Semaine du 9 au 15 septembre 2015 - Numéro 1092
Une aubaine mais pas pour demain
  L'important gisement de gaz découvert en Egypte offre une meilleure perspective pour l'industrie et l'investissement, tout en allégeant les pressions sur la livre égyptienne. Le gouvernement prévoit entre 30 et 36 mois avant le début de la production.
Une aubaine mais pas pour demain
découverte d'ENI va économiser 2,5 milliards de dollars d'importations annuelles à l'Egypte.
Marwa Hussein09-09-2015

La découverte d’un gisement géant de gaz naturel en Egypte a fait un grand bruit dans un pays qui s’est transformé, au cours des dernières années, d’exportateur en importateur de gaz naturel. Le 30 août, le géant pétrolier italien ENI a annoncé la découverte d’un énorme gisement gazier que la compagnie a présenté comme le plus important jamais trouvé en Egypte, voire en Méditerranée. Baptisé Zohr, le gisement renfermerait 850 milliards de mètres cubes de gaz, soit l’équivalent de 5,5 milliards de barils de pétrole. Selon le ministère du Pétrole, cette découverte permettrait de hausser d’un tiers les réserves du pays en gaz.

Lapo Pistelli, vice-président d’ENI, a affirmé qu’il s’attendait à des découvertes plus profondes dans le même champ. Vu l’importance de la découverte, le directeur général d’ENI, Claudio Descalzi, s’est rendu au Caire pour rencontrer le président Abdel-Fattah Al-Sissi. « Une fois pleinement développée, la découverte pourrait satisfaire les besoins de l’Egypte en gaz naturel pour des décennies », a-t-il déclaré. « La découverte pourrait également mener à d’autres en Egypte, et aider le pays à atteindre l’autosuffisance en moins de 5 ans », renchérit Hamdi Abdel-Aziz, porte-parole du ministère du Pétrole. La découverte est célébrée ainsi comme étant capable d’assurer à l’Egypte une stabilité énergétique qu’elle avait perdue depuis des années.

La nouvelle est tombée comme une bouée de sauvetage pour un pays qui a connu, ces dernières années, une crise d’énergie sans précédent, et des coupures fréquentes d’électricité. La crise d’électricité, qui s’est timidement manifestée pendant l’été 2008, s’est accentuée en fréquence et en intensité pour atteindre son pic pendant les saisons d’été de 2013 et 2014. Ménages et industries en souffraient. Les coupures de courant ajoutées au manque de carburants sont considérées parmi les facteurs primordiaux de la révolte populaire contre le président déchu Mohamad Morsi en 2013.

Parmi les justifications que le gouvernement a souvent présentées pour expliquer la crise figure le manque de gaz naturel, ce carburant utilisé dans les centrales électriques en Egypte. Naguère pays exportateur de gaz naturel, l’Egypte s’est transformée en 2014 en pays importateur. En 2012, l’Egypte a dû arrêter ses exportations vers Israël, avant de suspendre en 2013 toutes ses exportations de gaz naturel liquéfié à l’étranger, alors que le pays avait signé sous Hosni Moubarak des contrats d’exportation à long terme avec l’Espagne et la Jordanie, en plus d’Israël.

Travaux à rythme accéléré

Le gouvernement vise donc à accélérer les travaux d’exploration afin de pouvoir commencer la production le plus vite possible. Les opérations de forage débuteront en janvier 2016, selon les déclarations du vice-président d’ENI, suite à une réunion avec l’ambassadeur d’Egypte en Italie. Selon le ministère du Pétrole, la production doit commencer au terme de 30 à 36 mois. Des sources informées du secteur pétrolier estiment que la production de la concession pourrait commencer plus tôt, étant donné la position géographique du champ. En effet, la découverte a été faite dans la zone Shorouq qui a été confiée à ENI en janvier 2014, suite à un appel d’offres international. Or, Shorouq est située à moins de 150 km du champ Temsah, l’une des plus grandes plates-formes de production de gaz en l’Egypte, où opère ENI. « Cet emplacement peut éventuellement permettre une production partielle dans deux ans. Il suffirait de forer un puits et de le lier aux installations déjà existantes de Temsah », explique Mohamad Choeib, ancien président de la Société égyptienne du gaz naturel EGAS.

