Semaine du 20 au 26 avril 2016 - Numéro 1123
Eléphantine ou l’île au trésor
  Une chapelle appartenant à la reine Hatchepsout, ainsi que deux statues et une stèle datant du Nouvel Empire ont été découvertes sur l'île Eléphantine près d'Assouan, par des archéologues allemands et suisses.
Eléphantine ou l’île au trésor
Bloc de la chapelle de Hatchepsout.
Nasma Réda20-04-2016

Des blocs de pierre d’une chapelle sacrée remon­tant à l’époque de la reine Hatchepsout ont été mis au jour par la mission de l’Institut allemand d’archéologie, sur l’île Eléphantine la semaine dernière. Selon Félix Amold, directeur de la mission, une trentaine de blocs simi­laires ont été découverts au cours des dernières années par la mission de l’Institut suisse dans le temple dédié au dieu Khnoum, toujours à Eléphantine. Seulement, jusque-là, leur signification était restée obscure. Aujourd’hui, ajoute Amold, tous les éléments font sens. L’ensemble serait une chapelle qui servait à accueillir les barques du dieu Khnoum au cours des premières années de règne de la reine Hatchepsout. Les blocs révèlent l’as­pect original de la chapelle qui se compose d’une grande salle dédiée à Khnoum, entourée de colonnes dont les inscriptions représentent d’autres divinités, comme Nebétou, dame des oasis, déesse et compagne de Khnoum, et Amon-Min, divinité de la fécondité de Nubie.

Eléphantine ou l’île au trésor
Stèle d'offrandes.

Khnoum, lui, représenté comme un homme à tête de bélier et aux cornes horizontales, était le dieu des cata­ractes. Il confirmait la crue du Nil en ouvrant, à Eléphantine, la caverne de Hapy dans laquelle se trouvait l’inon­dation. Hatchepsout, quant à elle, était la cinquième reine de la XVIIIe dynastie. Elle succéda à son père Thoutmosis Ier et régna pendant 22 ans. Les inscriptions sur les blocs, récemment découverts, montrent Hatchepsout comme une femme-reine, ce qui n’est pas le cas dans la plupart de ses vestiges qui la décri­vent toujours comme un roi. « Sous le règne de son successeur, Thoutmosis III, tous les titres et toutes les repré­sentations de la figure féminine de Hatchepsout ont été remplacés par des images de son défunt mari Thoutmosis II », indique Mahmoud Afifi, directeur du secteur des monu­ments de l’Egypte Ancienne au ministère des Antiquités. « Lors de notre prochaine saison nous regrou­perons tous les blocs, afin de recons­truire une étape de cette chapelle sacrée. Nous étudierons également en détail l’ensemble des inscriptions afin de mieux comprendre la relation qui unit cette reine à l’île Eléphantine », souligne le chef de la mission allemande. Hatchepsout avait notamment fait construire deux sanctuaires dédiés aux divinités locales, dont le temple de Satis. « On cherchait depuis longtemps à enri­chir nos connaissances sur la reine Hatchepsout, son enfance, ses pre­mières années de règne. Nous espé­rons que cette découverte nous don­nera les clés pour percer un peu plus les secrets de son histoire », conclut Nasser Salama, directeur des sites antiques d’Assouan.

Sur le même site, la mission suisse dirigée par Carnilos Von Pilgrim, a découvert deux statues près du temple de Khnoum, ainsi qu’une stèle d’of­frandes qui remonte à la XVIIIe dynastie. L’une des deux statues, la seule identifiée, représente le prince Heqaib, gouverneur de l’île Eléphantine à l’Ancien Empire. « La découverte de cet hommage sculpté, 80 ans après la découverte de la cha­pelle de Heqaib, met l’accent sur la sainteté de cet homme, connu comme le défenseur des expéditions du sud », affirme Afifi. Il ajoute que cette découverte aussi près du temple de Khnoum indique un lien probable entre les deux cultes.

A noter également que les deux sta­tues ont été découvertes sans tête. La statue concernant Heqaib le représente assis, et bien que son visage manque, les inscriptions donnant son nom et ses titres sont parfaitement lisibles, explique Nasser Salama. Quant à la stèle, Salama la considère comme l’une des meilleures stèles jamais découvertes au cours des trente der­nières années. « Il s’agit d’une stèle en calcaire représentant des rites d’of­frandes dont les couleurs sont restées particulièrement vives ».

A noter, l’île Eléphantine est située face à la ville d’Assouan en Haute-Egypte. Elle constitue la dernière des îles qui forment la première cataracte du Nil. C’est une cité du premier nome de la Haute-Egypte qui fut un temps la capitale. L’île mesure environ 1 200 mètres, du nord au sud, et est d’envi­ron 400 mètres de large. Son emplace­ment marque la frontière entre le sud de l’Egypte et la Nubie. Depuis près de 46 ans, les deux missions suisso-allemandes collaborent ensemble sur l’île. Pilgrim, chef de la mission suisse, exprime son espoir que cette collaboration de fouilles mènera pro­chainement à d’autres grandes décou­vertes.

Polémique sur l’étoile de David

L’inscription d’une étoile de David découverte sur l'un des blocs de pierre du temple romain d’Osir Semti datant du IIIe siècle av. J.-C. a créé la polémique entre experts et archéologues. Le bloc en ques­tion avait été découvert en 1985, par la mission de l’Insti­tut suisse sur la rive Est de l’île Eléphantine et n’avait pas été enregistré à l’époque. « D’après le rapport du comité égypto-alle­mand chargé d’examiner le bloc de pierre, celui-ci appartient à l’antiquité. Les gravures sont sculptées et non dessinées », explique Nasser Salama, direc­teur des sites antiques d’As­souan. D’après le directeur du secteur des monuments de l'Egypte Ancienne au ministère des Antiquités, Mahmoud Afifi, « ce genre de gravures d’étoile de David à six branches n’apparaît sur aucun monument de l’époque copte et du début de l’époque islamique jusqu’au VIIIe siècle de notre ère ». Des études plus approfondies sont en cours.




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