Semaine du 9 au 15 septembre 2015 - Numéro 1092
Mounir Fakhri Abdel-Nour : L’Egypte s’ouvre à tous les pays
  Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mounir Fakhri Abdel-Nour, revient sur la découverte du plus grand gisement gazier en Méditerranée, et commente la récente tournée présidentielle en Asie.
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mounir Fakhri Abdel-Nour
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mounir Fakhri Abdel-Nour
Névine Kamel09-09-2015

Al-Ahram Hebdo : L’entreprise italienne ENI a annoncé la découverte en Egypte du plus grand gisement de gaz, jamais trouvé en Méditerranée, à une centaine de kilomètres des côtes égyptiennes. Quelle est la portée de cette découverte ?

Mounir Fakhri Abdel-Nour : Ces dernières années, la crise du gaz représentait le plus grand obstacle au développement industriel. Il est vrai que les fruits d’une telle découverte ne verront pas le jour avant 3 ans. Mais le gouvernement pourra toujours conclure quelques accords pour réaliser des gains sur le court terme. Il peut par exemple vendre la production de ce gisement en avance ou faire des échanges, c’est-à-dire conclure des accords avec des partenaires pour obtenir du gaz aujourd’hui et le rendre trois ans plus tard, quand la production aura lieu. Autrement dit, le gouvernement possède plusieurs alternatives financières lui permettant de profiter de ce gisement sur le court et le long terme. De même, personne ne peut nier qu’une telle découverte est un message rassurant pour les investisseurs et les industriels. La pénurie d’énergie sera réglée très prochainement.

— Après une visite en Russie, le président de la République a effectué une tournée en Asie, notamment à Singapour et en Chine. Pourquoi se tourner vers l’Asie ?

— Cette tournée a un message clair que l’Egypte est ouverte à tous les pays. Concernant la Russie, le gouvernement veut bénéficier de son expérience dans le développement de l’industrie égyptienne. Il veut profiter de l’expertise russe dans le domaine de l’énergie nucléaire et de l’énergie renouvelable, qui sont devenues une nécessité pour l’Egypte. Nos relations avec la Russie sont complémentaires. La balance commerciale entre les deux pays en est la preuve. L’objectif le plus important de cette visite est de rassurer les milieux russes en ce qui concerne la situation politique et économique en Egypte. Et les informer des réformes mises en oeuvre par le gouvernement sur le plan économique.

— Quel était le but de la visite du président en Chine ?

— Cette visite était très importante et très fructueuse. Elle représente une percée dans les relations économiques entre les deux pays. Le président a réussi à signer lors de cette visite un accord pour la mise en oeuvre de 15 projets conclus avec le gouvernement chinois en juin dernier. Le plus important de ces accords est celui du train électrique reliant Le Caire à la nouvelle cité de 10 du Ramadan, et à la ville de Bélbeis dans une phase ultérieure. Un autre projet pour le développement du réseau électrique a vu le jour. Tous ces projets seront financés par des prêts chinois. La banque chinoise a prévu d’accorder un prêt de 100 millions de dollars à la banque Al-Ahly, pour le financement de petits et de moyens projets. Le ministre du Commerce chinois contribuera avec une somme de 30 millions de dollars. Nous avons discuté également lors de cette visite de la nécessité de contrôler l’afflux des produits chinois à l’Egypte afin de protéger l’industrie égyptienne locale.

— Le président égyptien se rendra en Inde à la fin du mois d’octobre prochain. Des accords seront-ils signés aussi avec ce pays ?

— Effectivement, le président a prévu de signer un certain nombre de mémorandums de partenariat avec l’Inde.

Qu’en est-il du marché africain ?

— Le marché africain représentera dans la période à venir un terrain fertile pour les exportations égyptiennes. Ce marché se caractérise par un taux de croissance élevé et a donc besoin de produits égyptiens. Nous effectuerons des négociations avec la Banque du développement africain pour encourager les exportations égyptiennes vers le marché africain. Car, la banque possède des lignes de crédits d’une valeur de 500 millions de dollars pour financer les exportations égyptiennes vers l’Afrique. Aujourd’hui, l’économie mondiale fait face à plusieurs chocs économiques. De même, l’Egypte connaît une crise économique. En dépit de cela, la Fondation internationale, Euromoney, a insisté à ternir sa conférence annuelle cette année en Egypte.

— Quelle est l’importance de cette conférence ?

— La conférence a eu lieu au moment où le monde fait face à un certain nombre de crises. Cela pourrait avoir un impact négatif sur les investisseurs et les hommes d’affaires. Or, le gouvernement a bien fait son devoir. Il a tenu à exposer lors des différentes sessions de la conférence les mesures prises récemment en Egypte pour faciliter le climat des investissements. Le nombre important de participants de la conférence reflète l’intérêt international pour l’Egypte. Les investisseurs considèrent qu’il y a des opportunités dans ce pays, mais attendent le moment opportun pour les saisir. Nous avons rencontré des investisseurs arabes, étrangers ainsi que des représentants d’institutions monétaires. Cette diversité est un signe positif. La conférence a accueilli quelques milliers de personnes, des figures importantes dans le domaine de l’investissement international ainsi que des responsables internationaux des pays du Golfe, de Russie, des Etats-Unis et d’Europe, ainsi que des institutions monétaires telles que la Banque mondiale, la Banque européenne, l’Agence du développement américain, etc.

