Semaine du 9 au 15 septembre 2015 - Numéro 1092
Les rêves cauchemardesques
Najet Belhatem09-09-2015
 
  Les législatives approchent et avec elles des craintes de voir les islamistes de nouveau à l’assaut du parlement. Au même moment, dans leurs rangs, on se pose la question : pourquoi le projet islamiste a-t-il échoué en Egypte ?

A l’approche des élections législatives, prévues le 17 octobre prochain, les craintes grossissent quant à la participation des partis salafistes, tels que Al-Nour, dans le prochain parlement. L’édito de Salah Eissa dans le quotidien Al-Masry Al-Youm parle d’une campagne contre les partis religieux. « La campagne a annoncé avoir réuni 400 signatures dans 8 gouvernorats, en plus de 15 000 signatures électroniques en soutien pour son appel à dissoudre ces partis qui exercent une activité prohibée par la Constitution et la loi, à savoir une activité politique sur un fondement religieux. La campagne a également annoncé que la commission des partis politiques a réagi à l’appel en envoyant un mémorandum au procureur général ».

Selon l’auteur, la campagne, qui avait l’ambition de récolter 30 millions de signatures, s’est rétractée en annonçant qu’elle se contenterait de 2 millions de signatures. « Cela prouve que les initiateurs de cette campagne ont réalisé la difficulté de la mission. Sans oublier le fait que les enquêteurs ne transfèrent pas une affaire en justice sur la base du nombre de signataires, mais à partir de preuves matérielles tangibles. Et jusqu’à présent, il ne semble pas que la campagne Non aux partis religieux ait assez de preuves pour convaincre le procureur général de prendre en considération les plaintes contre ces partis. Mais cela n’exclut pas le fait que beaucoup d’indices montrent que les partis religieux dont le nombre varie entre 9 et 12 partis sont en violation de la Constitution et de la loi, car ils reposent sur des fondements religieux et confessionnels. Tous ces partis politiques étaient jusqu’au 24 janvier 2011 des groupes religieux, qui se disaient consacrés à la prédication religieuse et refusaient de s’impliquer dans l’action politique. Or, ils ont décidé de créer des ailes politiques profitant de la modification de la loi après la révolution et faisant attention à rédiger des programmes politiques en accord avec la loi ». Donc, ces partis participeront aux élections législatives qui diront jusqu’à quel point la mouvance islamique en Egypte est encore capable de mobiliser les foules.

Revenir aux racines

Dans un article dans Al-Masriyoune, un journal d’obédience islamiste, le rédacteur en chef, Mahmoud Sultan, écrit un édito cette semaine sur la question de savoir pourquoi le projet islamiste a échoué en Egypte. Il commence par revenir aux racines de la terminologie du projet islamiste : « Il est difficile de définir la date de la naissance de la terminologie : Le projet islamiste. C’est un nouveau concept qui n’était pas connu par les anciens. Il est né avec le réveil chiite et la victoire de Khomeiny en 1979 ». Selon lui, les sociétés arabes sunnites ont été impressionnées par la politisation du chiisme et étaient en admiration face au modèle Khomeiny. « Et cela a encouragé la naissance de plusieurs mouvements, alors qu’il n’y avait qu’un seul groupe, celui des Frères musulmans. Et si ce groupe est né comme une réaction face à la chute du califat ottoman en 1923, les autres groupes ont voulu imiter le modèle révolutionnaire chiite et se sont aussi imprégnés de l’effervescence wahhabite et également de celle des mouvements de gauche ». Pour l’auteur, le concept du « projet islamiste », qui est né après la révolution iranienne, a porté en lui l’échec à cause justement de ce lien historique. « Cela a toujours donné de lui une impression que c’est un projet de violence ». L’auteur passe sur le fait que cette impression ne vient pas seulement de ce lien, si lien il y a, mais des actes violents de ses adhérents, et continue en écrivant que le problème de ce projet est qu’il a été mené par de jeunes amateurs. « En Iran, les pères fondateurs du projet chiite ont été les ayatollahs qui appartiennent à l’institution religieuse chiite officielle. Dans le monde sunnite, ces jeunes oeuvrent en dehors des institutions religieuses officielles comme Al-Azhar en Egypte, Al-Zeitouna en Tunisie et Al-Karaouine au Maroc. C’est ainsi que le projet a perdu les plus importants moyens de persuasion parce que ces institutions ont encore dans la conscience populaire leurs titres de noblesse ».

A l’heure actuelle, tous les soi-disant « projets » qui ont bercé le monde arabe, du projet islamiste au projet panarabe, sont en train de tomber en ruine pour laisser place à un trou noir. « La région semble comme un chaudron en ébullition, Dans certains pays, la longue stabilité de régimes de despotes a volé en éclat. Dans d’autres, elle a été plus ou moins récupérée. Mais cette stabilité bâtie sur le despotisme ne durera pas si des dispositions de réformes radicales ne sont pas entreprises », écrit le PDG de la Fondation Al-Ahram, Ahmad Al-Sayed Al-Naggar. La région, qui a longtemps été une poudrière, a explosé, et ce n’est pas le déversement des armes qui va éteindre le feu. Selon le rapport du SIPRI, le Moyen-Orient est devenu le plus gros marché des ventes d’armes. Il prévoit une hausse des importations qui atteindra les 110 milliards durant les 10 prochaines années.

L’Arabie saoudite, qui vient en première position des pays importateurs d’armes au monde, se penche actuellement sur une nouvelle transaction, selon le site Al-Mostaqbal Al-Arabi. « Les responsables américains et saoudiens sont en train de mettre les dernières retouches à la transaction d’un montant de 1,9 milliard de dollars pour l’achat de 10 hélicoptères MH 60R. La société Boeing, quant à elle, fabrique 84 avions de combat F15 au profit de l’Arabie saoudite pour un montant de 33,4 milliards de dollars ».




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