Semaine du 8 au 14 avril 2015 - Numéro 1070
Al-Azhar sort de ses gongs
  Islam Béheiri, présentateur d’une émission de télé qui tire à boulets rouges sur les cheikhs et les oulémas, est au centre d’une bataille qui fait couler beaucoup d’encre.
Azhar
La mosquée d'Al-Azhar (Photo: Reuters)
Najet Belhatem08-04-2015

« Mohamad Ragab, le fondateur du mouvement salafiste Dafea (défend) qui s’attelle à défendre les oulémas, a annoncé que son mouvement s’est allié avec le cheikh Mohamad Hassan, le célèbre prêcheur, contre le chercheur Islam Béheiri », peut-on lire sur les colonnes du quotidien Al-Youm Al-Sabie.

Depuis plus d’une semaine, une véritable bataille verbale s’est installée entre Islam Béheiri et les oulémas d’Al-Azhar notamment. Au point où l’affaire commence à avoir des échos dans la presse arabe. « Il semble qu’Al-Azhar ne supporte plus le programme télévisé de Islam Béheiri sur la chaîne Al-Qahira Wal-Nass. Mais même ceux qui ne sont pas tout à fait d’accord avec les thèses de Béheiri n’approuvent pas la dernière démarche d’Al-Azhar, de peur que cela ne soit un précèdent pour interdire d’autres programmes de télévision », écrit le journal libanais Al-Akhbar.

En effet, l’institution d’Al-Azhar a envoyé un courrier à l’Organisme de l’investissement qui régule les chaînes satellites lui demandant d’interdire le programme. Le communiqué d’Al-Azhar avance que « le programme est un danger dans le sens où il jette le doute dans l’esprit des gens sur des questions tranchées. (…) Al-Azhar est la seule source en matière de questions relatives à l’islam ».

Du prophète Mohamad à Bokhari
Qui est donc cet Islam Béheiri qui soulève un tollé chez les oulémas ? C’est un diplômé de droit qui a travaillé au Koweït au ministère des Affaires religieuses avant de rentrer en Egypte et de commencer à écrire des articles dans la presse privée. « Mais cela ne durait jamais trop longtemps puisqu’on me remerciait au bout du troisième article. A cette époque, ni l’Etat ni les gens n’étaient prêts à ce genre de pensée novatrice », dit l’intéressé à Al-Masri Al-Youm.

En quoi consiste cette pensée novatrice ? Béheiri a commencé à faire parler de lui lorsqu’il a publié, il y a quelques années, une étude sur Aïcha, la femme du prophète Mohamad, où il avance qu’elle a épousé le prophète Mohamad à l’âge de 18 ans, et non à 9 ans comme le rapportent les livres du patrimoine. Etude qui a provoqué la colère des oulémas.

« Les prêtres de la religion (les oulémas, ndlr) ont emprisonné les musulmans dans un trou depuis des centaines d’années », déclare encore Béheiri à Al-Masri Al-Youm. Il affirme qu’il critiquera Al-Bokhari et Moslem avec des preuves académiques.

Justement, c’est à ces piliers de la tradition musulmane qu'il s’est attaqué dans son émission télévisée qu’Al-Azhar veut interdire et que la chaîne Al-Qahira Wal-Nass insiste à diffuser. Moslem et Bokhari sont deux oulémas qui ont réuni les dires du prophète Mohamad presque 200 ans après sa mort et sont devenus la référence en matière de tradition théologique.

Fatwa meurtrière
Béheiri affirme qu’« Al-Bokhari est plein de pensées avariées. Nous sommes beaucoup plus informés que lui et que la génération des compagnons du prophète Mohamad. Le livre de Bokhari est plein de légendes », rapporte encore Al-Masri Al-Youm. Béheiri a même abordé certaines sourates du Coran, jugeant qu’elles sont désormais dépassées comme celles relatives au djihad. Ce pavé jeté dans la marre par Béheiri a suscité un large débat, au point où un cheikh a émis une fatwa qui autorise à faire couler son sang. « Cette fatwa va à l’encontre de la liberté de penser dont la garantie incombe à l’Etat », a tout de suite réagi Hafez Abou-Seada, président de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme et dont les propos ont été repris par la presse et les sites d’information, notamment le site Moheet.

« Le hashtag IslamBeheiri était en tête sur les réseaux sociaux ce dimanche après son attaque contre le Coran et quatre imams », écrit le quotidien du parti néo-libéral Al-Wafd. Mais la décision d’interdire le programme de Béheiri ne fait pas l’unanimité parmi les oulémas. Ainsi, Salem Abdel-Galil, responsable au ministère des Biens religieux, a déclaré : « Je suis contre l’interdiction, car il y en aura d’autres », rapporte le site Al-Mougaz.




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