Semaine du 9 au 15 septembre 2015 - Numéro 1092
Le Moulin Rouge revisité
  Faire des comédies musicales en Egypte. Un pas audacieux entrepris par la jeune metteuse en scène, Rawan Al-Ghaba. Son spectacle Moulin Rouge a finalement vu le jour, à l’Opéra du Caire, suscitant éblouissement et colère.
Le Moulin Rouge revisité
Le cabaret parisien sur les planches du Caire. (Photo:Brigitte Krede)
Névine Lameï09-09-2015

Jeune, enthousiaste, la metteuse en scène Rawan Al-Ghaba, 26 ans, a décidé de se lancer dans l’aventure de monter un spectacle à la Broadway, sur les planches de l’Opéra du Caire, avec la collaboration de quelques danseurs et comédiens non professionnels. Diplômée en 2011 de l’Institut supérieur des arts théâtraux, en Egypte, Al-Ghaba étudie actuelle­ment la réalisation cinématographique aux Etats-Unis, d’où cette influence du style broadwayien et le choix du film musical Moulin Rouge de Baz Luhmann, afin de l’adapter au théâtre, en signant elle-même la chorégraphie avec sa collègue, Chérine Hégazi.

Donné la semaine dernière, en anglais, à l’Opéra du Caire, le spec­tacle lui a valu maintes critiques, mais Rawan Al-Ghaba n’a pas l’intention de baisser les bras. Elle est fière de présenter ce genre de comédie musi­cale, peu fréquent en Egypte, misant sur le côté glamour des costumes en paillette, d’un éclairage flamboyant, d’une musique des sixties et de décors grandioses, parfois kitsch (de Mahmoud Sabri).

Après quelques séances d’audition passées aux espaces des théâtres Studio Emadeddine et Osiris, dans le centre-ville cairote, Al-Ghaba a sélec­tionné son équipe de travail parmi des jeunes, dont les uns ont suivi une for­mation d’acteur et de chorégraphe. « Faire du théâtre contemporain, cela ne signifie pas forcément habiller mes interprètes en jean, ou les imprégner de politique. Personnellement, je n’ai pas effectué beaucoup de change­ments dans le Moulin Rouge original. C’est un chef-d’oeuvre, et j’ai tenu à respecter l’intrigue principale. J’ai enchaîné les neuf scènes les plus émouvantes du film de Luhmann, variant entre chants, danses de cla­quettes et french cancan, moments de rêves, d’humour et de fantaisie, entre romantisme, bohémie et passion. Il ne faut quand même pas oublier qu’un des paramètres importants de la comédie musicale est son montage. La comédie musicale est un univers oni­rique où tout devient possible sous l’effet de la danse et du chant. Les effets spéciaux permettent d’atteindre l’éblouissement du public, c’est à mon avis le point fort de ce genre de spec­tacle », souligne Al-Ghaba.

Le cabaret fait rage
Moulin Rouge se déroule à la fin du XIXe siècle, dans le Paris de la Belle Epoque. Christian, jeune poète anglais, se voit poussé par l’heureux hasard à écrire le livret d’un spectacle où doit briller son amante, la divine Satine, convoitée par un duc, prêt à financer ledit spectacle.

« Il s’agit d’une comédie vive, gaie et émotionnelle, contrairement à d’autres comédies musicales comme Hair ou Grease dont les évé­nements passent par la confronta­tion entre les différentes généra­tions », poursuit la jeune metteuse en scène, qui dénonce les clichés théâtraux et les stéréotypes tra­giques. « Je n’aime pas faire d’adaptations théâtrales d’après des chefs-d’oeuvre shakespeariens. Je trouve que c’est de la tragédie classique, un peu dépassée et froide, avec des préceptes figés. J’opte plu­tôt pour les spectacles vivants, avec un tourbillon de couleurs, de rythmes et de sons. Le fin rythme, pour moi, c’est le miroir de la vie et de ses mutations », ajoute-t-elle.

Les spectacles du genre sont extrêmement coûteux, d’où leur rareté en Egypte. En fait, on ne pro­duit presque pas de comédies musi­cales dans un cadre socioculturel tout à fait égyptien. « Il serait injuste de comparer une méga-pro­duction d’Hollywood comme Moulin Rouge à sa version égyp­tienne présentée à l’Opéra du Caire. J’ai déployé un budget colossal afin d’en faire un spectacle digne de l’Opéra. J’ai effectué tout le par­cours bureaucratique, auprès des organismes du ministère de la Culture, afin que ce spectacle puisse voir le jour. Mais je suis consciente qu’on peut toujours faire mieux. J’ai eu quand même la chance de me produire dans la grande salle de l’Opéra », précise Al-Ghaba. Très active sur les réseaux sociaux. Elle a réussi à bien diffuser les nouvelles concernant son spectacle.

D’aucuns n’ont pas véritablement apprécié le cadre de l’histoire, à savoir le cabaret parisien du Moulin Rouge, à Montmartre, de quoi lui avoir valu des critiques acerbes qui ont mené au verrouillage de son site web. « Je n’ai pas tardé à lancer une autre campagne publicitaire à travers Facebook. Il y a eu même un malentendu, car le cabaret pari­sien, Le Moulin Rouge, a dû com­prendre qu’on allait ouvrir un autre Moulin Rouge en Egypte ... C’est de ma faute, la publicité que j’ai faite était peu précise », affirme Al-Ghaba. Et d’ajouter : « Pendant plus d’une heure, j’ai présenté des scènes de danse, de bal costumé, mes interprètes se sont prêtés à la vie de bohème. Et pour ce faire, je n’avais pas besoin de vrais profes­sionnels. Les amateurs et les étu­diants de l’Académie des arts ne cherchaient que le plaisir de jouer sur les planches de l’Opéra du Caire ». Al-Ghaba est loin de regretter son expérience, il s’agit d’une étape, afin de faire savourer un genre peu fréquent.



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