Semaine du 4 au 10 février 2015 - Numéro 1061
Risques de somalisation au Yémen
  Sans président, gouvernement ou même Parlement, le Yémen est de plus en plus plongé dans le chaos. Face aux profondes divisions, les espoirs d'une amélioration sont minces.
Yemen
Les miliciens chiites sont entrés le 21 septembre à Sanaa et ont élargi leur influence au centre et à l'oeust du pays. (Photo : Reuters)
Maha Salem avec agences04-02-2015

En plein chaos, la puissante milice chiite au Yémen a fixé dimanche dernier un ultimatum de trois jours aux autres forces politiques pour trouver une sortie de crise après la démission de l’exécutif, faute de quoi elle déci­dera de l’avenir de l’Etat avec ses alliés. Cet ultimatum a été annoncé au terme d’une réunion de trois jours dans la capitale Sanaa, à laquelle a participé le parti de l’ex-président Ali Abdallah Saleh, mais qui a été boy­cotté par les autres grandes forma­tions politiques du Yémen. « Les Houthis sont incapables de diriger le Yémen tous seuls, même s’ils contrô­lent toutes les institutions du pays. Ils n’ont ni l’expérience ni la puissance pour diriger un pays. Déjà, les chiites ne forment pas la majorité, ils contrô­lent une petite partie du pays, le nombre de leurs combattants ne dépasse pas les 10000. Trop peu pour contrôler un pays comme le Yémen et sa société tribale à majorité sunnite », explique Dr Moetaz Salama, analyste au Centre des études stratégiques et politiques (CEPS)d’Al-Ahram au Caire.

Et d’ajouter: « Le problème c’est qu’aujourd’hui, ils dominent sur le terrain sans avoir le soutien de la majorité des Yéménites. Déjà, le sud a rejeté leur pouvoir en annonçant qu’il ne va pas suivre les ordres de la capitale ». En fait, leur avancée s’ex­plique par des alliances faites avec certaines régions, villes et tribus. « Des alliances qui ont été rendues possibles à cause du mécontentement général vis-à-vis de la mauvaise ges­tion de Abd-Rabbo Mansour Hadi du pays. En même temps, le parti de l’ex-président Ali Abdallah Saleh a profité de la situation en coopérant avec les chiites », explique l’ana­lyste.

Refus de tenir leur promesse

Mais tout reste confus. La milice chiite et ses alliés n’ont pas précisé les mesures qu’ils comptent prendre à la suite de la démission de l’ensemble de l’exécutif le 22 janvier dernier, et en l’absence des principaux protago­nistes de la crise yéménite, dont l’in­fluent parti islamiste sunnite Al-Islah, le Parti nassériste et le Parti Socialiste Yéménite (PSY, sudiste), opposés à l’offensive des Houthis depuis l’an dernier. Ces derniers ont quitté les négociations après le refus des Houthis de tenir leur promesse de rejeter la démission du président Abd-Rabbo Mansour Hadi. Ils ont également fustigé la répression des manifestations. « Le pari est mainte­nant sur les manifestations et les pressions que peuvent exercer les protestants. C’est peut-être la seule force qui peut éloigner les Houthis du pouvoir. Toutes les régions et gouver­norats vont lutter contre les chiites. Ces derniers seront abattus indivi­duellement », explique Dr Moetaz. Avis partagé par plusieurs analystes.

Le Dr Imane Ragab, spécialiste du dossier yéménite, ajoute qu’une intervention politique des pays du Golfe sera la seule solution conve­nable pour sauver le pays des Houthis. Mais elle est loin d’être réalisée, car ces pays ne peuvent pas intervenir actuellement, non pas à cause de leurs divergences avec les dirigeants du pays mais parce que les Yéménites eux-mêmes ne sont pas d’accord sur une vraie solution à leur crise. « Les partis en conflits ont refusé l’accord sur une division du pays et sa trans­formation en Etat fédéral. Ils s’oppo­sent au partage des richesses », explique Dr Moetaz.

Les miliciens chiites, dont le fief se trouve dans le nord du pays, sont entrés le 21 septembre à Sanaa et ont depuis élargi leur influence au centre et à l’ouest du pays, à majorité sun­nite. Le 20 janvier dernier, ils se sont emparés du palais présidentiel et des principaux bâtiments gouvernemen­taux, poussant à la démission le prési­dent Abd-Rabbo Mansour Hadi et son premier ministre. Le chef de la milice, Abdel-Malek Al-Houthi, avait convo­qué une rencontre historique à Sanaa entre toutes les forces politiques, sociales et tribales pour examiner la situation politique et sécuritaire. Cependant, seul le Congrès Populaire Général (CPG), le parti de M. Saleh, poussé au départ en 2012 par une révolte populaire et qui est aujourd’hui accusé de soutenir les Houthis, s’est joint au rassemblement.

Les opposants à la milice chiite ont manifesté dans plusieurs villes du pays. Ils ont réclamé la libération de nombreux militants et journalistes arrêtés par les Houthis depuis leur prise de Sanaa. Foyer de la contesta­tion contre les Houthis, l’Université de Sanaa a été récemment le théâtre de manifestations dispersées par les miliciens qui ont tiré en l’air ou arrêté des militants. Faute de gouver­nement central en place à Sanaa, les autorités de certaines régions du pays ont annoncé qu’elles ne recevraient plus leurs ordres de la capitale. Il faudra à la crise plusieurs années pour être résolue, faute de quoi, le pays risque un scénario identique à celui de la Somalie.




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