Semaine du 3 au 9 septembre 2014 - Numéro 1040
Israël : Le vaincu dit vainqueur
  Au niveau opérationnel, Israël a gagné la bataille, puisqu’elle a infligé de lourdes pertes humaines et matérielles au Hamas, mais du point de vue stratégique, elle a simplement perdu la guerre. Les sirènes d’alerte ne retentissent plus en Israël, mais ce sont les voix des Israéliens critiquant « une mauvaise ges­tion de la guerre » qui se font bien entendre.
Israël vaincu
L'avenir politique de Netanyahu est sur la scellette. (Photo: Reuters)
03-09-2014

« Le Hamas a subi des coups très durs depuis sa création. Il voulait un port, un aéroport, la libération des prisonniers palestiniens, une média­tion du Qatar, puis de la Turquie, le paiement des salaires de ses fonctionnaires. Il n’a rien obtenu ». Ces mots du chef du gouvernement israélien, Netanyahu, prononcés le lendemain du cessez-le-feu, n’ont pas rassuré les Israéliens, notamment les résidents du sud, qui ont passé les jours de l’offensive dans les abris. Ils se sentent moins en sécurité aujourd’hui qu’avant le début de l’opération Bordure protectrice.

Selon Walid Kazziha, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, Israël n’a pu réaliser son objectif de départ justifiant sa guerre contre la bande de Gaza, soit d’anéantir la capacité militaire du Hamas, puisque jusqu’auxdernières minutes, les roquettes du Hamas conti­nuaient à tomber sur Israël. « La politique de dissuasion d’Is­raël n’a pas apporté ses fruits cette fois-ci, comme il était le cas lors des conflits précédents avec le Hamas», précise Kazziha. Israël est aussi sorti du conflit avec le bilan le plus lourd depuis sa guerre contre le Hezbollah au Liban en 2006, avec 63 soldats et 6 civils tués. Les roquettes tirées vers Israël depuis la bande de Gaza ont profondément perturbé l’activité de beaucoup de secteurs: suspension partielle des vols à l’aéroport Ben Gourion, report de l’ouverture du championnat national de football et risque de report de la rentrée scolaire. Les 51 jours de guerre ont aussi coûté cher à Israël. Les dépenses militaires de l’opération sont estimées à 5 milliards de dollars. La guerre a réduit le taux de croissance du PIB israélien, déjà en baisse (1,7%), de 0,5% Mais l’ampleur des pertes d’Israël se sent surtout au niveau politique, comme l’explique Saïd Okacha, spécialiste des affaires israéliennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « C’est l’avenir politique de Netanyahu et de la droite israélienne qui s’en trouve menacé. Des élections anticipées ne sont pas à exclure aujourd’hui », dit le chercheur.

La chute de la popularité de Netanyahu est bien évidente dans les sondages. Le soutien accordé à Netanyahu est passé de 82% le 23 juillet, au début de l’opération terrestre, à 38% juste avant le début de la trêve. Il est placé aujourd’hui sous le feu des critiques de ses détracteurs les plus virulents au sein de la coalition gouvernementale, notamment Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères, et Naftali Bennet, celui de l’Economie. Ceux-ci lui reprochent d’avoir pris unilatérale­ment la décision du cessez-le-feu, sans consulter le cabinet de sécurité. Surtout que la moitié des membres de ce cabinet sont hostiles à une accalmie avant que « toutes les menaces prove­nant de Gaza ne soient éradiquées ». Okacha prévoit de ce fait que la prochaine confrontation avec le Hamas sera encore plus difficile.

Israël se trouve désormais contraint de reconnaître, implicite­ment, le Hamas comme interlocuteur lors de futures négocia­tions, et de coopérer avec le gouvernement palestinien d’union nationale, dont le Hamas fait partie. « Le prétexte de l’Etat hébreu, qui a toujours prétendu ne pas avoir d’interlocuteur, n’aura plus aucun sens », dit Okacha.

Reste que si gain il y a pour Israël, c’est d’avoir prouvé une fois de plus que le rapport de force lui est favorable comme toujours, « puisque la communauté internationale et le Conseil de sécurité n’ont pas condamné ses massacres contre les Palestiniens, qui restent impunis », conclut le professeur Kazziha.



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