Semaine du 24 au 30 décembre 2014 - Numéro 1055
Dangers autour du Sahel
  Malgré les efforts nationaux et interna­tionaux pour lutter contre le terrorisme, les mouve­ments djihadistes ne cessent de progres­ser dans la région du Sahel.
TalibansDangers autour du Sahel
(Photo:AP)
Sabah Sabet avec agences24-12-2014

Huit mois après l’enlève­ment de plus de 200 lycéennes dans leur dor­toir à Chibok, par la secte extrémiste Boko Haram, 185 personnes, dont la plupart des femmes et des enfants, ont été enlevées et une trentaine tuées, dans la même région du nord-est du Nigeria, ont déclaré jeudi 18 décembre des responsables nigérians. Ce dernier acte de Boko Haram montre que ce groupe est loin d’être mis au ban. En effet, les attaques du groupe isla­miste sont devenues quasi quotidiennes, révélant l’échec de la politique sécuri­taire du Nigeria et du monde dans leur lutte contre le groupe qui s’est emparé d’une vingtaine de localités du nord-est, proclamant un « califat » dans les zones sous son contrôle.

Et le risque ne touche pas uniquement le Nigeria : Le Niger, le Cameroun et le Tchad, pays frontières à Nigeria sont confrontés aussi à ce mouvement terro­riste. Or, Boko Haram n’est pas la seule menace que les pays du Sahel doivent affronter. Il y a aussi les groupes armés au Mali et l’anarchie en Libye, pays plongé dans le chaos depuis la chute du colonel Muammar Kadhafi en 2011.

Ce risque terroriste dû à la présence de différents groupes djihadistes et à la profusion d’armes dans la région, notamment à travers les frontières libyennes, suscite l’inquiétude des pays de la région, mais aussi de la commu­nauté internationale.

Un sommet du « G5 du Sahel » sur la sécurité dans la région, le premier du genre, s’est ainsi tenu le week-end der­nier dans la capitale mauritanienne, Nouakchott. Les participants ont appe­lé, dans le communiqué final, à une intervention internationale « pour neu­traliser les groupes armés » en Libye, où le chaos favorise la création de sanc­tuaires djihadistes qui minent les efforts de stabilisation de la zone. Le Tchad, le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso, qui ont créé le G5, ont souligné la menace que constituent pour les pays sahélo-sahariens le djihadisme et les trafics transfrontaliers en tous genres. Une partie des djihadistes refou­lés du Mali, dont l’Algérien Mokhtar Belmokhtar et le Malien Iyad Ag Ghali, se sont retranchés dans cette région, devenue un véritable havre, par où tran­sitent les trafics d’armes prélevées sur les gigantesques stocks du colonel Kadhafi. Mali est touché par le terro­risme où des groupes liés à Al-Qaëda ont contrôlé pendant plusieurs mois le nord de son territoire, avant d’en être en partie chassés par une intervention internationale, en cours depuis janvier 2013, avec les forces françaises et tcha­diennes en première ligne. En outre, à Dakar, le terrorisme a dominé les échanges du premier Forum internatio­nal pour la paix et la sécurité, tenu en décembre, une réunion informelle issue d’une initiative franco-sénégalaise. Le tableau général est plus sombre que jamais. « La situation au Sahel n’a cessé de se détériorer ces derniers mois du fait de la sécheresse, de la pauvreté, de la fragilisation des régimes poli­tiques, des trafics et de l’afflux d’armes venues de Libye », résume Hiroute Gebre Sélassié, envoyée spéciale du secrétaire général des Nations-Unies pour la région. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a, lui, appelé les Africains à renforcer leur coopération face au défi djihadiste, aler­tant sur la menace de « déstabilisation » à partir du sud de la Libye et celle de Boko Haram au Nigeria. « Il faut faire de la coopération la règle et non plus l’exception (...) Une gestion strictement nationale des enjeux de sécurité est une illusion », a déclaré M. Le Drian. Et, selon un expert onusien cité par Le Monde, « les groupes armés, d’Ansar Al-Charia à Al-Mourabitoun en passant par les Shebab, disent que leur activité s’étend de l’Atlantique jusqu’à la mer Rouge. Ils ont acquis des capacités de mener des guerres conventionnelles ».

De mai à novembre 2013, a indiqué cet expert, 342 « incidents terroristes » recensés par l’Onu ont tué 3 398 per­sonnes en Afrique, dont 2 400 en Afrique du Nord et au Sahel. Selon les experts, il existe un véritable problème quant à la manière de la communauté internationale d’appréhender le sujet, qui reste confinée à la logique militaire. « Nous sommes face à des entités qui passent d’une action déstabilisatrice, du faible au fort, à la tentation de deve­nir des puissances. L’Etat islamique recrute aujourd’hui aussi des adminis­trateurs. Un de leurs objectifs est d’ac­quérir de nouvelles capacités mili­taires », déclare ainsi, dans une tribune du journal Le Monde, un haut respon­sable opérationnel français. Ainsi, Paris résume sous deux slogans les réactions à bâtir : « Renforcement des capacités africaines » et « Appropriation par l’Afrique de ses propres enjeux de sécu­rité » .



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