Semaine du 16 au 21 septembre 2015 - Numéro 1093
Une voix pour les provinces
Dina Darwich16-09-2015
 
 

« Bien que l’Egypte compte 88 millions d’habitants, seuls les Cairotes représentant 10 % de la population égyptienne bénéficient d’un service médiatique leur permettant d’exposer leurs problèmes. Cela veut dire que 90 % des Egyptiens ne profitent pas de ce moyen d’expression. C’est à la fois injuste et terrifiant », confie Fatma Farag, qui a lancé l’initiative Wélad Al-Balad, chargée de couvrir l’actualité de cette grande population des provinces. L’idée d’établir ces multimédias est apparue à la suite de la révolution du 25 janvier. « Les provinces ont connu une véritable mobilisation. C’était le moment idéal pour instaurer de nouveaux concepts. C’est ainsi que j’ai pu profiter de cette occasion pour introduire mon initiative dans quatre villes égyptiennes, entre autres Mansoura, Alexandrie et Qéna. Le succès de cette expérience nous a encouragés à aller de l’avant et à poursuivre notre périple », confie Fatma, fondatrice de Wélad Al-Balad (fils de la médina). Journaliste de profession, elle a travaillé durant 20 ans, essayant de couvrir tous les problèmes des provinciaux. Sur le terrain, elle a remarqué que cette population, malgré ses modestes moyens, s’intéresse à l’actualité directement liée à son quotidien plutôt que de se perdre dans la politique. Ceci dit, chaque société à sa particularité. Par exemple, les habitants du village de Dechna à Qéna ont des conditions de vie différentes de ceux du village de Nag Hammadi, situé à quelques kilomètres. Le premier vit de l’agriculture et le second de l’industrie. A Chacun ses propres préoccupations et problèmes. « On a évité d’imposer à l’équipe de journalistes, choisie minutieusement par les habitants de ces régions, un agenda fixe et on a préféré leur fournir des outils nécessaires leur permettant de créer une presse à la fois indépendante et moderne », explique Fatma, qui s’est rendue dans 11 gouvernorats pour choisir les 110 journalistes, devenus plus tard le noyau de cette news room dans les quatre coins de l’Egypte. Aujourd’hui, le projet Wélad Al-Balad compte environ 9 news rooms qui présentent une diversité de services médiatiques (publications, vidéo, presse en ligne). « On a appris à notre équipe comment filmer, prendre des photos, rédiger des articles, tenir des réunions, etc. On leur explique comment utiliser leurs ressources comme les publicités et les revenus de la distribution pour garantir leur autonomie. Et enfin, on leur enseigne le code d’éthique du syndicat des Journalistes », ajoute-t-elle. « Le but est de travailler sur les compétences de ces journalistes qui vont servir de porte-parole à leur population ».

Cette initiative a été récompensée dans le domaine des médias et celui du développement. Elle a reçu le prix Wan IFRA ASIA, l’une des plus grandes associations de presse indépendante, et le prix Gen Cairo Hack Thon. Malgré cela, le projet fait face à de nombreux obstacles. « Il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Ce n’est pas le milieu de la politique qui pose problème, mais les familles influentes dans ces petites sociétés. Une photo qui porterait préjudice à l’image de l’une de ces familles pourrait nous causer des tracas. C’est pourquoi ces questions doivent être traitées avec beaucoup de délicatesse. On tient à ce que l’équipe médiatique reflète cette diversité culturelle », confie Farag. Elle a eu recours à de nouvelles méthodes de distribution en se servant d’épiciers, de vendeurs ambulants, entre autres, pour écouler les journaux. Une expérience qui a porté ses fruits. Au Fayoum, une femme a été désignée rédactrice en chef. Une bédouine à Marsa Matrouh vient d’être élue directrice de rédaction du journal local. Dans le village de Qous, dans le gouvernorat de Qéna, et à Louqsor, deux autres femmes ont occupé le même poste. Ce qui est sans aucun doute une grande première dans ces régions.




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