Semaine du 1er au 7 octobre 2014 - Numéro 1044
Khaled Al-Sawdy : La faiblesse du gouvernement a permis la montée des Houthis 
  L'analyste yéménite Khaled Al-Sawdy se déclare optimiste quant à l'application de l'accord de paix, malgré la confusion qui règne toujours au Yémen.
Khaled Al-Sawdy
Osman Fekri01-10-2014

Al-ahram hebdo : La situation semble encore confuse plus d’une semaine après la signature de l’accord de paix entre les Houthis et le gouvernement. Cet accord est-il donc aussi fragile que les précédents arrangements ?

Khaled Al-Sawdy: Tout d’abord, il faut savoir que cet accord a été conclu à la suite d’intenses efforts menés par l’envoyé spécial onusien, Djamel Ben Omar, mais aussi et surtout après que le groupe Ansaruallah eut réalisé ses objectifs à Sanaa, notamment en limitant les rôles politique et militaire des Frères musulmans. A mon avis, cet accord va tenir malgré la confusion actuelle. Aujourd’hui, il incombe aux Houthis de participer à redresser le pays, car la situation économique, sécuritaire et politique du pays est très critique.

— Mais d’où provient la puissance des rebelles houthis et comment ont-ils pu réussir à contrôler la quasi-totalité de la capitale ?

— Le groupe Ansaruallah n’a pas pris le contrôle de la capitale tout seul. Il a reçu l’appui de chefs de tribus et de leaders d’autres groupes. Et puis, l’armée a laissé faire. Ces derniers mois, la popularité du groupe a nettement augmenté, parce que ses revendications vont de pair avec celles du peuple. C’est la faiblesse du gouvernement qui a permis la montée des Houthis. En effet, les Yéménites en ont assez des politiques ratées du gouvernement actuel, souvent qualifié comme étant le pire de l’histoire du Yémen moderne. Durant ces trois dernières années, les Frères musulmans, qui dominent ce gouvernement, n’ont réussi à régler aucun des dossiers délicats, comme la sécurité, l’économie, ou encore la réconciliation nationale.

— Comment évaluez-vous l’accord de paix ?

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(Photo : Reuters)

— L’accord ne fait aucune mention de l’initiative qui avait été lancée par les pays du Golfe pour mettre fin à la crise de 2011, ni aux dix pays qui avaient parrainé l’accord de sortie de crise de 2011. Ce qui équivaut à exclure le rôle de l’extérieur et à laisser les décisions politiques aux mains du front interne. De même, l’accord prévoit la mise en place d’un nouveau gouvernement capable de gérer la période à venir ainsi que la lutte contre la corruption.

— Concrètement parlant, comment le nouveau gouvernement peut-il mettre fin à la crise ?

— Il peut au moins contribuer à stopper la détérioration de la situation. A condition bien sûr que les termes de l’accord soient respectés et que le gouvernement soit composé de technocrates, loin des appartenances politiques ou autres.

— L’Iran soutient-il la rébellion chiite? Et y a-t-il une crainte de voir la naissance d’un Etat chiite aux frontières de l’Arabie saoudite comme certains le disent ?

— Il est vrai que Téhéran est systématiquement accusé de soutenir la rébellion chiite, et le président yéménite a, en effet, demandé à plusieurs reprises à Téhéran de ne pas intervenir dans les affaires internes du Yémen. Pour ce qui est de la naissance d’un Etat chiite, c’est un peu exagéré. Mais il est certain que l’Arabie saoudite est prise en tenailles entre l’Iran, ce qui se passe à Bahreïn et dans l’est de l’Arabie saoudite et les événements au Yémen.

— Nombreux sont ceux qui pensent, y compris le président yéménite Abd-Rabbo Mansour Hadi (il en a fait allusion), que l’ancien chef de l’Etat, Ali Abdallah Saleh, serait derrière l’avancée des Houthis, et qu’il utiliserait ses relations parmi les forces armées pour faciliter leur progression...

— La situation est complexe au Yémen, et rien de sûr n’a filtré sur ces allégations. L’ancien président, lui, a nié en bloc toutes ces accusations.

— Oui, mais la prise sans résistance de Sanaa laisse planer le doute, d’autant plus que la rébellion aurait mis la main sur des armes lourdes de l’armée...

— La rébellion chiite d’Ansaruallah est lourdement armée bien avant ces récents développements. Elle s'est procuré ces armes tout au long de ces dernières années au cours de leurs affrontements avec le régime. Le plus important est désormais de mettre en application l’accord qui stipule, entre autres, de rendre ces armes.

— Vous avez tout à l’heure évoqué la branche yéménite des Frères musulmans. Quel est son rôle dans les événements qui ont secoué le Yémen depuis 2011 et jusqu’à ce jour ?

— Depuis les événements de 2011, nous avons la preuve que les Frères musulmans sont une organisation qui vise uniquement à prendre le pouvoir et à exclure tous les autres partenaires politiques. Pour ce qui est de ce qui se passe au Yémen, d’aucuns estiment qu’il ne s’agissait pas d’un conflit entre les Houthis et le gouvernement, mais entre les Houthis et les Frères musulmans. Je peux vous assurer que les sites actuellement sous le contrôle des Houthis étaient sous le contrôle des Frères musulmans.




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