Semaine du 2 au 8 septembre 2015 - Numéro 1091
Abir Ali : Le théâtre indépendant a longtemps réclamé le soutien du ministère de la Culture
  Metteuse en scène et fondatrice de la troupe indépendante Al-Messaharati, Abir Ali vient de recevoir le prix Ezzeddine Gannoun, lancé par la fondation Al-Mawred Al-Saqafi (ressource culturelle), pour l’ensemble de son oeuvre. Elle prépare un nouveau projet d’après le roman d’Orwell, 1984. Entretien.
Abir Ali
May Sélim02-09-2015

Al-ahram hebdo : Pourquoi avez-vous posé votre candidature pour le prix Ezzeddine Gannoun, que la fondation Al-Mawred a dédié à la mémoire de l’éminent homme de théâtre tunisien, disparu récemment ?
Abir Ali : Je ne pensais pas, tout d’abord, me présenter pour recevoir ce prix, lasse de ce genre de procédures et de la présentation de projets. Mais j’ai fini par poser ma candidature à la dernière minute, sans grand espoir. Et j’ai eu simplement de la chance. Car cette récompense au montant de 10 000 dollars couvrira la moitié des frais de ma prochaine mise en scène.

J’ai toujours des projets artistiques en marche : des mises en scène, des ateliers de formation théâtrale ou d’écriture dramaturgique, etc. Je propose souvent des projets au ministère égyptien de la Culture, aux théâtres locaux, aux centres culturels, aux organismes européens, dans le but de recevoir un financement nécessaire à la production. J’ai de multiples projets théâtraux qui visent essentiellement à contribuer au développement de la société par le biais de l’art. Ces projets sont souvent approuvés par le ministère, mais ils restent majoritairement en plan.

— Pourquoi avez-vous choisi d’aborder le roman de George Orwell, 1984, dans votre prochaine mise en scène ?
— En fait, 1984 n’est pas mon propre choix au vrai sens du terme. J’étais en train de faire la dramaturgie de la trilogie de Radwa Achour sur Grenade, Solassiyat Ghernata. Je travaillais aussi sur un deuxième texte autour de Spartacus. J’avais déjà lu le roman, 1984, et je ne pensais guère l’adapter pour le théâtre. L’idée principale du roman est très différente des sujets que j’aborde normalement dans mes spectacles. Mais c’est mon amie écrivaine, Amal Al-Marghani, qui m’a incitée à le faire, et a même proposé de s’occuper du traitement dramaturgique. J’ai fini par accepter à condition de travailler beaucoup sur le plan visuel. Je vais donc recourir à la pantomime, aux écrans sur scène, etc. tout en maintenant un langage assez simple, en dialectal. Cela me permettra de mieux traduire l’idée de l’exclusion et de la surveillance en continu sur laquelle est basé tout le roman. Les répétitions vont commencer en octobre prochain, et le spectacle est prévu en janvier ou en février 2016. Actuellement, je cherche à entrer en coopération avec un théâtre comme Al-Hanaguer ou Al-Falaki, afin de mener à bien la production.

— Qu’en est-il des ateliers que vous avez tenus récemment en Haute-Egypte ?
— Il s’agit de deux projets tenus en coopération avec l’institut suisse Pro Helvétia. Celui-ci cherche à faire mieux connaître les textes littéraires suisses. Et moi, de mon côté, je cherche à initier des jeunes de la Haute-Egypte, afin de développer leurs talents et créer des troupes théâtrales indépendantes.

« Said-turge » est un programme lancé en 2013. Le titre est une combinaison de Saïd (Haute-Egypte) et « dramaturge ». Il s’agit d’un atelier de formation d’un an durant lequel on travaille en duo : un metteur en scène et un dramaturge sont censés accoucher d’une oeuvre, au bout de leur collaboration. Les participants doivent, en effet, adapter le texte d’un auteur suisse, et à moi de guider leur travail. Le fruit de l’atelier de 2014 a été 9 textes que Pro Helvétia compte monter sur les planches, afin de faire le tour de toute l’Egypte. Le deuxième projet s’intitule Maintenant et ici. Il s’agit de présenter des lectures dramatiques pour des textes suisses, selon l’optique de jeunes metteurs en scène égyptiens. Le Pro Helvétia invite également dans ce même cadre 14 jeunes de la Haute-Egypte à suivre le programme. Les textes qui en résultent seront envoyés au Pro Helvétia pour en sélectionner deux lauréats, leur offrant des prix de 20 000 et 15 000 L.E.

— En tant que militante oeuvrant à la promotion du théâtre indépendant, comment évaluez-vous la crise des troupes indépendantes avec le Fonds de soutien créé par le ministère de la Culture ?

— Le mouvement du théâtre indépendant a longtemps réclamé le soutien du ministère de la Culture, en vain. L’an dernier, l’ex-ministre Gaber Asfour a créé un Fonds de soutien aux troupes indépendantes pour leur accorder un appui financier et logistique. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de suite. La semaine dernière, le secrétaire général du Conseil suprême de la culture nous a promis de relancer cette initiative. Nous cherchons avant tout à avoir une unité de soutien à la production et des biens d’équipement mobiles, des entraîneurs professionnels européens pour former des techniciens égyptiens, un site Internet pour fournir une base de données sur le théâtre indépendant en Egypte et une chaîne sur Youtube pour diffuser nos spectacles. Les membres des troupes indépendantes aspirent par ailleurs à reprendre l’activité de leur saison théâtrale, suspendue l’an dernier, à défaut de financement. Nous réclamons une subvention de l’Etat, jugeant que le ministère de la Culture doit nous soutenir au même titre que ses propres théâtres. Car finalement, nous faisons du théâtre pour tous les Egyptiens .



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