Semaine du 22 au 28 octobre 2014 - Numéro 1046
Du kitsch pour tout dire
  Les photos de l’artiste italien Qarm Qart, à la galerie Machrabiya, transcendent le réel pour nous projeter dans un monde imaginaire où le rire s’insère dans tous les mots de la société égyptienne.
Du kitsch
Un Nubien fumant son narguilé.
Névine Lameï22-10-2014

Ses photos retouchées, pétillantes, ne laissent rien au hasard. Qarm Qart utilise Photoshop pour tout agencer dans le moindre détail. Et voilà que l’émotion et l’humour deviennent les mots d’ordre de son exposition à la galerie Machrabiya. L’artiste, originaire de Salerne dans le sud de l’Italie, propose un Labyrinthe, à la fois dramatique et poétique.

Qarm Qart (son vrai nom est Carmine Cartolano) réside au Caire depuis 1999. Il se plaît à retoucher ses photos: clichés de villageois, Nubiens, enfants des rues, classe ouvrière... En même temps, il multiplie les détails décoratifs qui ne sont pas sans rappeler l’Italie (fleurs, mandarines, chaussure rouge, fromages italiens, anges comme dans les chapelles, tomates, etc.). Autant d’objets fétiches que Qart insère en arrière-fond, pour créer un effet dédaléen (jeu labyrinthique, jeu de domino, compositions pyramidales en trois dimensions, paysage urbain, fleurs et points lumineux embrouillés).

De quoi susciter l’imagination: s’agit-il d’une vision exotique, d’un jeu contemplatif? « Pas du tout. Je ne suis qu’un observateur de la réalité, du défi existentialiste, de la situation sociopolitique. Mes photos témoignent d’une complicité culturelle liant l’Egypte à l’Italie sur plusieurs plans: croyances, modes de vie, etc. Je cite, à titre d’exemple, les superstitions, en particulier le mauvais oeil, la malédiction. D’ailleurs, l’oeil est l’un des motifs répétitifs dans mon oeuvre », signale Qarm Qart.

Et pour accentuer cet esprit de complicité de manière esthétique, Qart installe les récepteurs sur la frontière entre l’étrange et le réel, la fantaisie et le quotidien, la laideur et la séduction, la souffrance et l’hypocrisie. Il présente un beau contraste de symboles et de kitsch « tape-à-l’oeil », en formes et en couleurs « enchantées », acerbes et conventionnelles, portant sur la « dégénérescence » du monde qui nous entoure: harcèlement, anarchie, cupidité, chaos, désordre, guerre, violence, chômage, pollution, pauvreté, ignorance, etc. Mais pour autant, cette « dégénérescence » ne dérange pas la vision, les photos sont placées dans un chaos « joyeux », pimenté de bonne humeur.

Mieux vaut rire que pleurer

Le rire, dans les oeuvres de Qart, est un antidote à la misère et au désespoir. « Du kitsch pour rire, mais aussi du kitsch comme le rire, pour tout dire », évoque l’artiste. Un homme en djellaba ou encore la tête d’un Nubien fumant un narguilé en disent long sur la ville et son tohu-bohu. Les fleurs qui les entourent peuvent nous faire oublier la réalité du chômage. Une femme portant le voile intégral se promène côte à côte avec une touriste ou face à un singe entouré de bananes.

« J’insiste gentiment sur le phénomène du harcèlement sexuel. Pour moi, le singe est l’homme d’aujourd’hui qui perd la raison et revient à l’état primitif en harcelant les femmes. Presque un animal sauvage », rigole Qart. Singe mais aussi coq, taureau et cochon. Le cochon est pour l’artiste « le symbole de tous les vices de la société». Et le miroir? « Un autre objet de la réalité virtuelle ! ».

Dans le Labyrinthe de Qart, les scènes de rire nous poussent aux larmes, sans jamais rien perdre de leur légèreté. Une manière de brouiller les pistes pour garantir à l’image sa capacité de surprise.

Jusqu’au 13 novembre, à la galerie Machrabiya, de 11h à 20h (sauf vendredi). 8, rue Champollion, centre-ville.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire