Semaine du 24 au 30 décembre 2014 - Numéro 1055
Iraq : Les Pershmergas dominent le front
  L’EI a subi un important revers en Iraq suite à la plus vaste offensive lancée dans la guerre anti-Daech. Une attaque menée par les Peshmergas pour reprendre le Mont Sinjar.
Iraq 
Maha Salem24-12-2014

Avec l’appui de plusieurs raids aériens de la coali­tion internationale contre l’Etat islamique, les forces kurdes peshmergas ont libéré environ 70% de la zone du mont Sinjar et des milliers de per­sonnes bloquées depuis l’été sur ce lieu. Les 8000 combattants kurdes impliqués ont repris quelque 700 km2 dans les régions de Zumar et Sinjar en deux jours, selon les diri­geants kurdes. Ce terrain avait été perdu après le lancement en juin de la vaste offensive ayant permis à l’EI de s’emparer de vastes terri­toires à la faveur de la déroute de l’armée iraqienne. La victoire kurde a été amplifiée par l’annonce concomitante par des responsables américains de la mort récente de plusieurs dirigeants (djihadistes) importants et intermédiaires en Iraq, notamment Abou Muslim Al-Tourkmani, considéré comme l’adjoint pour l’Iraq du chef de l’EI, Abou-Bakr Al-Baghdadi. La coali­tion menée par les Etats-Unis a intensifié sa campagne de frappes cette semaine pour soutenir l’offen­sive terrestre des forces anti-djiha­distes.

Située au sud du Mont éponyme à proximité de la frontière syrienne, Sinjar est le symbole de la tragédie des Yazidis. Contraints de fuir cet été devant l’avancée des djiha­distes, qui considèrent cette mino­rité kurdophone comme hérétique, des dizaines de milliers de Yazidis avaient trouvé refuge sur la mon­tagne dans des conditions drama­tiques pendant des semaines avant d’être évacués. Mais certains y sont bloqués depuis quatre mois. Il s’agit donc d’une importante défaite de l’EI, mais qui ne signifie pas pour autant une perte de puissance de Daech en Iraq. Car mettre fin à Daech nécessite un certain nombre de conditions qui ne sont toujours pas remplies. « Pour combattre les djihadistes de Daech, deux critères doivent être suivis. Tout d’abord, une certaine coordination doit avoir lieu entre la coalition et les pays de la région concernés. Certaines parties doivent présenter des aides et des soutiens logistiques et des informations dont la Turquie, les rebelles syriens, les Kurdes et même le régime de Damas même si la coordination avec ce dernier n’est pas officiellement annoncée », explique Dr Sameh Rachad, ana­lyste au Centre des études arabes au Caire. « Au cours des dernières semaines, il y a eu un recul dans les relations entre les Américains et les rebelles syriens. Ainsi la stratégie de la coalition a changé. Elle s’est dirigée vers une autre zone pour la sauver. Ce qui détermine les raids de la coalition anti-EI est les inté­rêts communs », affirme Dr Rachad. Et d’ajouter : « La situation drama­tique des civils assiégés par les djihadistes dans ce mont, surtout avec l’hiver, a poussé la coalition à bouger. Cela dit, ce mont n’est pas aussi important sur le plan straté­gique que la ville de Kobane ».

Coalition internationale

C’est en effet après le drame de Sinjar que les Etats-Unis s’étaient lancés dans la lutte contre l’EI, via une campagne aérienne qui s’est élargie à la Syrie après la mise en place d’une coalition internationale. Selon Masrour Barzani, fils du pré­sident de la région autonome du Kurdistan en charge de la sécurité, la fin du siège de Sinjar représente « l’offensive militaire contre l’EI la plus importante et la plus réussie » pour les forces kurdes. Pour les djihadistes, il s’agit d’un nouveau revers après leurs échecs devant la raffinerie de pétrole Baïji, la plus importante d’Iraq, et Jourf Al-Sakhr, dont la libération a permis aux forces armées iraqiennes de sécuri­ser les routes de Bagdad. Mais l’EI tient toujours fermement la deu­xième ville d’Iraq, Mossoul, où il a d’ailleurs creusé des tranchées et des fortifications, et contrôle la quasi-totalité de la vaste province occidentale d’Al-Anbar, frontalière de la Syrie.

