Semaine du 13 au 19 avril 2016 - Numéro 1122
Le rire amer du monde arabe
  La Tunisie a été le seul pays arabe présent au festival, avec la troupe Charq (Orient) d’Intissar Essawi et son spectacle Lays Ella (ce n’est que ...
Le rire amer du monde arabe
Lays Ella (ce n’est que ...).
May Sélim13-04-2016

Les deux artistes sur scène essayaient de refléter les circonstances sociopolitiques actuelles dans leur pays, la Tunisie. Ils sont troublés, à la recherche d’une issue. Il est question d’un couple qui s’aime, qui se repousse et qui se perd dans un monde chaotique. Telle est l’idée du spectacle Lays Ella écrit et mis en scène par Intissar Essawi.

Qui dit théâtre tunisien, dit aussi un théâtre engagé, sarcastique et assez critique vis-à-vis de l’actualité. Ainsi, le spectacle dévoile la Tunisie d’aujourd’hui, tout en faisant allusion à d’autres pays arabes.

Le principal protagoniste, un danseur et peintre, n’arrive pas à trouver d’endroit pour présenter son art. Ses toiles décorent l’arrière-fond de la scène et son amour pour la danse se révèle à chaque fois qu’il y a une musique rythmique. Il est souvent considéré, par la société, comme un débauché ou un malade. Sa partenaire, une chanteuse, s’est spécialisée dans la musique du patrimoine arabe. Elle aussi ne trouve pas d’endroit pour se produire. Les deux artistes essayent de survivre, contre vents et marées, dans un monde chaotique. En interaction avec le public, ils font part de leur détresse avec beaucoup d’humour, en se référant à des situations réelles.

La voix du narrateur, commentant l’histoire, dévoile parfois la peur et l’inquiétude de toute une génération. Le va-et-vient entre la fiction et la réalité rappelle beaucoup ce que nous vivons. C’est le délire total. Tantôt l’interprète se met à chanter de l’électro-chaabi à la mode, tantôt elle se transforme en soprano classique. Elle ne sait plus où donner de la tête, et dans les deux cas, elle n’arrive ni à plaire, ni à intéresser les producteurs.

La scène des islamistes montre du doigt ces extrémistes qui interdisent l’art. La femme portant le voile et une jupe courte ironise une piété toute feinte. La situation empire quand elle porte le niqab (voile intégral) et se proclame en tant que militante, pour aller droit au paradis. Au sein de son monde fait de tous les contrastes, le couple d’artistes cherche refuge dans l’illusion. Il s’enferme dans son propre univers peuplé de peinture et de danse. L’art est la solution, la seule issue .



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