Semaine du 6 au 12 janvier 2016 - Numéro 1108
Téhéran : regain de tension
Maha Al-Cherbini avec agences06-01-2016
 
  A quelques jours de l'entrée en vigueur de l'accord nucléaire iranien, les relations entre Téhéran et Washington se sont brusquement détériorées, de quoi alimenter les inquiétudes sur le sort de l'accord conclu à l'arraché.

Mettant fin à treize ans de tensions et de crises, l’accord historique — conclu entre l’Iran et les Six le 14 juillet dernier — va enfin entrer en vigueur mi-janvier. Jusqu’à présent, tout semble se dérouler comme prévu, l’Iran finalisant ses derniers engagements conformément à l’accord. Mais, au comble de cet optimisme, un regain de tension entre l’Iran et les Etats-Unis génère des inquiétudes sur l’avenir d’un accord conclu à l’arraché. La crise a commencé la semaine dernière quand un responsable américain a affirmé que la marine iranienne avait effectué des tirs d’essai à proximité d’un porte-avions américain dans le détroit d’Ormuz. « Nous considérons que tirer aussi près de nos navires est hautement provocateur », s’est indigné un responsable américain.

Niant toute implication dans cet incident, les Gardiens de la révolution ont accusé les Etats-Unis de mentir. « La force navale des Gardiens n’a mené aucun exercice dans le détroit d’Ormuz. Publier de tels mensonges dans la situation actuelle s’apparente plutôt à une opération psychologique », a affirmé le porte-parole des Gardiens de la révolution. Selon Dr Norhane Al-Cheikh, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire, ce regain de tension n’est qu’une sorte de guerre psychologique exercée par Washington à l’approche de l’entrée en vigueur de l’accord. Une façon de maintenir la pression sur l’Iran jusqu’à la dernière minute pour s’assurer de son engagement complet à respecter les clauses de l’accord.

Autre motif de ces pressions américaines : les Etats-Unis aspirent, depuis longtemps, à limiter les capacités de l’Iran à développer sa technologie de missiles balistiques. « L’Iran possède une très haute technologie dans le domaine des missiles balistiques, de quoi inquiéter les Américains, car ces missiles sont capables de frapper les bases américaines au Golfe, et plus important aussi, menacer la sécurité d’Israël. La maîtrise par l’Iran d’une telle technologie si évoluée signifie que le Hezbollah pourrait aussi en profiter pour attaquer Israël. C’est pourquoi Washington espérait que l’accord conclu avec l’Iran renferme une limitation de ses capacités militaires, ce que Téhéran a catégoriquement rejeté. Aujourd’hui, Washington aspire à conclure un nouvel accord avec Téhéran qui limite ses capacités balistiques », explique Dr Norhane Al-Cheikh.

Vers de nouvelles sanctions ?
Accentuant la pression sur Téhéran, les Etats-Unis ont affirmé cette semaine qu’ils préparent de nouvelles sanctions contre des entreprises et des individus en Iran, à Hong-Kong et aux Emirats arabes unis qui ont aidé à développer le programme des missiles balistiques iraniens. Il s’agirait des premières sanctions prises par Washington depuis l’accord, de quoi irriter le guide suprême, Ali Khamenei, qui a considéré ces nouvelles sanctions comme une « violation flagrante de l’accord ». Partageant cette même colère, le président iranien, Hassan Rohani, a dénoncé les menaces américaines comme « des interventions hostiles et illégales » qui nécessitent une réponse. Aussi a-t-il ordonné à l’armée d’intensifier son développement de missiles et de prendre toutes les mesures nécessaires pour lancer de nouveaux programmes s’ils permettent d’améliorer la défense du pays. Relevant de plus en plus le défi aux Etats-Unis, les Gardiens de la révolution iranienne ont affirmé posséder tellement de missiles qu’ils ne savent pas où les stocker. « Des centaines de longs tunnels sont pleins de missiles prêts à être lancés pour protéger notre intégrité, notre indépendance et notre liberté », s’est indigné un haut responsable militaire. Tout ce déluge de défis iraniens a porté la Maison Blanche à repousser la mise en place de nouvelles sanctions contre Téhéran, selon le Wall Street Journal, assurant toutefois que les sanctions « restent toujours sur la table ». « Que Washington impose des sanctions ou non, jamais l’Iran ne va accepter une limitation ou une inspection de ses capacités défensives qui sont pour lui une ligne rouge », affirme Dr Norhane Al-Cheikh. La preuve : depuis la conclusion de l’accord en juillet, l’Iran a effectué deux essais de missiles balistiques — le 10 octobre et le 21 novembre. Ces récents tirs portent un message clair à la communauté internationale : la conclusion de l’accord ne signifie pas que Téhéran va céder d’un iota sur ses droits défensifs. Outre cette arme de pression exercée jusqu’à la dernière minute, cette escalade à la veille de l’application de l’accord pourrait être une tentative de la part des deux régimes de calmer les conservateurs iraniens et les députés républicains opposés à l’accord. « En accentuant la pression sur l’Iran, l’Administration américaine essaie aussi de calmer l’inquiétude des pays du Golfe, surtout l’Arabie saoudite inquiète du récent rapprochement américano-iranien. Washington veut prouver à son allié saoudien qu’il ne va laisser passer aucune faute à Téhéran », ajoute Dr Norhane Al-Cheikh. Selon les experts, ces tensions irano-américaines ne vont pas pourtant empêcher l’application d’un accord devenu obligatoire et profitable à toutes les parties.



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