Dans ce pays, l’impact de la lutte anti-djihadiste semble bien plus minime, même si elle a permis d’évi­ter la chute de la ville kurde de Kobané, à la frontière turque. La nature intriquée de la guerre civile, qui oppose les forces gouvernemen­tales à des rebelles dont le spectre va des modérés soutenus par l’Occident aux ultra-radicaux de l’EI ou de la branche locale d’Al-Qaëda, rend plus difficile la coordination des frappes aériennes de la coalition avec des forces sur le terrain. D’autant que le régime de Bachar Al-Assad, que l’Occident juge infréquentable, a profité de la montée en puissance de l’EI en Syrie pour se présenter comme le seul rempart face aux dji­hadistes. « A cet égard, un accord non annoncé est appliqué, il y a une sorte de coopération pour fournir les aides et les équipements aux Peshmergas », explique Dr Rachad.

Pour soutenir les Peshmergas sur le plan diplomatique, la ministre européenne des Affaires étrangères, Federica Mogherini, est en visite depuis lundi en Iraq, où elle doit rencontrer les autorités de Bagdad, mais aussi de la région autonome du Kurdistan. « Je crois que cette visite est centrée sur les aides écono­miques, militaires et humanitaires, pour soutenir les forces peshamer­gas et leur apporter une nouvelle stratégie de défense », affirme Dr Rachad. Et de conclure: « On exa­gère beaucoup en parlant de la force et de la puissance de l’Etat isla­mique. Les forces de la coalition peuvent facilement les détruire, mais elles refusent de mener des attaques terrestres et laissent cette mission aux Peshmergas. Ces derniers ne sont pas bien équipés, ils ont besoin d’aides et d’armes. C’est pour cela qu’ils mènent leurs combats dans une seule zone selon la stratégie voulue ».

Une force non négligeable

Depuis que la guerre anti-EI a été déclenchée, c’est à eux qu’est revenu le rôle de combattre Daech sur le terrain, les grandes puissances occidentales écartant l’idée de toute intervention au sol pour contrer l’avan­cée des djihadistes de l’EI. Les Peshmergas, dont le nom signifie « aller au devant la mort », existent depuis la chute de l’Empire ottoman. Au cours des années 1980, ils se sont alliés aux Iraniens dans leur guerre contre Saddam Hussein. Ils voulaient contrôler les régions du Kurdistan en Iraq pour fonder la base de leur pays. Mais Saddam, pour les punir, a bombardé plusieurs villes du nord, utilisant des armes chimiques. Ce qui avait causé la mort de 5000 personnes. Un massacre qui les a poussés à poursuivre leur lutte. Après la guerre du Golfe et la chute du régime de Saddam, le Kurdistan a acquis un statut autonome et les Peshmargas sont deve­nus son armée. A l’époque, plusieurs généraux et offi­ciers kurdes ont quitté l’armée iraqienne pour rejoindre l’armée de kurdistan. Mais les Kurdes ont, eux aussi, leurs propres rivalités. Après quelques années, des ten­sions internes ont éclaté et se sont transformées en une guerre entre deux factions kurdes rivales: le Parti démocratique du Kurdistan dirigé par Massoud Barzani, et l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) dirigé par Jalal Talabani. Depuis la réconciliation entre les deux factions kurdes opposées, en vertu de l’Accord de Washington en 1998, les deux factions kurdes tra­vaillent ensemble. Ce fut le début de leur coopération avec les Etats-Unis qui ont aidé les combattants pesh­mergas dans les domaines de formation et de conduite d’opérations conjointes dans la région. Aujourd’hui, ils sont 200000 hommes et femmes prêts à défendre leur cause. Une force à ne pas négliger.




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