Semaine du 6 au 12 janvier 2016 - Numéro 1108
L'Egypte et le chaos des coalitions
Mohamed Al-Saïd Idriss06-01-2016
 
 

Quelle est la position de l’Egypte, en tant qu’acteur régional de poids, dans les coalitions antiterroristes qui prolifèrent ? Il serait légitime de noter d’abord qu’il n’existe pas une définition claire et consensuelle du terrorisme qui prend en compte ses bailleurs de fonds, ses idéologues ou ses propagandistes.

De nombreuses questions restent également en suspens : Quel est le rôle demandé de l’Egypte dans cette conjoncture embrouillée ? Laquelle, parmi les quatre coalitions où elle est sollicitée, est celle qui correspond à sa vision ? Si en l’occurrence, l’Egypte estime que ces coalitions ne sont pas performantes, est-elle invitée à fonder une coalition et à en choisir le leadership ? Si oui, à quoi ressemblerait cette nouvelle coalition et quel serait l’ennemi visé ?

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Les forces pro-gouvernementales iraqiennes lors des combats anti-Daech. (Photo:AFP)

L’Arabie saoudite a formé une coalition qu’elle a appelée « Tempête décisive » pour lutter contre les Houthis soutenus par les forces de l’ancien président yéménite, Ali Abdallah Saleh, et par l’Iran.

L’objectif de cette coalition était d’asseoir la légitimité du président yéménite en exercice, Abd-Rabbo Mansour Hadi, et d’obliger les Houthis et les partisans de Saleh de se résigner à la légitimité et de stopper l’ingérence iranienne dans les affaires du Yémen.

Les Etats-Unis, aussi, ont formé une coalition de 60 Etats ayant pour vocation d’anéantir Daech en Iraq et à laquelle l’Arabie saoudite et les pays du Conseil de coopération du Golfe, à l’exception du Sultanat d’Oman, ont pris part.

La mission de cette coalition a été élargie pour combattre la branche de Daech en Syrie, une décision prise après une longue hésitation de peur qu’elle n’aide à renforcer le régime du président Bachar Al-Assad. Mais cette coalition s’est avérée incapable d’infliger une défaite au groupe Daech, que ce soit en Iraq ou en Syrie. Ce constat a amené la Russie à intervenir en acteur principal dans ce dossier après que ce groupe djihadiste eut affiché sa responsabilité du crash de l’avion russe au-dessus du Sinaï. Une autre coalition a alors émergé ralliant la Russie, l’Iran, l’Iraq et le régime syrien (appuyé par le Hezbollah et l’Iran). Un nouvel équilibre de force a ainsi émergé en Syrie aux dépens notamment de l’influence turque.

La guerre sunnite-chiite est une fabrication israélienne, et Tel-Aviv veut à tout prix imposer une polarisation arabe sectaire divisant les Arabes en sunnites qui voudraient rejoindre la coalition soutenue par les Etats-Unis contre les chiites qui prennent leur support de la Russie et de l’Iran.

Si l’Egypte adopte une position tranchante refusant clairement et solennellement la politique interventionniste de l’Iran dans les affaires arabes, elle ne doit pas pour autant considérer Téhéran comme l’ennemi juré et ne doit pas faire partie d’une coalition suivant les lignes de la prétendue guerre sunnite-chiite.

Toute cette anarchie de coalitions n’a rien à voir ni de loin ni de près avec les défis que doit relever l’Egypte, les dangers internes et ceux qui sont sur ses frontières.

Il s’agit là d’un nombre de facteurs que l’Egypte ne peut pas ignorer en essayant de répondre à la question principale : celle de savoir le genre de coalition dont elle a besoin pour défendre ses intérêts .



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