Semaine du 6 au 12 janvier 2016 - Numéro 1108
A la vie, à la mort
  Après une année assez fade sur le plan du cinéma, où les grandes stars se sont abstenues au profit des nouveaux comédiens, l’année 2015 vient de fermer ses registres sur un certain succès pour les jeunes talents, surtout avec le nouveau film Khanet Al-Yak (coincés) signé par Amir Ramsis et interprété par une brochette de jeunes comédiens.
A la vie, à la mort
Un thriller réussi, même si ce n’est pas un chef-d’oeuvre.
Yasser Moheb06-01-2016

Dans son nouveau film Khanet Al-Yak (coincés), actuellement en salle, le réalisateur Amir Ramsis nous plonge dans un monde où suspense et fraîcheur se mêlent à l’action. Les événements du film se déroulent en une seule journée, mettant en scène un groupe de cinq jeunes personnes qui ne se connaissent pas et lesquelles se trouvent enfermées — sans savoir pourquoi — dans une vieille usine. Elles cherchent à comprendre alors pourquoi elles sont coincées dans une telle position d’infortune. Ces gens qui souffrent d’une perte temporaire de mémoire — due à l’inhalation d’un gaz nocif — ne réalisent qu’une seule chose : chacun possède des dons particuliers qui, combinés aux autres, peuvent les aider à s’évader. Au fur et à mesure que la peur grandit, les conflits personnels et les luttes de pouvoir s’amplifient. Ils sont obligés de coopérer ensemble pour pouvoir échapper à une mort certaine orchestrée par le gang qui les a enlevés.

Un scénario comparable à plusieurs thrillers occidentaux, avec l’aspect claustrophobique et l’utilisation du temps qui presse, mais qui crée une atmosphère pesante, assez captivante. Donc, le principe est souvent simple : on prend un certain nombre de personnes, toutes différentes, on les enferme ensemble, on cahote le tout et on regarde ce qui se passe. La plupart du temps ce sont des films d’horreur, mais cette fois-ci, c’est un thriller psychologique.

Partant d’un script usité et d’un châssis dramatique de déjà-vu, le scénariste Loäy Al-Sayed évite adroitement de tomber dans l’histoire-cliché, en se focalisant sur les personnages. Une dominance de l’humain parfaitement mise en valeur par des dialogues de qualité et des scènes bien engendrées. Cela étant, on apprécie la simplicité dramatique du scénario dont l’auteur est réputé pour ses écritures comiques, telles Habibi Naëmane (mon bien-aimé, endormi), Rami Al-Ëtessami (Rami, le gréviste) ou Merati wa Zawgati (ma femme et mon épouse). Le scénariste opte cette fois-ci pour un thriller, signant la meilleure oeuvre de sa bibliographie.

Khanet Al-Yak (coincés) puise sa force dans son atmosphère remuante, et cette tension presque incessante entre les différents protagonistes. On est face à un film choral, donnant l’occasion à chaque personnage de s’exprimer, même si brièvement. Pétillants, résolus et parfois hilarants, les protagonistes parviennent à bien cadencer le rythme, tout en accordant au film un accent simple et plausible. Des personnages réalistes qui partagent involontairement des moments difficiles, parfois émouvants.

Le jeu des comédiens constitue d’ailleurs l’un des points forts. On y retrouve toute une armada de jeunes comédiens dans des rôles sans grandes surprises, mais qui sont interprétés d’une façon très décontractée. D’un Mohamad Farrag dont le rôle lui va comme un gant, à un Mohamad Chahine encore plus mûr dramatiquement à travers un personnage assez sérieux mais étrange, à un Nabil Issa posé et crédible physiquement dans les scènes d’action, et finalement à une Amina Khalil toujours aussi radieuse et subtile.

Une mise en scène assez prenante
Entre personnages tourmentés mais bien dessinés, une trame parfois aberrante mais dramatiquement tempérée, et un sens esthétique mêlé à une certaine obscénité psychique, le réalisateur Amir Ramsis signe avec Khanet Al-Yak l’une des meilleures oeuvres de sa filmographie. La mise en scène s’avère remarquable, montrant qu’on est face à un réalisateur qui a encore du nouveau dans ses manches, et qui s’attaque au thriller selon son propre style, quoiqu’un peu à l’occidental. La musique de Haytham Al-Khamissi plane parfaitement sur l’intrigue, tout en garantissant un certain mystère, et surtout une certaine satisfaction sonore.

Khanet Al-Yak (coincés) peut faire partie de ces fictions auxquelles on ne reproche pas beaucoup de bémols, mais qui ne sont tout de même pas parvenues à devenir des bijoux du genre.




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