Certains pensent que l’Egypte sera touchée par ce ralentissement mondial, alors que d’autres au contraire croient que l’Egypte a une excellente opportunité de profiter de cette crise mondiale pour relancer la croissance. Qu’en pensez-vous ?

— L’Egypte fait partie de l’économie mondiale et elle sera certainement affectée par tout ce ralentissement. Or, le gouvernement doit prendre des mesures pour éviter cette crise. Le comité économique s’est réuni lundi et nous avons discuté de la situation économique du pays et des actions qui doivent être prises. Mais nous avons aussi l’occasion de profiter de cette crise et l’utiliser pour relancer l’économie égyptienne. Les prix des matières brutes ont baissé au niveau international, ce qui permet de réduire le coût de la production et d’avoir une bonne place sur le marché international.

— Le gouvernement révisera-t-il le taux de croissance dans le cas d’une crise mondiale ? Et qu’en est-il de la croissance industrielle ?

— Le gouvernement souhaite augmenter le taux de croissance et c’est un objectif facile à réaliser avec une bonne stratégie économique et des mesures sérieuses. Le ministère de l’Industrie vise un taux de croissance industrielle de 9 %. Cet objectif pourra être revu à la baisse, vu le ralentissement des flux d’investissement internationaux à cause de la crise.

— Les exportations égyptiennes ont connu une grande baisse depuis le début de cette année. Comment l’expliquez-vous ?

— Les raisons de la baisse sont très claires. Il y a une crise d’énergie évidente. Ce qui a contribué à la baisse de la production de nombreuses usines, telles que les usines d’engrais et d’acier. L’Egypte, après avoir été un pays exportateur de fer, est devenue un importateur. Le gouvernement a donné la priorité à la fourniture d’énergie au secteur domestique, plutôt qu’au secteur industriel. C’était une mauvaise décision, qui a conduit à l’aggravation de la crise, l’été dernier. La perte de nombreux marchés arabes tels que la Libye et le Yémen à cause des conflits politiques a aussi contribué à cette baisse. Et pour finir, la hausse de la valeur de la L.E. vis-à-vis des devises étrangères, à part le dollar, a réduit la compétitivité des produis égyptiens sur les deux marchés, local et international. Les changements au niveau du taux de change ont eu un effet négatif et il est temps de discuter de ce sujet, plutôt que de s’en prendre aux responsables et aux exportateurs.

— Les tares du nouveau système de soutien à l’exportation sont-elles derrière la régression des exportations ?

— On ne peut pas dire cela. D'abord, le nouveau système de distribution des subventions à l’exportation n’a pas été appliqué et il ne le sera pas. Quant à la valeur des subventions consacrées aux exportations dans le nouveau budget, nous avons pu arracher une hausse primaire. Le gouvernement a approuvé une hausse de 1,1 milliard de L.E. en août dernier pour arriver à un total d’une valeur de 3,7 milliards de L.E. Et nous n’allons pas nous contenter d’une telle hausse, nous allons faire pression pour obtenir de nouvelles hausses.

— Le gouvernement a-t-il l’intention de procéder à des modifications douanières pour les produits importés ?

— Oui, le gouvernement étudie l’imposition de nouveaux tarifs douaniers sur les importations, sauf le fer à béton. Nous craignons que le prix du fer ne subisse une hausse sur le marché local et par conséquent ne nuise au consommateur.

— En ce qui concerne la nouvelle zone du Canal de Suez, le gouvernement a t-il reçu des offres d’investissement ?

— Oui. Le gouvernement a reçu plusieurs offres. Des offres pour l’établissement de stations de l’avitaillement des navires, d’autres pour le financement de la zone industrielle russe et la création de deux autres projets industriels. Et la liste va encore s’allonger.

— Une nouvelle loi pour l’industrie n’est-elle pas nécessaire ?

— Il est urgent de réformer la loi sur l’industrie pour s’adapter aux nouvelles lois qui régissent le monde des affaires comme, entre autres, la loi unifiée pour l’investissement et la nouvelle loi des zones économiques. Le gouvernement égyptien a pris récemment des mesures juridiques contre deux hommes d’affaires. Safwan Thabet, PGD de l’entreprise Juhayna pour les produits laitiers, et Farid Khamis, PDG d’Al-Nassagoune Al-Sharqyoune.

— De telles décisions n’auront-elles pas des répercussions sur le climat d’investissement ?

— Nous ne devons pas mettre tout dans le même panier. Dans le cas de Farid Khamis, le dossier a été soumis à l’Organisme pour la lutte contre le monopole, qui a révélé une violation flagrante. Quant au cas de Safwan, il s’agit d’une question de sécurité. Je ne peux pas faire de commentaire. Mais j’espère que la décision prise à son encontre sera basée sur des informations correctes. Cette dernière affaire pourrait générer un message négatif aux investisseurs étrangers. Il faut tout de même leur expliquer que le maintien de la sécurité est nécessaire pour protéger l’investissement.




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