Semaine du 2 au 8 septembre 2015 - Numéro 1091
Une nuit sans rêve est une nuit ratée
 
Une nuit sans rêve est une nuit ratée
Dina Kabil02-09-2015

Mahfouz prétendait que la source de son inspira­tion était ses rêves. Ce qui lui a permis, lui, le maître du réalisme arabe, de vagabonder dans l’univers de l’inconscient, de planer dans le fantas­tique ou de s’accrocher à la voix de la sagesse. Cette écriture simple, condensée et qui ne dépasse pas « la paume de la main », selon l’expression de Mahfouz, surprend par sa modernité. Lors de la publication des rêves, les critiques n’ont pas su les classer sous un genre établi. Les quelques lignes que forme chaque rêve se situent entre la très courte nouvelle littéraire, le conte et la parabole. On dirait presque des maximes dans un univers fait d’illusions.

Certains ont pensé que les rêves étaient un pré­texte artistique pour attaquer le monde du surréel, mais Mahfouz avait précisé qu’il n’a inventé aucun de ses rêves. « Ce sont mes rêves, mais après les avoir élaborés une fois réveillé. Si je passe une nuit sans rêves, je la considère une nuit ratée ! ». Lorsqu’en 2001, à 90 ans, Mahfouz commence à rédiger ses rêves et à les publier dans l’hebdoma­daire dépendant d’Al-Ahram, Nesf Al-Dounia, il surprend son lectorat, surtout la jeune génération. Il fut longtemps l’archétype de l’écrivain très engagé dans l’exercice de l’écriture, et on comparait son respect journalier des heures sacro-saintes consa­crées à l’écriture à son ancien travail de fonction­naire méticuleux. Lui-même disait : « Parfois, je termine une nouvelle, et d’autres fois, je reste des heures le stylo à la main sans écrire un mot. La situation se répète souvent, mais je ne quitte jamais ma place. Parce que je suis un fonctionnaire dont le métier est l’écriture. Et comme tous les fonction­naires sur leurs lieux de travail, je ne peux pas quitter mon bureau s’il n'y a pas de travail à faire. La muse connaît maintenant mon emploi de temps et sait que je l’attends dans ces heures fixes. Serait-ce possible qu’elle arrive et ne me trouve pas ? ».

Si le titre de ces oeuvres reflète littéralement la longue période de convalescence que Mahfouz a traversée, il renvoie plus subtilement à cette évo­lution, voire à cette mutation qu’a subie l’écri­vain. Du réalisme qui l’a marqué depuis son roman Début et Fin, puis sa Trilogie, il est passé vers une écriture plus poétique, libérée de tous carcans et dont chaque mot est imbibé de sagesse tacite, comme dans Asdaa Al-Sira Al-Zatiya (les échos d’une autobiographie) au début des années 1990. Jusqu’à en arriver aux Rêves de convales­cence, où le rêve est à la limite de la vie, et le réveil est à la frontière de la mort .

En 2004, 55 rêves ont été publiés aux éditions Rocher, sous le titre Naguib Mahfouz, Rêves de convalescence



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