Semaine du 6 au 12 janvier 2016 - Numéro 1108
Le cri de Radwa continue de résonner
  Dans son dernier roman Le Cri, l’idée de la mort préoccupe Radwa Achour (1946-2014). Une autobiographie où se mêlent les soucis personnels avec ceux de son pays, alors en pleine ébullition.
Le Cri
Dina Darwich06-01-2016

« J’aime l’écriture, parce que la vie attire mon attention, m’étonne, me préoccupe, m’embrasse, me perturbe et me fait peur bien que j’en sois passionnée », écrit, sur sa page Facebook, Radwa Achour, l’académicienne et écrivaine disparue il y a un peu plus d’un an.

Pourtant, cette énergie optimiste, cette passion de la vie semble un moment se retirer de son corps malade et de son pays qui essuie les échecs.

Achour a insisté sur le fait de tenir sa plume, durant sa maladie, pour achever le deuxième tome de son autobiographie Le Cri, une oeuvre posthume dédiée six mois après sa mort. Comme si elle refusait d’em­porter avec elle une histoire, ... la sienne et celle de toute une société. Elle a achevé son récit avant de ren­trer dans le coma, le destin ne lui a pas donné la chance de voir son der­nier bouquin entre les mains de ses lecteurs. Le Cri est ainsi venu com­pléter Plus Lourd que Radwa, publié en 2013 aux éditions Dar Al-Shorouk. Dans cette autobiographie s’entre­mêlent les souffrances de la maladie et les soucis de l’Egypte en pleine révolution.

Farouche, rebelle, Radwa a toujours estimé que la révolution du 25 janvier 2011 portait en elle l’antidote à tous les maux « du corps et de l’âme ».

Radwa Achour
Radwa Achour.

« Ont-ils battu les jeunes ? », c’était sa première question dès qu’elle s’est remise d’une délicate chirurgie, en 2013. Elle voulait s’enquérir avant tout des jeunes révolutionnaires.

Ce deuxième volume autobiogra­phique constitue un va-et-vient entre l’attente du destin inconnu, éventuel­lement la mort de l’auteure, et les aléas de la politique qui y servent de toile de fond.

Ainsi pèse sur le lecteur du Cri un brouillard qui enveloppe aussi bien le devenir de l’auteure, agonisante, que celui de l’Egypte, alors sous le régime des Frères musulmans. Un brouillard fait de peur et d’insécurité.

Le Cri incarne, du coup, le tiraille­ment et la division de la rue égyp­tienne pendant cette période. L’autobiographie s’avère donc l’ex­pression d’un étouffement, ou plutôt une sonnette d’alarme dans l’attente d’un sort inéluctable et, sur un autre plan, d’un avenir sombre alors que la violence a gagné la rue.

« Je dois expliquer à mes lecteurs, qu’ils soient pour ou contre les Frères musulmans, que j’ai eu l’oc­casion de suivre de près le discours des dirigeants islamistes qui sont montés sur la plateforme pour s’adresser à des milliers de mani­feswtants devant l’Université du Caire », lit-on dans Le Cri. « Un ton de sectarisme et de racisme résonnait dans ce dis­cours qui n’avait trait ni à la révolution, ni à ma propre conception de l’islam », écrit Achour. Et de rapprocher ce fameux discours à ceux des leaders salafistes qu’elle eut l’occasion d’écouter. « Malgré mon opposition, je me disais qu’ils étaient libres d’exprimer leur point de vue. Mais cette opposition de ma part a cédé la place à une indignation quand la divergence s’est transformée en confrontations sanglantes ».

L’espoir au-delà de la mort

Le cri de Radwa continue de résonner
Le Cri, une autobiographie où s’entremêlent les souffrances de l’auteure et celles d’une Egypte en pleine révolution.

« En participant à la révolution du 30 juin 2013, j’avais l’intention de poursuivre le chemin qu’on avait commencé en janvier 2011. Mais au bout de quelques jours, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un moyen pour les anciens régimes et les institutions qui possèdent la force de revenir au pouvoir (...). J’avais l’impression qu’on était en train de retomber dans le même piège », celui de choisir entre le mauvais et le moins mauvais.

Le ton de la mort qui hante le récit semble résonner avec les autres romans de l’écrivaine. « J’ai peur de la mort qui me guette, je ne parle pas de la mort qui survient au bout du chemin, mais de celle qui porte plusieurs masques … la mort qui se cache au coin … à la maison … dans la rue et à l’école … cette mort infanticide qui assassine toutes les possibilités. J’en ai tellement peur à tel point que je tiens à écrire en parlant de moi et de mes semblables ».

Mais au-delà du sentiment prédo­minant de la fin, de la mort, d’un avenir embrouillé, Radwa Achour a voulu entrevoir une lueur d’espoir. « Transmettre des messages de déses­poir est un acte immoral », écrit-elle dans ce dernier récit.

Radwa termine son dernier bouquin par une ouverture sur l’avenir. Les dernières pages de son autobiogra­phie décrivent des scènes de soboue (tradition égyptienne qui célèbre le nouveau-né sept jour après sa nais­sance). Il s’agit là de trois enfants, fils de jeunes activistes, à qui la blo­gueuse Nawara Negm donne le sein.



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