Semaine du 25 au 31 mai 2016 - Numéro 1128
La nouvelle capitale administrative
Mohamed Salmawy25-05-2016
 
 

De tout ce que j’ai lu sur la nouvelle capitale administrative, je n’ai pas trouvé d’arguments qui puissent me convaincre de l’inutilité de ce projet dont nous n’avons jamais eu plus besoin qu’aujourd’hui. D’après les estimations officielles, la population du Caire a atteint 18 millions d’habitants. Un chiffre qui rend la capitale invivable non seulement à cause de sa surpopulation, mais aussi parce que son infrastructure est devenue encore plus vétuste que celle de beaucoup d’autres gouvernorats.

Le Caire a été construit pour 10 % de sa population actuelle. La capacité d’accueil de la capitale, après son expansion au fil des décennies, a été à peine portée à 5 millions d’habitants. Le fait que les Cairotes comptent le triple de ce chiffre signifie qu’il y a un besoin urgent de désengorger Le Caire.

Le caractère très centralisé du système oblige les 90 millions d’Egyptiens à se tourner vers la capitale à la recherche de travail, en quête de réussite, ou même pour effectuer certaines procédures administratives. Cette centralisation qui prévaut encore aujourd’hui a participé à la surpopulation du Caire. Alors que ces millions qui viennent s’y établir seraient ravis de ne pas quitter leurs villes d’origine s’ils trouvaient chez eux du travail ou les formulaires et cachets officiels nécessaires aux démarches administratives.

18 millions d’habitants, c’est énorme. C’est le cinquième de la population égyptienne. Certains pays membres des Nations-Unies ne comptent pas la moitié de ce chiffre. C’est une situation absurde que l’on doit cesser d’accepter et de coexister avec.

L’idée de construire une nouvelle capitale a été proposée pendant la présidence de Sadate, mais aucune démarche réelle n’a été prise. Elle a été ensuite proposée durant les années Moubarak, mais encore une fois, rien n’a été fait au niveau des études et de la planification. Finalement, le président Sissi a décidé de s’attaquer à ce projet.

Bien que cette décision puisse nous paraître une aventure inédite, l’idée de construire des villes nouvelles ne nous est pas pour autant étrangère. Dans les années 1970, les villes nouvelles ont proliféré. Certaines ont réussi plus que d’autres. Ainsi, les villes du 10 de Ramadan et du 6 Octobre sont des exemples de réussite malgré d’importantes erreurs de planification. Alors que des villes comme Sadate n’ont pas autant réussi, et c’est toujours une question de préparation et de planification.

La construction de nouvelles villes obéit à des règles et conditions qu’il ne faut pas ignorer. D’abord en ce qui concerne leur emplacement, leur planification, la disponibilité des services, mais surtout la raison pour laquelle elles sont construites.

Peut-être que le meilleur exemple dans notre histoire moderne d’une ville réussie est la banlieue d’Héliopolis. C’est un archétype de la communauté autonome qui répond parfaitement à sa raison d’être. Pourquoi Héliopolis a-t-elle réussi plus que certaines villes construites dans les années 1970 ?

Si nous considérons cette banlieue construite par les Belges, on trouvera que sa planification a prévu, outre les résidences, des clubs sportifs, des écoles, des salles de cinéma, des hôpitaux, des restaurants et des magasins. Plus importants encore, les planificateurs urbains de cette banlieue ont conçu des habitations pour les ouvriers qui y travaillent, à domicile ou dans les commerces, ainsi que des moyens de transport la reliant au Caire. Ainsi la compagnie belge a-t-elle construit la première ligne de tramway en Egypte qui a assuré le transport à l’intérieur de la ville et vers la capitale.

Comparées à Héliopolis qui fut construite en 1910, les nouvelles villes d’aujourd’hui que ses habitants préfèrent appeler « compounds » manquent des services susceptibles de leur assurer leur autonomie. Les nouvelles villes se sont donc transformées en nouveaux quartiers ajoutant à la capitale des charges supplémentaires qu’elle ne saurait assumer. A vrai dire, ces « compounds » ne sont rien d’autre que des bidonvilles pour les riches, malgré leurs grands centres commerciaux qui ne se trouvent naturellement pas dans les bidonvilles des pauvres qui ont proliféré parallèlement. Leurs planificateurs n’ont prévu ni écoles, ni hôpitaux, ni clubs sportifs. Ce qui fait que certains habitants des « compounds » préfèrent passer leur week-end au Caire chez les parents, pour pouvoir aller au club ou au cinéma. Cela dit, le plus grave reste l’absence de tout moyen de transport reliant ces villes nouvelles à la capitale. Il est vrai que les habitants ont leur propre voiture, mais qu’en est-il de ceux qui travaillent chez eux ? J’ai été étonné de voir des habitants envoyer leurs chauffeurs le matin jusqu’aux environs du Caire pour ramener les domestiques au compound avant de les ramener à nouveau chez eux le soir. Là est la mauvaise planification.

Nous avons grand besoin d’une nouvelle capitale, à condition que les normes de construction des nouvelles villes soient respectées, sinon, cette nouvelle capitale risque de devenir une charge de plus qui accentue la crise du Caire au lieu de la résoudre .




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