2016 avec 4 haltérophiles féminines. Il s’agit d’Israa Al-Sayed (63 kg), Sara Samir (69 kg), Samar Saïd (75 kg) et Chaïmaa Khalaf (75 kg).

Certes, cet élan de l’haltérophilie féminine a changé les préjugés de la société envers ce sport. Les femmes désormais sont plus à l’aise en pratiquant cette discipline. « Du point de vue technique et contrairement à l’idée qui circule selon laquelle ce sport convient plus aux hommes, une récente étude a démontré que les femmes ont des aptitudes naturelles pour ce sport plus que les hommes à cause de la souplesse de l’épaule et de la cheville. Cette souplesse est utile pour l’épreuve de l’arraché et pour assurer l’équilibre assis sur les talons. Actuellement, la société a commencé à réaliser que je peux pratiquer ce sport sans renoncer à ma féminité », conclut Sara Samir.



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