Semaine du 17 au 23 décembre 2014 - Numéro 1054
Une présidentielle pour deux Tunisies
  Le candidat Béji Caïd Essebsi est en passe de remporter le deuxième tour de la présidentielle en Tunisie. Une élection qui met fin à la période de transition, mais qui consacre aussi la division de la société tunisienne.
Une présidentielle pour deux Tunisies
Une présidentielle pour deux Tunisies
Karem Yehia17-12-2014
Correspondance —
Tout porte à croire que Béji Caïd Essebsi (39,46% des voix lors du premier tour) remportera le deu­xième tour de la présidentielle tuni­sienne, qui doit se tenir dimanche 21 décembre et qui l’opposera au prési­dent actuel, Moncef Marzouki (33,43%). En effet, la majorité des candidats du premier tour ont annon­cé leur soutien à M. Essebsi, à l’ex­ception du parti islamiste Ennahda, qui a préféré faire preuve de neutra­lité et ne pas donner de consignes de vote. Cela dit, ses partisans opteront sans doute pour Moncef Marzouki. Or, il est clair qu’il existe une crise au sein d’Ennahda. Pour preuve, la récente annonce de l’ancien premier ministre tunisien et ancien secrétaire général d’Ennahda, Hamadi Jebali, de quitter le parti islamiste parce qu’il « ne se retrouvait plus dans ses choix ». Un geste qui affaiblit encore plus Ennahda, et qui suit l’annonce de Nidaa Tounès d’être en mesure de former une coalition majoritaire au Parlement pour gouverner sans avoir à nouer une alliance avec Ennahda. Le secrétaire général de Nidaa Tounès, Taïeb Baccouche, a ainsi déclaré que les partis Union Patriotique Libre (UPL), Afek Tounès, Al-Moubadara et des indé­pendants « ont publiquement fait part de leur soutien » à Nidaa Tounès.

Le processus électoral, qui a com­mencé par les législatives et qui doit s’achever par le scrutin de dimanche prochain, a montré un certain nombre de paradoxes en Tunisie. Outre l’af­faiblissement d’Ennahda, ce proces­sus a consacré l’ascension d’Essebsi et de son parti. Paradoxe car les jeunes, qui représentent près de 60 % de la population et qui ont essentiel­lement mené la révolution de 2011, ont choisi M. Essebsi, âgé de 88 ans et considéré comme un symbole de l’ancien régime, voire de l’époque de l’ancien président, Habib Bourguiba. Et M. Essebsi ne cache pas que Bourguiba reste pour lui un symbole et un modèle, celui du « père » de tous les Tunisiens. Or, tenter de faire revivre un tel modèle est loin d’être réaliste. Malgré tout cela, le candidat de Nidaa Tounès reste le favori. Le premier et principal point en sa faveur est la piètre expérience de la Troïka. Mené par Ennahda, le gou­vernement de la Troïka a dirigé la Tunisie pendant près de deux ans et s’est attiré le mécontentement d’une large frange de la société. Ainsi, le paysage politique tunisien est devenu marqué par une bipolarisation que de nombreux Tunisiens voient d’un mauvais oeil. En effet, c’est cette bipolarisation qui a poussé nombre de Tunisiens à s’abstenir lors du pre­mier tour. Une abstention à prévoir aussi lors du scrutin de dimanche prochain. Nombreux sont les Tunisiens qui voient en cette bipola­risation un choix entre le symbole du retour de l’ancien régime et celui de ceux qui ont trahi la révolution, à savoir les islamistes qui avaient obte­nu la majorité lors de l’élection de l’Assemblée constituante à la suite de la révolution de 2011 et qui n’ont réalisé aucun des objectifs de cette révolution. Un discours que les deux hommes eux-mêmes n’hésitent pas à avoir. S’accusant mutuellement de diviser la population tunisienne, ils ne cachent pas leur animosité l’un envers l’autre. Pour M. Marzouki, son concurrent est un représentant de l’ancien régime. Pour M. Caïd Essebsi, le président sortant est notamment le candidat des salafistes djihadistes.




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