Semaine du 13 au 19 mai 2015 - Numéro 1075
Le revers de la matière
  C’est au Bulldozer que Hani Rached a décidé de détruire tout ce qu'il déteste en Egypte. L’artiste dénonce dans ses toiles la médiocrité ambiante et l’absence de progrès.
Le revers de la matière
Névine Lameï13-05-2015

Le choix de Bulldozer comme titre de l’exposition de Hani Rached à la galerie Machrabiya résume bien son idée. Ce tracteur, disposant d’une lame à double tranchants, sert tantôt à détruire, tantôt à reconstruire. Il peut inspirer espoir et désir de réforme.

Les oeuvres en mixed-média (acryliques, collages et photos) confient une fois de plus l’état où se trouve l’artiste autodidacte de 39 ans. Il est toujours confus, instable, inquiet, avide de nouer un contact avec les autres, de tisser des liens humains lors de ses multiples déplacements, afin de mieux comprendre le monde qui l’entoure.

Rached poursuit différemment sa série d’installations en plastique, intitulée Jouets, exposée l’an dernier, toujours à la galerie Machrabiya. Il y a toujours la même quête sarcastique. Mais l’artiste travaille cette fois-ci sur la double facette du plastique. De quoi attribuer à ses peintures et collages une fluidité sans pareil.

Le revers de la matière

Dans Jouets, l’artiste avait recours à la dilatation du plastique pour produire un effet de flou et de distorsion ; c’était sa manière de voir la société. Dans Bulldozer, il préserve la nature initiale du plastique et travaille sur le revers ; il dépeint la réalité telle qu’elle existe.

Celle-ci est donc « transparente », sans farce ni jeu, incarnée par des motifs simples, inspirés de la rue égyptienne et de Facebook. D’où un monde enfantin, spontané, hautement coloré, non sans rappeler les bandes dessinées, sans omettre bien sûr de déformer ou d’exacerber les traits des visages dépeints. Là aussi, on retrouve l’effet de distorsion, sans dilater le plastique. « C’est partout la falsification et le badinage qui dominent. Ma colère est à son comble », dit-il. Les protagonistes sont « déchirés » ; ils n’ont plus la tête sur les épaules, victimes d’une société qui étouffe leurs désirs. Les tâches rouge sang donnent à l’ensemble un effet terrifiant et répulsif.

Hani Rached se prête à une réinvention ludique de la réalité. Après avoir dépeint ses motifs sur l’envers du plastique, il colle de l’autre côté des photos de bulldozers, d’insectes et de chiens, collectées ici et là sur Internet. Le tout est agencé d’une manière spontanée mais très ordonnée, comme dans un jeu de puzzle qui rappelle le pop art et les graffitis audacieux.

Avec ses toiles en plastique, Rached confirme son rejet de l’hypocrisie et de la médiocrité d’une société qui n’arrive pas encore à démolir l’ancien pour construire le nouveau. « Je passerai le reste de ma vie en Egypte. Je combattrai, avec mon art et mon esprit de sarcasme, pour qu’un jour on atteigne une accalmie. Je vis au jour le jour, mais je parviens quand même à exprimer les fluctuations du pays ». Mais aussi et surtout son propre malaise .

Jusqu’au 21 mai, de 11h à 20h, à la galerie Machrabiya. 8, rue Champollion, centre-ville. Tél. : 25789949



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