Semaine du 24 au 30 septembre 2014 - Numéro 1043
Yémen  : Le forcing des Houthis
  Parrainé par l'Onu, un accord de paix a été signé dimanche soir au Yémen, après une journée marquée par des avancées spectaculaires de la rébellion chiite qui s'est emparée de sites gouvernementaux et militaires.
Yemen
Photo: Reuters
Maha Salem avec agences24-09-2014

Au lendemain de la signature de l’accord de paix entre la rébellion chiite et le gouvernement, des combattants de la rébellion d’Ansaruallah, dits houthis, étaient déployés aux entrées et autour du siège du gouvernement, du Parlement, du QG du commandement général des forces armées, dont ils ont pris le contrôle la veille.

C’est, en effet, à la suite d’une offensive fulgurante lancée dimanche par les rebelles dans la capitale et de la prise de plusieurs sites sans résistance des forces armées et de sécurité, qu’un accord de paix a été signé entre les deux parties. La rébellion chiite des Houthis d’Ansaruallah a ainsi pris le contrôle de plusieurs bâtiments gouvernementaux et militaires, citons à titre d’exemple: l’aéroport, la radio d’Etat, le commandement général des forces armées, le QG de la 6e région militaire, le siège de la 4e brigade, le département de la propagande du ministère de la Défense, le Parlement, la Banque Centrale et l’Aviation civile, en plus, ils avaient fait de fortes avancées vers le centre de Sanaa.

C’est donc dans cette ambiance de coup d’Etat que l’accord de paix a été conclu. Selon l’émissaire de l’Onu, Jamal Benomar, l’accord signé est consacré pour « la paix et un partenariat national ». Signé en présence du président Abd-Rabbo Mansour Hadi et de représentants des factions politiques, dont la rébellion chiite d’Ansaruallah, cet accord est fondé sur les résultats de la conférence du dialogue national qui, au terme de ses travaux en janvier, avait retenu le principe d’un Etat fédéral pour le Yémen. L’accord prévoit une cessation immédiate des hostilités, la baisse des prix du carburant, la nomination sous trois jours d’un nouveau premier ministre et la formation dans un mois d’un nouveau gouvernement, et aussi la nomination dans quelques jours de conseillers de président parmi les représentants d’Ansaruallah et du Mouvement sudiste.

Signe de la tension qui persiste, les représentants d’Ansaruallah ont refusé de signer l’annexe sécuritaire du document. Le porte-parole d’Ansaruallah, Mohamed Abdessalam, a indiqué dimanche soir dans une déclaration télévisée que son groupe ne signerait pas l’annexe sécuritaire tant que les autorités de Sanaa n’auront pas présenté des excuses pour la mort de partisans des rebelles lors d’une tentative d’assaut contre le siège du gouvernement début septembre.

Vers davantage d’acquis ?

En fait, l’enjeu pour les rebelles est d’arracher une part du pouvoir, selon April Longley, spécialiste du Yémen à l’International Crisis Group, cité par l’AFP. Ce qui le leur pratiquement garantit, car la signature d’un accord de paix dans ces conditions montre la fragilité du régime et place le gouvernement en position de faiblesse. « Le régime yéménite a été obligé d’accepter cet accord qui donne beaucoup de privilèges aux rebelles et à l’opposition, car ils avançaient d’un pas accéléré et sûr », explique Ibrahim Abdel-Qader, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, tout n’est pas encore réglé, puisqu’en fin de compte, « l’opposition et les rebelles chiites ont un objectif précis: faire chuter le régime et prendre le pouvoir. La corruption et la mauvaise gestion des institutions de l’Etat les ont aidés en créant une nouvelle vague de protestation parmi les Yéménites ».

Début août, les Houthis avaient menacé le gouvernement en campant aux entrées de la capitale et en organisant des manifestations pour demander l’éviction du gouvernement « corrompu ». Juste un mois après, les rebelles ont durci leur mouvement en lançant un premier assaut le 9 septembre contre le siège du gouvernement. Malgré des concessions du pouvoir qui a accepté la formation d’un nouveau gouvernement et la baisse des prix du carburant, les rebelles chiites n’ont pas cessé leur offensive, ignorant même les appels du Conseil de sécurité de l’Onu. Ils ont au contraire revu à la hausse leurs demandes, exigeant un droit de regard sur le choix des ministres et un accès de leur région à la mer. Pour renforcer leur pression, ils ont intensifié les combats provoquant ainsi la suspension des vols des compagnies étrangères, et les habitants des quartiers nord ont commencé à fuir en masse la zone des combats, tandis que le reste de la capitale commence à ressembler à une ville morte. Majoritaires dans le nord du Yémen, les chiites sont minoritaires au niveau national. Les Houthis sont issus du zaïdisme, une branche du chiisme qui représente plus de 30% de la population yéménite. La rébellion armée des Houthis, qui dure depuis des années dans le nord du Yémen, est l’un des trois problèmes en matière de sécurité auxquels est confronté le pouvoir yéménite, avec un mouvement sécessionniste dans le sud du pays et l’implantation sur une grande partie du territoire d’Al-Qaëda dans la péninsule arabique (Aqpa).




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire