Semaine du 2 au 8 septembre 2015 - Numéro 1091
Accord de paix fragile au Soudan du Sud
  Quelques jours à peine après la signa­ture d’un accord de paix entre les belli­gérants au Soudan du Sud, de nouveaux combats ont éclaté entre l’armée et les rebelles.
Accord de paix fragile au Soudan du Sud
Le président Salva Kiir et le chef des rebelles Rick Machar ont signé l'accord sous forte pression de la communauté internationale. (Photo:AP)
Sabah Sabet avec agences02-09-2015

Après 20 mois d’une terrible guerre civile, causant la mort et la fuite des dizaines de milliers, une lueur d’espoir est née avec la signature d’un accord de paix, le 17 août à Addis-Abeba, par Riek Machar, puis mercredi dernier à Juba par le président Salva Kiir.

Un espoir vite confronté à la triste réalité sur le terrain : quelques heures à peine après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, aux termes du récent accord de paix, l’armée et les rebelles, qui s’affron­tent depuis décembre 2013, ont repris leurs combats, s’accusant mutuellement d’être à l’origine de nouveaux combats. Dimanche der­nier, la rébellion sud-soudanaise a accusé l’armée de violer le cessez-le-feu, en bombardant ses positions le long du fleuve du Nil Blanc. « La cessation des hostilités a commen­cé samedi minuit, mais le gouver­nement l’a violée », a affirmé, dimanche à Addis-Abeba, Dickson Gatluak, un porte-parole de la rébellion, « ils n’ont pas l’intention de le respecter ». « Un convoi mili­taire — deux barges, sept canon­nières — se déplace entre Bor et Panijar », dans les Etats oriental du Jonglei et septentrional d’Unité. « Dès qu’ils voient nos positions sur la rive, ils bombardent », a-t-il expliqué à l’AFP.

Le porte-parole de l’armée sud-soudanaise, le colonel Philip Aguer a, lui ausssi, lancé ses accusations. « Les rebelles de (l’ancien vice-président), Riek Machar, ont atta­qué hier la localité de Malakal », capitale de l’Etat pétrolier et straté­gique du Haut-Nil et « le bombar­dement de Malakal a repris ce matin », a-t-il affirmé samedi der­nier. Et d’ajouter : « Bien qu’enga­gée dans la dynamique de paix (...), l’armée a le droit à la légitime défense ». Hailemichael Gebreselassie, porte-parole de l’Igad (organisation regroupant Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie, le Soudan et le Soudan du Sud et ayant assuré la médiation des pourparlers sud-soudanais), a indiqué n’avoir « rien entendu concernant quelconques incidents » sur le terrain. « Nous soupçonnons (les forces gouverne­mentales) d’avoir pour projet une offensive à grande échelle contre nos bases autour de Malakal », ont déjà répondu les rebelles dans un communiqué publié samedi der­nier, faisant en outre état d’une « offensive militaire » contre leurs positions de l’Etat septentrional d’Unité, autre zone-clé du conflit.

Pressions
Directement menacés de sanc­tions, Kiir et Machar ont signé l’accord sous forte pression de la communauté internationale. En signant l’accord, Kiir a ouverte­ment fait part de ses réticences envers cette « paix imposée » et posé 16 « réserves » à diverses dis­positions du texte, dont plusieurs concernant le crucial mécanisme de partage du pouvoir avec la rébel­lion, semant le doute sur un rapide retour de la paix au Soudan du Sud. Depuis la signature de l’accord, les deux camps ont continué à s’accu­ser quasi quotidiennement de pour­suivre leurs offensives. Selon des observateurs, l’instauration de la paix et du cessez-le-feu ne sera faci­lement appliquée. « Au cours des quelque 19 mois, Kiir et Machar ont signé une longue série de cessez-le-feu, qui n’a jamais été respectée », a affirmé Ayman Chabana, spécialiste dans les affaires africaines et profes­seur à l’Institut des études africaines à l’Université du Caire. En outre, plusieurs puissants chefs militaires de la rébellion ont récemment fait sécession, disant rejeter tout accord signé par Kiir et Machar. Juba a souligné que ces dissidences fai­saient échapper une partie des troupes rebelles au contrôle de M. Machar et rendaient un cessez-le-feu impossible et l’accord inappli­cable.

Les observateurs s’interrogent par ailleurs sur le niveau réel de contrôle qu’exerce chacun des deux chefs sur leurs troupes respectives, de nombreuses milices tribales, plus ou moins autonomes, étant venues prê­ter main forte à l’un ou l’autre camp. La communauté internatio­nale entend maintenir la pression sur MM. Kiir et Machar.

Le Conseil de sécurité, qui avait appelé vendredi à un cessez-le-feu immédiat et permanent au Soudan du Sud, a brandi la menace de sanc­tions. Les Etats-Unis ont déposé au Conseil de sécurité de l’Onu un projet de résolution prévoyant un embargo sur les armes et des sanc­tions « ciblées » (gels d’avoir et interdiction de voyager) en cas de non-respect de l’accord. La plus jeune nation du monde a proclamé son indépendance en juillet 2011 après des décennies de conflit contre Khartoum. Elle a replongé dans la guerre en décembre 2013, quand des combats ont éclaté au sein de l’armée sud-soudanaise, minée par les dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité entre Kiir et Machar à la tête du régime. Le conflit, marqué par des massacres et des atrocités, a fait des dizaines de milliers de morts et chassé quelque 2,2 millions de Sud-Soudanais de leurs foyers .




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