Semaine du 20 au 26 mai 2015 - Numéro 1076
Eric Baudelaire : L’Abkhazie sert de miroir pour parler d’autres choses
  Le film d'Eric Baudelaire a soulevé maints débats autour des limites de l’indépendance ou de l’appartenance à l’Etat. Entretien.
Eric Baudelaire
Eric Baudelaire (gauche) avec cheikh Al-Kassemi et cheikha Hoor, directrice de SAF, lors de la réception du prix de la Biennale de Sharjah
Dina Kabil20-05-2015

Al-Ahram Hebdo : Votre film, en soulevant le problème du nationalisme et du droit de retour des réfugiés, met en parallèle la situation en Abkhazie et en Palestine. Avez-vous pensé à ce parallèle pendant le tournage ?
Eric Baudelaire : Ce qui m’intéressait c’était la situation en Abkhazie. Quand on a décidé d’inviter Max Gvinjia pour participer aux débats, on était conscient que le parallèle avec la Palestine allait être abordé. Mais il y a d’autres parallèles qui auraient pu être évoqués, on aurait pu parler de l’union de plusieurs régimes monarchiques à l’intérieur des Emirats, ou de plusieurs pays autonomes sous le même souverain. On aurait dû parler aussi des problèmes de citoyenneté. Il y a des parallèles très importants avec la Palestine. Moi, ce qui m’intéresse dans ce film ce n’est pas l’Abkhazie en soi, mais que l’Abkhazie serve de miroir pour parler d’autres choses.

— Est-ce que cela reflète un sens de la provocation qui consiste à toucher aux tabous et au non-dit ?
— Ce n’est pas une provocation de dire les choses et les faits. La question de la citoyenneté aux Emirats est une vérité qu’on a abordée dans nos discussions à la rencontre également. On n’est pas un bon ami si on ne dit pas les choses aux gens. L’art ne peut pas être séparé de la politique, sinon ce n’est pas de l’art. Je pense que cette Biennale a une longue histoire de discussions franches, parfois cela crée des situations compliquées, mais le plus souvent c’était de vraies bonnes discussions. La Biennale n’aurait pas la réputation qu’elle a si elle n’avait pas cet espace de discussion libre.

— Mais pourquoi vous êtes-vous concentré uniquement sur la voix de Max, l’Abkhaze, sans donner le point de vue des Géorgiens ?
La question est la suivante pour moi : un film donne un point de vue, celui de Max, mais ensuite le film montre des maisons abandonnées, il pose la question : n’ont-ils pas de voix ? On souligne la nécessité de travailler, de s’informer et de vérifier si c’est juste ou pas, c’est le rôle d’un film. Il ne s’agit pas de donner toutes les informations à tout le monde. A un moment donné du film, je pose la question à Max, à travers l’une des lettres qui lui sont adressées, je lui demande si on a oublié les droits des Géorgiens. Après, il y a des renseignements qu’il faut aller chercher. Parler d’un endroit dont on ne parle jamais ne veut pas dire que je suis du côté du nationalisme abkhaze. Mais imaginez qu’on ne parle jamais de la Palestine, on parle d’Israël et de tous les pays, sauf la Palestine. Qu’on soit pour ou contre la reconnaissance de la Palestine, le fait d’en parler est une chose souhaitable. Moi, la seule chose que je dis d’une manière très claire dans ce film est qu’on ne peut pas continuer à faire semblant que l’Abkhazie n’existe pas, ou que les réfugiés n’existent pas. Je dis qu’il y a un espace dont on ne parle pas, je vous offre une perspective et une discussion .



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