Semaine du 9 au 15 septembre 2015 - Numéro 1092
Achraf Sami : La découverte du gisement de gaz a changé la donne dans la région
Heba Zaghloul09-09-2015
 
  Pour Achraf Sami, expert en énergie, la découverte du plus grand gisement offshore de gaz naturel en Méditerranée changera la place de l’Egypte sur l’échiquier énergétique mondial.

Al-Ahram Hebdo : Que représente cette découverte pour l’Egypte ?

Achraf Sami : Cette découverte concerne 30 trillions de pieds cube (pieds cubes) de gaz naturel, soit presque la moitié de tout ce qui a été découvert jusqu’à présent en Egypte (environ 65 trillions de pieds cube). Or, la consommation égyptienne s’élève à 1,7 trillion de pieds cube par an. L’Egypte, d’ici trois ans, pourra répondre aux besoins de sa population pour les 15, voire 20 prochaines années. Il s’agit là du plus grand gisement gazier jamais découvert en Méditerranée et de la plus grande découverte de gaz dans le monde depuis une dizaine d’années.

— Quel impact cette découverte peut-elle avoir sur les pays voisins ?

— L’Egypte est récemment devenue importatrice de gaz. Elle s’apprêtait à importer du gaz d’Israël, notamment du gisement Léviathan. Le nouveau gisement égyptien dépasse la taille de ce dernier. Il n’est donc plus nécessaire pour l’Egypte d’importer de ses voisins que ce soit Israël ou Chypre. Ce qui est sans aucun doute une mauvaise nouvelle pour ces pays, qui espéraient faire de l’Egypte leur premier débouché à l’exportation. Il faut aussi savoir que pour développer une ressource comme le gaz, il est nécessaire de trouver non seulement un marché mais aussi un moyen de l’acheminer, que ce soit le transport par pipeline ou en le liquéfiant pour obtenir un Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Or, un transport par pipeline revient moins cher qu’un GNL. Si l’Egypte n’a plus besoin de gaz, Chypre et Israël devraient alors réexaminer les formules de développement de leurs ressources, en se dirigeant peut-être vers le GNL, qui est plus coûteux.

— L’Egypte pourra-t-elle à nouveau exporter son gaz ?

— Il faudrait de toute façon continuer à importer jusqu’à la livraison des premières cargaisons de gaz qui ne devraient pas intervenir avant environ trois ans. Une fois que ce processus est mis en place, je pense qu’il serait plus judicieux pour l’Egypte de ne plus exporter son gaz, mais d’utiliser ses ressources pour satisfaire ses propres besoins énergétiques. Il ne faut pas oublier qu’en Egypte, il y a un problème de surpopulation et une demande en énergie croissante que les ressources et infrastructures égyptiennes n’arrivent pas à satisfaire. Utiliser son gaz uniquement pour ses besoins domestiques est à mon avis ce qu’il y a de mieux à faire, si on veut éviter une nouvelle pénurie d’énergie dans le pays.

Cette découverte ne va-t-elle pas inciter les investisseurs à intervenir en Egypte ?

— Sans aucun doute. D’autant plus que l’Egypte a mis en place une réglementation financière qui désormais facilite les investissements. Le ministre du Pétrole égyptien a fait énormément d’effort dans ce domaine pour attirer les investisseurs. Ceci dit, l’Egypte devrait aussi rassurer ces derniers, en commençant par rembourser les entreprises (de pétrole et de gaz) basées en Egypte et envers lesquelles le gouvernement égyptien est endetté, surtout depuis la crise d’énergie.

— Cet eldorado d’énergie est-il en fin de compte temporaire ?

La bonne nouvelle est que ce gisement laisse à penser qu’il y a un potentiel à exploiter et que d’autres découvertes pourraient bien avoir lieu. Ce qu’il faut comprendre c’est que ce nouveau champ gazier a permis à l’Egypte de voir les choses d’une façon totalement différente et a complètement changé la donne aussi bien pour l’Egypte que pour ses voisins. L’Egypte a désormais sa place sur l’échiquier énergétique planétaire.




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