Semaine du 17 au 23 septembre 2014 - Numéro 1042
Dunk : Une nouvelle lutte clandestine
May Al-Maghrabi17-09-2014
 
  Un groupe de contestataires cagoulés, Dunk, cherche à mobiliser la rue contre le régime. Se revendiquant du 25 janvier, ses membres auraient été arrêtés.

Les milices cagoulées sont semble-t-il en vogue. A l’instar des brigades de Hélouan, des hommes cagoulés ont diffusé la semaine dernière une vidéo sur Youtube annonçant la création de leur mouvement baptisé Dunk (dénuement).

Les fondateurs de ce mouvement, qui le qualifient de « social et révo­lutionnaire », appellent le peuple à manifester le 9 septembre contre « la pauvreté, la hausse des prix, la détérioration des services publics et l’injustice sociale ». La vidéo montre 3 jeunes cagoulés en noir, menaçant d’une nouvelle révolu­tion et dénonçant ce qu’ils appel­lent « le revirement après la révo­lution du 25 janvier ». L’appel n’a été suivi que par quelques dizaines de personnes.

Certains experts estiment que ce mouvement est la nouvelle vitrine des Frères musulmans destinée à exploiter la crise sociale et écono­mique pour mobiliser la rue contre le régime. « S’il s’agit vraiment d’un mouvement social, pourquoi ses membres cachent-ils leur iden­tité ? Pourquoi sont-ils cagoulés ? La vidéo diffusée sur Youtube a un point commun avec celle des bri­gades de Hélouan. Dans les deux vidéos, nous avons à faire à des jeunes cagoulés et vêtus de noir, un peu à la manière du mouvement palestinien Hamas. La seule diffé­rence réside dans le contenu du discours qui vise à leurrer le peuple, en prétendant qu’il s’agit d’un mouvement social pacifique. Mais leur discours sur le coup d’Etat contre la révolution du 25 janvier et leur non-reconnaissance de la révo­lution du 30 juin, montre bien qu’il s’agit d’un mouvement politique et non social », accuse le général Gamal Abou-Zikri. Il appelle les services de sécurité à frapper d’une main de fer ces groupes dissidents, donnant ainsi raison à ces derniers qui préfèrent se masquer pour éviter d’être arrêtés.

« Dans un Etat de droit, on exerce la politique à travers les partis légaux. Mais on ne peut pas permettre à ces mouvements clan­destins de semer le trouble dans un pays déjà tourmenté par plus de 3 ans de chaos et qui cherche à redresser son économie et à reconstruire ses institutions », poursuit le général.

Le retrait de certains alliés isla­mistes de la Coalition de soutien à la légitimité (pro-Morsi), ainsi que la pression sécuritaire limitant la capacité de la confrérie à mobiliser les jeunes dans la rue et dans les universités semblent appuyer l’hy­pothèse selon laquelle il s’agirait d’une initiative des Frères.

« Ce mouvement est probable­ment un paravent derrière lequel se cachent les Frères musulmans. Après avoir perdu du terrain poli­tique et la compassion du peuple, la clandestinité est la seule option qui reste à la confrérie. Jouer sur les malaises sociaux et écono­miques est depuis longtemps l’apanage de la confrérie », estime le politologue Gamal Zahrane. Selon lui, les Frères tentent égale­ment à travers ces mouvements isolés de montrer à l’Occident que les opposants du régime se multi­plient et ne sont pas seulement des islamistes.

Pas de liens avec la confrérie

Les fondateurs du mouvement nient, quant à eux, toute apparte­nance à la confrérie. Islam Al-Moslemani, membre du mou­vement contacté par téléphone par la chaîne Dream, a affirmé : « Notre mouvement regroupe des membres de différentes couleurs politiques et ne vise qu’à défendre les droits bafoués des pauvres. Ces accusations infondées ne visent qu’à faire peur aux gens et à les dissuader de nous rejoindre. C’est la carte qu’utilise le régime depuis la volte-face sur la révolution du 25 janvier en mettant dans un seul panier tous les opposants ».

Les forces de sécurité ont déjà annoncé l’arrestation de 23 membres présumés du mouve­ment. Une enquête est en cours.

Pour Gamal Zahrane, le seul moyen de mettre fin à ces groupes politiques clandestins reste de satisfaire les revendications d’un peuple qui paye la facture sociale et économique d’une révolution qui n’a jamais atteint ses objectifs.

« Si le peuple supporte les bas salaires, le chômage et la hausse des prix, c’est parce qu’il est conscient de la précarité de la conjoncture que traverse le pays. Mais même en pleine guerre contre le terrorisme, le gouvernement doit chercher à fournir aux Egyptiens une justice sociale et une vie digne, deux points qui fai­saient partie des revendications du 25 janvier 2011 pour éviter une explosion sociale », estime le poli­tologue .




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