Semaine du 6 au 12 janvier 2016 - Numéro 1108
L’Eglise de tous les âges
  L'architecture de l'église du monastère des Apôtres à Atfih, dans le gouvernorat de Guiza, témoigne du passage de plusieurs civilisations, symbolisant l›unité égyptienne au fil du temps.
L’Eglise de tous les âges
Coupoles fatimides et clochers ottomans ornent l'église copte. (Photo: Mohamad Moustapha)
Doaa Elhami06-01-2016

« Il est difficile de préciser la date de l’édification de l’église du monastère des Apôtres à Atfih », indique Mohamad Yousri, inspecteur du bureau des monuments coptes et islamiques au sud de Guiza. D’après lui, l’église était à l’origine un temple pharaonique. La découverte d’une stèle de basalte rose à la fin des années 1980, décrivant le roi Ramsès II présentant des offrandes à la divinité Hathor en est l’évidence. Cette stèle (160 cm sur 60 cm) pèse 3 tonnes et est conservée aujourd’hui dans les dépôts du ministère des Antiquités de Guiza. En effet, les premiers chrétiens faisaient de ces temples des refuges contre les persécutions des empereurs byzantins. Au début, ils creusaient la croix, signe du christianisme, sur les murs et les colonnes. « Le monastère, qui renfermait plusieurs églises, a été bâti sur les vestiges de ce temple dédié à la divinité Hathor. Il n’en reste que l’église des Apôtres »,reprend l’inspecteur. Selon lui, elle est couverte de 11 coupoles attachées, symbolisant les 12 apôtres de Jésus en négligeant Juda le traître. Quant à la douzième, elle est détachée et surmonte l’autel principal de l’église dédié aux deux saints Pierre et Paul. Cette coupole indique la sélection du saint Matthias à la place de Juda. Pour lui, un tel style architectural est rarement rencontré dans les églises. De plus, toutes les coupoles suivent le style fatimide, révélant que l’église a été restaurée au cours de l’époque fatimide en Egypte, soit pendant les XIIIe et XIVe siècles. Quant aux clochers, ils ont pris la forme conique, connue sous l’époque ottomane.

Esprit copte

L’Eglise de tous les âges
Vue générale des 3 chapelles.

Malgré cette empreinte architecturale islamique vue en dehors de l’église, elle conserve son esprit copte ressenti lorsque l’on franchit le seuil de l’église. Ayant le style d’une basilique, l’église est répartie en trois chapelles voûtées. Chacune d’elles se termine par un autel : celui du côté droit est dédié à la Vierge Marie, celui du centre, le plus grand, est dédié aux saints Paul et Peter, alors que celui du gauche, est dédié à Saint Antoine. Cette église se distingue par une particularité : alors que les deux premiers autels se ressemblent dans leurs motifs architecturaux, le troisième est rectangulaire, attaché à l’autel central par une petite pièce dissimulée derrière. Cette pièce mène vers un escalier qui donne à son tour sur une autre pièce. « Il s’agit d’un abri où se cachaient les ermites lors des attaques des Romains ou des Berbères pour qu’ils puissent continuer leurs prières tranquillement », reprend l’inspecteur. Autre particularité : Le mur nord de l’autel de la Vierge comprend deux trésoreries pour conserver les ustensiles utilisés dans les messes et les festivités religieuses. Outre ces spécificités, l’église comprend plusieurs autres trésors, doublant alors sa valeur archéologique.

Parmi eux, on trouve l’iconostase en bois incrustée d’ivoire et décorée de motifs géométriques de style mamelouk. Quant à la croix qui orne l’iconostase, elle représente le style copte. Cette iconostase est datée de 1246. De même, l’église comprend deux porteurs de bois qui étaient utilisés pour y déposer la Bible lors des festivités religieuses. En même temps, l’église renferme un nombre considérable d’icônes que le ministère des Antiquités a restaurées. Celles-ci traitent de plusieurs sujets religieux comme la nativité de Jésus, Jésus avec les saints Pierre et Paul, son assomption, l’enfant Jésus sur les bras de la Vierge Marie. Ce sujet est représenté dans plusieurs icônes : Tantôt, cette scène est entourée de deux anges ailés seulement, tantôt, les deux anges sont aussi auréolés, parfois Jésus a un teint brun révélant un Jésus éthiopien.

Stèle de la XIXe dynastie, style basilique et icônes, coupoles fatimides et enfin des clochers ottomans. Toutes ces écoles architecturales sont représentatives de diverses civilisations qui se trouvent dans l’église antique du monastère des Apôtres à Atfih. Elle témoigne de la civilisation égyptienne au fil des âges.




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