Estimation partagée par Mohamad Al-Ansari, ancien cadre supérieur chez Shell International et actuellement chef de la direction de Tri-Ocean Energy, une société pétrolière et gazière basée en Egypte. Dans des déclarations à Al-Ahram Online, il explique que les réserves du champ gazier Temsah sont presque entièrement exploitées, ce qui signifie qu’environ 70 % de la capacité de la plate-forme et du pipeline sont maintenant libres. « L’emplacement du nouveau gisement est idéal. Il permettra à l’Egypte de commencer la production dans 3 ans ou même avant », dit Al-Ansari.

Selon l’accord conclu avec ENI, 40 % de la valeur de production seront destinés à couvrir les coûts d’exploration. Pour la somme restante, elle sera partagée entre le gouvernement égyptien (65 %) et ENI (35 %). « Une fois les investissements couverts, soit dans 5 ans, le gouvernement aura droit à 80 % des revenus, contre 20 % pour ENI », explique Hamdi Abdel-Aziz. Quant au prix de vente du gaz, il sera entre 4 et 5,5 dollars le million de British Thermal Unit (BTU) au lieu de 2,65 dollars auparavant, suite à la modification, révélée en juillet dernier, de l’accord signé avec ENI. Les mêmes prix ont été offerts à British Petroleum. « Les anciens prix n’allaient pas de pair avec les coûts de production. Alors que les nouveaux prix sont plus liés au coût d’importation, ils ne seront pas rétrospectivement appliqués aux anciennes concessions », élabore Abdel-Aziz.

L’économie boostée

Sur le court terme, la découverte d’ENI n’aura pas d’effet considérable sur l’économie égyptienne, mais dans l’avenir, elle offre une meilleure perspective pour l’industrie et participera à alléger les pressions sur la livre égyptienne. Il est vrai que la crise d’énergie s’est considérablement allégée cet été, surtout pour les ménages, suite à plusieurs mesures entreprises par le gouvernement dont l’importation de gaz naturel. Cependant, la pénurie de gaz naturel inquiétait toujours les industriels. « La découverte ouvrira la porte devant plus d’investissements. L’énergie est un facteur primordial pour les investisseurs avant de commencer un business ou de décider une expansion », dit Mohamad Zaki El-Sweedy, président de la Fédération égyptienne des industries.

Le gouvernement est parvenu à alléger la crise à travers plusieurs moyens, outre l’importation de gaz. Certaines industries, notamment les cimenteries, ont été autorisées à fonctionner en utilisant le charbon malgré la controverse autour des conséquences environnementales.

« La nouvelle découverte ne devra pas modifier cette stratégie du gouvernement visant à diversifier les sources d’énergie en introduisant le charbon comme carburant, en plus de l’expansion dans l’utilisation des sources d’énergie renouvelable », dit Hamdi Abdel-Aziz. « L’Egypte ne vise pas non plus l’exportation. Le marché local est notre priorité », ajoute-t-il.

Une fois la production en marche, elle permettra également d’alléger les pressions croissantes sur la livre égyptienne. « Le gisement représente 15 ans de consommation. Selon nos calculs, il va générer des revenus allant à 48 milliards de dollars », dit Waël Ziada, président de l’unité de recherche de la banque d’investissement EFG-Hermes. « Cela contribuera évidemment à l’équilibre de la balance des paiements, en encourageant les investissements étrangers directs et en permettant au gouvernement d’économiser 2,5 milliards de dollars d’importations annuelles de gaz peu après le début de la production », selon une étude d’EFG-Hermes.




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