Semaine du 2 au 8 septembre 2015 - Numéro 1091
Affaire pas nette au ministère de l’Education
Najet Belhatem02-09-2015
 
  C’est « l’élève du zéro ». Une jeune fille qui se voyait entrer en fac de médecine combat depuis deux mois pour prouver que les épreuves où, selon le ministère de l’Education, elle a obtenu un zéro, ne sont pas les siennes. Son combat est devenu une affaire d’opinion publique.

Elle s’appelle Mariam Malak, elle a 18 ans et vit en Haute-Egypte. Elle bataille depuis juillet dernier contre le ministère de l’Education. Cette jeune fille, selon les résultats du ministère, a obtenu un zéro dans toutes les matières à l’examen du baccalauréat. Elève studieuse ayant obtenu de très bonnes moyennes en seconde et première, elle décide de déposer plainte auprès du procureur général où elle clame que les épreuves ne sont pas d’elle et qu’elles ont été interchangées avec d’autres, après avoir vu à la com­mission de contrôle et de sur­veillance du baccalauréat d’Assiout que l’écriture n’était pas la sienne.

Depuis deux mois, l’affaire, qui a pris le nom de l’élève du zéro, fait des vagues dans la presse. Elle a également suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux contre la corruption qui, selon beaucoup, gangrène le ministère de l’Educa­tion et les appareils de l’Etat. Une page Facebook a été créée sous le nom « les larmes de Mariam » pour soutenir sa cause.

Et tout le monde se pose la même question : comment une élève qui a ces résultats tout au long de l’année peut-elle obtenir un zéro dans toutes les matières ? La couleuvre est trop grosse pour être avalée. Cette semaine, les graphologues de l’Or­ganisme de la médecine légale à Assiout ont donné leur rapport au procureur après avoir convoqué la jeune fille plusieurs fois afin de déterminer si les épreuves lui appar­tiennent. Et le rapport est tombé comme un couperet : « oui les épreuves du zéro sont bien à elle ».

La jeune fille, en pleine détresse, a menacé de recourir à des instances internationales. Et en même temps, elle a adressé un appel au président de la République pour lui rendre justice. « Pourtant, le rapport préli­minaire du graphologue avait dit que les épreuves du zéro n’étaient à 90 % pas celles de Mariam », écrit une éditorialiste dans le quotidien Al-Ahram. « Comment sommes-nous arrivés à ce degré de falsifica­tions des vérités ? Et quel est ce ministère qui, même avant toute enquête, avait décrété que les épreuves étaient bien celles de Mariam ? ».

Il est vrai que cette affaire sou­lève toutes les suspicions. La presse et les médias avaient en effet, il y a deux semaines, publié des informa­tions selon lesquelles l’enquête avait prouvé que les épreuves n’étaient pas les siennes. « Le ministre de l’Education avait déclaré que son ministère allait présenter des excuses à Mariam », comme le raconte le site d’informa­tion Al-Baouaba News et d’autres. Le site Al-Tahrir a, quant à lui, publié, documents à l’appui, des plaintes présentées par « des membres de l’Organisme de sur­veillance et de contrôle du bacca­lauréat à Assiout, où ils accusent les membres de la commission des recours d’être une mafia des recours et de falsifier les feuilles d’épreuves et d’augmenter les notes de certains élèves. La plainte a été présentée au ministre de l’Education, au gouverneur d’As­siout et au président du Parquet administratif », peut-on lire dans Al-Tahrir. « La question reste posée : jusqu’à quand élèves et parents devront-ils payer les fac­tures de la corruption, de l’anarchie et de la mafia des cours particu­liers qui transforment l’éducation en Egypte en cauchemar ? ».

L’affaire de Mariam est ainsi devenue une affaire d’opinion publique. Elle aurait pu se taire et accepter le fait accompli, mais elle a décidé de se battre. « Elle aurait pu obtenir une mauvaise note, et tout le monde aurait dit : c’est une mau­vaise élève pas contente de son résultat, mais le ciel a voulu, avec ce noble zéro, dévoiler une structure en échec dont on ne peut plus croire la probité. La défaillance est la même depuis des décennies parce que nous n’avons encore fait de révolution ni administrative, ni morale », écrit la romancière Fatma Naout dans Al-Masry Al-Youm.

Le site Al-Mogaz rapporte, quant à lui, les propos du fondateur du mou­vement « les enfants de Moubarak » publiés sur sa page Facebook : « Mariam Malak a fait exprès d’ob­tenir ces zéros pour montrer que l’Etat est défaillant ». La théorie du complot prend toute sa forme lorsqu’il ajoute : « Regardez le choix du personnage, d’abord une fille parce que les gens sympathisent avec les filles, ensuite une chré­tienne pour jouer sur la fibre de l’oppression, et enfin originaire de la Haute-Egypte pour titiller la question du confessionnalisme là-bas ». Cherchez la défaillance !




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