Semaine du 10 au 16 décembre 2014 - Numéro 1053
Yémen : Al-Qaëda toujours aussi menaçant
  L'échec de Washington à libérer deux otages retenus par Al-Qaëda, un Américain et un Sud- Africain, remet sur le tapis la question de la présence de cette organisation au Yémen, un pays en proie à une série de crises.
Yémen : Al-Qaëda toujours aussi menaçant
Al-Qaëda arevendiqué l'attentat contre la résidence de l'ambassadeur d'Iran. (Photo:Reuters)
Abir Taleb avec agences10-12-2014

L’opération de libération des otages, qui s’est terminée par un fiasco, a mis dans l’embarras aussi bien l’Ad­ministration américaine que les autorités yéménites. La première a été criti­quée pour le mauvais déroulement de l’opéra­tion elle-même, mais aussi pour l’échec de ses politiques antiterroristes; les deuxièmes, plus généralement, pour leur incapacité à lutter contre Al-Qaëda au Yémen.

Côté américain, on tente tant bien que mal de défendre le bien-fondé de l’opération, ini­tialement destinée à libérer l’otage américain Luke Somers, mais qui a conduit à son décès et à celui d’un Sud-Africain qui s’apprêtait à être relâché par Al-Qaëda, selon une ONG sud-africaine.

Les circonstances exactes de leur mort res­taient incertaines dimanche. Les autorités yéménites soutiennent, comme Washington, que les ravisseurs « ont tiré sur les deux otages pour les liquider » après avoir « refusé de se rendre », selon la haute commission de sécurité à Sanaa. Le président américain, Barack Obama, en personne est rapidement monté au créneau pour affirmer avoir « auto­risé cette opération de sauvetage (...) en coo­pération avec le gouvernement yéménite » après des « informations indiquant que la vie de Luke était en danger immédiat ». Auparavant, le secrétaire américain à la Défense sortant, Chuck Hagel, avait déclaré que la mission était « extrêmement dange­reuse et compliquée », et qu’elle avait « été lancée dans l’urgence sur la base de très bonnes indications », selon lesquelles Somers allait être tué de façon imminente.

Côté yéménite, on s’est contenté d’annoncer la mort de dix combattants présumés d’Al-Qaëda au cours de l’opération.

Sans plus. Pourtant, c’est la première fois que des otages d’Al-Qaëda sont tués au Yémen depuis 1998.

Or, les autorités yéménites et les Etats-Unis sont censés combattre conjointement Al-Qaëda dans la Péninsule Arabique (Aqpa). Washington est, en effet, le premier soutien du Yémen dans sa lutte contre Al-Qaëda. Depuis la transition, les Etats-Unis ont dépensé plus de 275 millions de dollars pour aider, notam­ment, le Yémen à construire une véritable force antiterroriste, selon le Département d’Etat. Washington mène également de nom­breuses attaques de drones contre Al-Qaëda dans le pays.

Elles sont rarement revendiquées mais les Etats-Unis sont les seuls à disposer de drones dans la région, et n’ont jamais clairement démenti l’utilisation de ces appareils contre le réseau extrémiste.

Née de la fusion, en janvier 2009, des branches saoudienne et yéménite de l’organi­sation, Aqpa est considérée comme l’une des plus dangereuses filiales d’Al-Qaëda par les Etats-Unis, qui l’ont classée en janvier 2010 sur la liste des organisations terroristes étran­gères. Connue localement sous le nom d’An­sar Al-Charia, Aqpa constitue depuis lors une menace majeure au Yémen mais aussi à son voisin, l’Arabie saoudite.

Fortement présente dans le sud et le sud-est notamment, Aqpa multiplie les attentats et les enlèvements, faisant subir à l’armée et aux groupes chiites de lourdes pertes.

L’été 2014, Aqpa avait alors ordonné aux hommes et aux femmes de l’est du Yémen de se plier à son interprétation rigoriste de la loi coranique et avait annoncé son intention de créer un émirat dans la région, profitant du chaos qui règne au Yémen et du spectre de la division du pays .




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