Semaine du 9 au 15 septembre 2015 - Numéro 1092
Le bonheur des uns ...
  La découverte du gisement de gaz égyptien est une mauvaise nouvelle pour Israël, en passe de perdre un important client.
Le bonheur des uns ..
Amira Samir09-09-2015

La découverte du plus grand gisement offshore de gaz dans les eaux de l’Egypte, qui pourrait devenir l’une des plus grandes réserves de gaz naturel au monde, ébranle les plans gaziers en Méditerranée. « Elle a bouleversé les plans de certains pays de la région, car elle peut changer radicalement les conditions du marché, notamment pour Israël », explique le spécialiste en économie, Abdel-Khaleq Farouq. Et d’ajouter : « Le premier perdant est sans doute, Israël. Parce que ce dernier est, aujourd’hui, en phase de perdre un de ses importants clients, l’Egypte, principal consommateur de gaz naturel dans la région ».

Les médias israéliens ont rapporté que la découverte pourrait surtout gêner les perspectives de développement du champ Léviathan, censé avoir pour client majeur l’Egypte. Ce gisement a été découvert en 2010, à 130 km au large de Haïfa. Il est exploité par Israël et Chypre, mais le Liban en revendique une partie. Jusqu’alors, le Léviathan a été présenté comme le plus grand champ gazier trouvé en Méditerranée. Les associés du Léviathan espéraient signer un accord de 15 ans pour exporter du gaz vers l’installation de British Gas située dans le nord de l’Egypte, qui, faute de gaz local, a été fermée pendant une longue période. Mais c’est surtout la production potentielle du gisement égyptien – environ 37 % supérieure à celle du Léviathan – qui risque de changer, voire de ruiner les plans de l’Etat hébreu. Elle illustre donc l’échec des prévisions d’Israël relatives à l’exportation de son gaz naturel vers l’Egypte, la Jordanie et les Territoires palestiniens.

Les partenaires d’un autre gisement israélien, Tamar, espéraient aussi exporter un quart de leur gaz, toujours vers Egypte, à travers l’Union espagnole Fenosa, dont la compagnie italienne ENI détient également 40 % du capital.

D’ici 4 ou 5 ans, il était d’ailleurs question pour les Egyptiens de conclure des accords avec les Israéliens et les Chypriotes pour leur acheter du gaz naturel. Tel-Aviv a signé au printemps dernier un accord avec Le Caire pour lui vendre le gaz extrait du gisement sous-marin de Tamar. « Il se trouve que l’Egypte n’a plus besoin de notre gaz, et le gouvernement doit maintenant élaborer un plan raisonnable et sain », déclare la politologue israélienne, Shelly Yacimovich, à la presse israélienne suite à la découverte égyptienne. Et d’ajouter : « Il est probable que les prix du gaz s’effondrent en raison de la concurrence régionale ».

En revanche, le ministre israélien de l’Energie, Youval Steinitz, a estimé que « la découverte du site égyptien est un rappel douloureux et montre qu’Israël ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Le monde est en train de changer sous nos yeux, y compris les implications pour les possibilités d’exportation », regrette-t-il. Ayant le potentiel pour transformer le bilan énergétique de la région à la faveur de l’Egypte, la découverte a jeté un froid sur la perspective pour les actions des producteurs israéliens. Les actions des compagnies énergétiques à la Bourse de Tel-Aviv ont subi une perte de 1,1 milliard de dollars à l’annonce de la découverte, tandis que des actions égyptiennes étaient parmi les grands gagnants à l’échelle mondiale.

Rassurer Israël

L’annonce de la découverte du gisement égyptien avait, en outre, provoqué l’inquiétude de Chypre quant à la perte d’un contrat avec Le Caire. En février dernier, Chypre avait signé un accord avec l’Egypte qui devait amener l’île à fournir du gaz à son voisin méditerranéen grâce à un gazoduc sous-marin. Cette découverte complique la donne pour Chypre, qui espérait compter l’Egypte parmi ses principaux clients. « La découverte ne remet pas en question l’achat de gaz naturel israélien et chypriote. Les négociations entre les compagnies privées en Egypte et celles en Israël et à Chypre sont en cours et se poursuivront », a indiqué le ministre égyptien de l’Energie, Chérif Ismaïl. Selon Abdel-Khaleq Farouq, les propos du ministre égyptien sont destinés à rassurer Israël.

Outre l’Egypte et l’Italie, quelques pays européens pourraient profiter en important du gaz naturel égyptien. Parce que l’Europe, encore très dépendante du gaz russe, désire diversifier ses approvisionnements. Ainsi, l’Egypte pourrait exporter à l’Europe un peu de son gaz sous forme liquéfiée. « Cette nouvelle est importante pour l’Europe qui cherche à réduire sa dépendance quant au gaz russe. La multiplication des sources en Méditerranée orientale, et par conséquent, du nombre de fournisseurs potentiels, ne peut que lui être favorable », explique, à France 24, Francis Perrin, président de Stratégies et Politiques Energétiques (SPE) et directeur de la rédaction du magazine Pétrole et gaz arabes. Le bilan énergétique en Méditerranée orientale change ainsi l’équilibre qui a prévalu le long des trois dernières années.




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