Semaine du 2 au 8 septembre 2015 - Numéro 1091
Pression accrue sur le gouvernement libanais
  Les revendications des protestataires libanais se font de plus en plus politiques. Ils réclament désormais une véritable lutte contre la corruption de la classe sociale et une réforme globale.
Pression accrue sur le gouvernement libanais
Le Liban est sur des charbons ardents. (Photo:AP)
Maha Salem avec agences02-09-2015

La pression s’est accrue dimanche sur le gouvernement libanais au lendemain de la plus grande manifestation jamais organisée par la société civile. Les protestataires ont haussé leur ton en revendiquant la chute du gouvernement d’union nationale du premier ministre libanais, Tammam Sallam, qu’ils jugent incompétent et corrompu.

« Le citoyen d’abord », « Que tombe le pouvoir des corrompus », « On en a marre » : les slogans affichés résumaient l’exaspération des Libanais, qui estiment qu’aucune véritable réforme n’a été entreprise depuis la fin de la guerre civile en 1990. « Votre heure a sonné », ont prévenu les organisateurs de la campagne citoyenne « Vous puez » à l’adresse des dirigeants politiques, promettant une « escalade » si leurs revendications n’étaient pas entendues d’ici à ce mercredi, au terme d’un ultimatum lancé samedi dernier.

Le gouvernement n’avait pas réagi à cet appel. Mais le président du parlement, Nabih Berri, a affirmé, lors d’un rassemblement de son mouvement chiite Amal, que ces demandes ne pourraient être satisfaites que si l’actuel cabinet restait en place. Toutefois, selon les analystes, la chute du gouvernement est peu probable, seul un remaniement ministériel est possible. « Le gouvernement et le parlement peuvent sacrifier deux ministres : l’Environnement et l’Intérieur », prédit Dr Rabha Allam, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

Les manifestants réclament justement la démission du ministre de l’Environnement, et la résolution de la crise des ordures, mais aussi l’organisation d’élections législatives anticipées. Ils exigent également une amélioration de la qualité des services publics dans un pays où les coupures d’eau et d’électricité sont fréquentes.

« Il était prévisible que la colère née de l’affaire des ordures prenne de l’ampleur, notamment à cause de la répression très violente des premières manifestations par la police libanaise. Autre raison, les autorités libanaises ont négligé les manifestants et leurs revendications », explique Dr Rabha Allam. Or, la question est compliquée au Liban. « Le gouvernement est la seule institution officielle qui fonctionne jusqu’à présent. S’il démissionne, ce sera le chaos. Le Liban est sans président depuis un an et demi. Les élections législatives ont été reportées plusieurs fois. Sans président, le parlement ne peut pas promulguer des lois. Ainsi, son travail est incomplet. En plus, le parlement actuel fonctionne depuis 2009 et durera jusqu’à 2016. Autrement dit, ce parlement est sur le point d’entamer son troisième mandat », explique Dr Rabha Allam.

La paralysie politique et l’impuissance du gouvernement, conséquences des rivalités politiques et communautaires exacerbées par les crises au Proche-Orient et notamment par la guerre civile en Syrie, suscitent au sein de l’opinion publique une colère croissante. « En effet, la crise du ramassage des ordures ménagères reflète le paysage politique au Liban. Les deux principaux camps sont en conflit tout le temps. Il y a toujours un camp qui refuse les demandes de l’autre, et les intérêts du pays sont paralysés. C’est ce qui s’est passé au sujet des ordures. Un problème entre les différentes sociétés chargées du ramassage bloque la situation complètement », explique Dr Rabha Allam.

Au-delà, les Libanais estiment qu’aucune véritable réforme n’a été entreprise depuis la fin de la guerre civile en 1990. Les affaires de corruption et le manque de services de base, comme l’électricité et l’eau, cristallisent particulièrement la colère de la population. « C’est la première fois depuis longtemps qu’un grand nombre de manifestants se mobilisent pour des revendications sociales sans référence confessionnelle ou communautaire », explique Dr Rabha Allam. C’est là le seul point positif de la crise actuelle.




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