Semaine du 2 au 8 septembre 2015 - Numéro 1091
Pour une force arabe commune
Hicham Mourad02-09-2015
 
 

L’ajournement sine die de la réunion des ministres arabes de la Défense et des Affaires étrangères, qui était prévue le 27 août au Caire, pour ratifier le protocole de création d’une force militaire arabe commune, montre les divergences profondes qui séparent les membres de la Ligue arabe sur cette force, destinée à intervenir dans les zones de conflit arabes pour faire notamment face à la montée en puissance des groupes extrémistes et terroristes.

Le principe de création de cette force a été approuvé, sur proposition du président Abdel-Fattah Al-Sissi, au dernier sommet arabe tenu en mars dernier à Charm Al-Cheikh. Les chefs d’état-major des Etats membres de la Ligue se sont réunis depuis à deux reprises pour dessiner les contours de cette force, qui devrait se composer, sur une base volontaire de 40 000 soldats de forces terrestres, 3 000 de forces navales et de 1 000 aviateurs. Ils ont finalisé le protocole de fonctionnement de la force en mai dernier. La force devait ainsi se composer principalement de soldats d’Egypte, d’Arabie saoudite et du Maroc, avec des contributions de moindre importance de Jordanie, du Soudan, du Qatar et des Emirats arabes unis. Le commandement général de la force commune aurait son siège au Caire, alors que sa direction serait assurée par un militaire saoudien. La gestion et le fonctionnement de la force seront financés par les riches monarchies du Golfe, alors que les pays contributeurs se chargeront des frais de leurs contingents. Mais si la majorité des Etats arabes étaient d’accord sur le principe de la création de cette force d’intervention militaire, ils sont en désaccord sur les modes de son fonctionnement. La veille de la réunion du 27 août, seuls sept pays arabes avaient notifié par écrit la Ligue arabe de leur approbation de la force commune et de leur intention d’y contribuer : Egypte, Arabie saoudite, Emirats, Maroc, Koweït, Jordanie et Yémen. L’organisation panarabe compte 22 Etats, mais la participation de la Syrie est suspendue depuis novembre 2012, en raison de la répression de l’opposition par le régime de Bachar Al-Assad. En revanche, trois pays arabes avaient exprimé leurs réserves ou leur rejet de l’idée de créer une force commune : Iraq, Algérie et Oman.

En outre, le Qatar refuse que Le Caire, siège de la Ligue arabe, accueille le commandement de la force. L’Egypte et le Qatar s’opposent dans leur politique régionale. Alors que Doha soutient les forces islamistes dans le monde arabe, notamment les Frères musulmans, Le Caire est farouchement hostile aux islamistes, surtout la confrérie. Cette opposition s’illustre particulièrement dans le conflit libyen, où l’Egypte soutient le gouvernement reconnu internationalement, hostile au camp islamiste adverse, alors que le Qatar aide ce dernier.

Selon une source à la Ligue arabe, les deux principaux promoteurs du projet, l’Egypte et l’Arabie saoudite, seraient aussi en désaccord sur les missions de la force, notamment en ce qui concerne son intervention potentielle dans les crises arabes internes. Une possible ambiguïté sur le rôle de la force poserait un vrai problème sur la position à prendre en faveur de telle ou telle partie en conflit. La crise en Libye en est un parfait exemple. Le gouvernement reconnu internationalement avait demandé une aide militaire extérieure pour faire face au camp adverse. Or, toute décision en ce sens compliquerait les négociations de paix menées depuis plusieurs mois par les Nations-Unies.

Le but de ces pourparlers est de former un gouvernement d’union nationale, composé des deux parties en conflit, et d’organiser un partage du pouvoir entre elles. L’idée de la médiation internationale est qu’une solution militaire en Libye n’est pas réaliste et qu’une lutte efficace contre la montée en puissance de l’organisation terroriste de l’Etat Islamique (EI) passe nécessairement par un règlement politique qui unifierait les rangs des forces politiques libyennes contre l’extrémisme religieux, étant donné que l’EI profite du chaos créé par le conflit, pour renforcer ses positions en Libye l



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