Semaine du 9 au 15 septembre 2015 - Numéro 1092
Yémen : La vengeance de la coalition arabe
  La coalition arabe commandée par l'Arabie saoudite a intensifié ses raids contre les rebelles au Yémen, au lendemain de la mort de 60 de ses soldats dans une attaque aux missiles.
Yémen : La vengeance de la coalition arabe
Des raids très violents ont secoué les grandes villes yéménites. (Photo:AP)
Maha Salem avec agences09-09-2015

Quarante-cinq soldats des Emirats, dix d’Arabie saoudite, cinq de Bahreïn et quatre soldats yéménites. Un bilan lourd causé par une attaque au missile par les rebelles houthis contre un entrepôt de munitions de la province de Marib, au Yémen, à l’est de la capitale Sanaa. Considérée comme la pire attaque commise contre les forces de la coalition arabe, elle a causé aussi de lourdes pertes en équipement et armement. « Nous sommes déterminés à débarrasser le Yémen de la racaille », a lancé l’homme fort des Emirats, cheikh Mohamad bin Zayed Al Nahyane, prince héritier d’Abu-Dhabi et commandant en chef adjoint des forces armées, en référence aux rebelles.

Pour l’Arabie saoudite, il s’agit des premières victimes parmi ses forces en territoire yéménite depuis qu’elle a pris, fin mars dernier, la tête de la coalition arabe pour mener des frappes contre les rebelles chiites houthis soutenus par l’Iran. Les analystes attribuent cette attaque au missile non pas aux Houthis, mais à une unité de la Garde républicaine de l’ex-président Saleh, la seule capable d’utiliser un tel armement.

Raids très violents
En première réaction de cette attaque, l’aviation de la coalition arabe a intensifié ses bombardements contre les rebelles au Yémen, notamment dans la capitale Sanaa. Après des raids très violents au cours de deux jours consécutifs, les avions de la coalition menée par l’Arabie saoudite ont pris pour cibles de nombreuses positions des rebelles chiites houthis dans la capitale yéménite. De plus, l’aviation de la coalition a visé entre autres un QG des forces de sécurité à Hadda, dans le sud de Sanaa, et des positions des Houthis dans des quartiers du nord de la ville. Des dépôts d’armes de Jebel Negm, tenus par des forces alliées aux rebelles, à l’est de Sanaa, ainsi que le palais présidentiel et des positions proches des ambassades d’Arabie saoudite et des Emirats ont aussi été touchés.

Les dirigeants des Emirats arabes unis ont annoncé, dimanche dernier, pour la première fois depuis le début de la campagne aérienne de la coalition le 26 mars que leur aviation avait bombardé plusieurs cibles des rebelles au Yémen. « La vengeance (des Emirats) ne saura tarder », avait promis l’homme fort des Emirats, le cheikh Mohamad bin Zayed Al Nahyane. « Il est vrai que la coalition arabe a subi une forte perte, mais elle a appris à bien sécuriser ses troupes par les forces aériennes et à ne pas mener d’intervention terrestre », explique Dr Moetaz Salama, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire, en ajoutant que le but essentiel de la coalition arabe actuellement est de prendre la capitale Sanaa. « La reprise de la capitale sera le signe de la fin de la guerre. Celui qui dominera la capitale possédera toutes les cartes du jeu en main et aura une position forte lors des négociations de paix », affirme Dr Moetaz Salama. Confirmant cette analyse, le porte-parole des forces de la coalition, le général de brigade saoudien, Ahmad Assiri, a affirmé que celles-ci avaient pour mission de rétablir la paix et la stabilité au Yémen. « Elles poursuivront leurs opérations militaires jusqu’à la réalisation de leurs objectifs ».

Issus de la minorité zaïdite chiite, les Houthis étaient partis il y a plus d’un an de leur fief de Saada s’emparant en janvier dernier de la capitale Sanaa et progressant de manière fulgurante dans le reste du pays. Les forces anti-Houthis, aidées des frappes de la coalition, ont repris ces derniers mois des provinces du sud et tentent de reconquérir notamment la capitale Sanaa. Mais la reprise de Sanaa sera très difficile et rencontrera plusieurs obstacles. « Les Houthis sont implantés dans la capitale, ils sont soutenus par les forces loyales à l’ex-président. Et plusieurs tribus aident les Houthis en raison d’intérêts communs. Autre obstacle, les Houthis et les forces loyales à l’ex-président Saleh protègent efficacement les entrées de la capitale par des armes lourdes », explique Dr Moetaz Salama.

Reconquête d’Aden
Pour reprendre Sanaa, l’armée du Yémen a intégré dans ses rangs 4 800 combattants de milices du sud du pays qui ont aidé à la reconquête d’Aden contre les rebelles chiites houthis. Une décision prise par le président en exil Abd-Rabbo Hadi Mansour. « Cette brigade compte 4 800 combattants dont des soldats et des officiers. La plupart des recrues sont d’anciens membres de la milice Mouvement de résistance populaire, loyale au président Hadi », précise le colonel Fadel Mohamad Hassan. La majorité des recrues sont originaires d’Aden, la deuxième ville du pays, reprise à la mi-juillet aux rebelles avec l’appui aérien de la coalition arabe. D’ailleurs, cette brigade a été baptisée « Brigade décisive de Salman » du nom du roi d’Arabie saoudite.

Depuis le mois dernier, les forces pro-gouvernementales ont aussi reconquis cinq provinces dans le sud du Yémen. La guerre a fait plus de 4 400 morts depuis mars dernier, selon l’Onu. Plus de 13 millions de Yéménites sont par ailleurs en situation d’insécurité alimentaire en raison du conflit, d’après le Programme alimentaire mondial.




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