Semaine du 13 au 19 août 2014 - Numéro 1037
Produits subventionnés  : nouveau régime
  Un nouveau système de cartes d'approvisionnement est entré en vigueur depuis juillet. La vente des produits subventionnés est désormais mieux régulée et laisse plus de choix au consommateur modeste.
Produits subventionnés  : nouveau régime
La pain est limitée à 150 galettes par mois et par personne. (Photos : Bassam Al-Zoghby)
Manar Attiya13-08-2014

La queue devant l’épicerie s’étend jusqu’au bout de la rue. Des femmes voilées, des hommes, surtout des retraités, sont venus s’approvisionner en produits alimentaires subventionnés : lentilles, fèves, sucre, farine, huile, thé et savon.

Autour de ce point de vente qui se trouve à Nahya, un village du gouvernorat de Guiza, la file d’attente ne cesse de s’allonger. Une femme sort avec un sac rempli à craquer. Elle vient d’acheter 6 litres d’huile, 8 kilos de sucre et 8 kilos de riz, son quota pour un mois.

Côté boucherie, une dame vêtue d’une djellaba noire demande au boucher de lui peser un kilo de viande soudanaise à 14,75 L.E. Son prix sur le marché est de 29 L.E.

Produits subventionnés  : nouveau régime
25  000 épiceries proposent une liste de produits subventionnés à 68 millions de bénéficiaires. (Photos : Yasser Al-Ghoulalb)

Cette grande épicerie ressemble à un supermarché, sauf que les produits alimentaires y sont jusqu’à cinq fois moins chers. Plusieurs épiceries de ce genre ont ouvert leur porte dans les quatre coins du pays. Elles sont réservées aux citoyens munis d’une carte d’approvisionnement et dont le revenu mensuel ne dépasse pas 1 500 L.E.

Comme beaucoup de fonctionnaires modestes, Saadiya Abdel-Fattah possède une carte d’approvisionnement. Son quota mensuel se compose de 12 kg de riz, 12 de sucre, 8 bouteilles d’huile, un kilo de viande soudanaise et deux poulets. Mariée, Saadiya a quatre enfants. « Grâce à l’épicerie de l’Etat, j’achète les produits de première nécessité à des prix imbattables : le sachet de sucre coûte 25 piastres, pareil pour le riz. Quant aux fèves, le prix du sachet ne dépasse pas 40 piastres... Ailleurs, le litre d’huile coûte entre 8 et 13 L.E. et le kilo de sucre entre 4 et 6 L.E. Même si je dois aujourd’hui payer quelques piastres de plus par kilo, les prix restent vraiment moins chers qu’ailleurs », dit-elle.

Saadiya ne peut se passer de ces produits subventionnés. Elle achète tout ce dont elle a besoin dans une épicerie qui se trouve à quelques pas de chez elle et qui fonctionne comme une vraie entreprise, avec un patron, des chefs de rayon et des sous-chefs.

25 000 points de vente

Pour la 1re fois en Egypte, l’Etat a commencé à appliquer un nouveau système d’aide alimentaire appliqué dans 25000 épiceries dépendant de l’Etat et qui fonctionnent depuis le 1er juillet. Ces épiceries rendent service aux 68 millions de bénéficiaires qui disposent de 18 millions de cartes d’approvisionnement. « L’Etat offre à chaque citoyen une subvention alimentaire de 15 L.E. sur tous les produits de première nécessité », précise Mahmoud Diab, porte-parole du ministère de l’Approvisionnement.

Chaque carte d’approvisionnement comporte certains points, liés au nombre de personnes par famille. « Si par exemple les besoins d’une famille en huile sont de quatre litres au lieu des huit qui lui sont attribués, le détenteur de la carte pourra prendre d’autres produits subventionnés à la place », détaille Am Abdel-Basset, patron d’une épicerie subventionnée à Choubra.

L’Etat a aussi instauré un système d’approvisionnement en pain subventionné par le biais d’une carte à puce. « Chaque citoyen disposant de cette carte a droit à 150 galettes de pain par mois, c’est-à-dire 5 galettes par jour. Un système de points mentionné sur la carte tient compte du nombre de personnes par famille », a précisé le ministre de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, Khaled Hanafy.

« Même si la quantité est insuffisante, financièrement, je suis gagnante », note Salwa. Cette femme de ménage profite de ces produits subventionnés par l’Etat et profite à plein de son quota mensuel. « Dorénavant, je ne vais plus acheter de farine ou d’autres produits subventionnés dans les supermarchés où les prix sont trop élevés pour moi », confie-t-elle. Elle ajoute que depuis son mariage dans les années 1970, elle a toujours profité de l’ancien système grâce à la carte verte, dont elle dispose ainsi que sa famille. Elle raconte que jadis, sa grand-mère se servait de coupons pour acheter des articles en coton et des tissus chez Omar Effendi (réseau de magasins vendus en 2006 à une société saoudienne).

Depuis 1930

Les cartes d’approvisionnement ont fait leur apparition en Egypte dans les années 1930. A cette époque, une crise économique avait secoué le pays. Cette initiative venait des Anglais. Elle avait pour objectif de ravitailler les citoyens en produits de première nécessité et à des prix abordables : sucre, huile, thé, farine, viande, poivre, oeufs et beurre. Même le savon, les fournitures scolaires, les allumettes et le pétrole étaient ainsi distribués.

« A cette époque, on vendait le kilo de sucre à 5 piastres. Quant à l’huile, on ne la vendait pas en bouteille, chaque femme ramenait avec elle un pot pour recevoir sa ration en huile. Les femmes achetaient aussi du pétrole pour les lampes », se souvient hadj Abdel-Rahman Al-Chéheimy, ancien propriétaire d’une épicerie, aujourd’hui à la retraite.

Sous Nasser, en 1964, l’Etat a ajouté les appareils électroménagers sur la liste de la carte verte. A l’époque, on estimait qu’il était injuste de priver le peuple de ce privilège. Avec le temps, ce procédé s’est transformé en un système de subvention de certains produits par l’Etat.

Durant les années 1980 et 90, et avec l’ouverture économique et la création des zones de libre-échange, cette carte a perdu de son importance et seuls les produits de première nécessité comme l’huile, le sucre, le thé et le riz étaient encore distribués et subventionnés par l’Etat. Ce système a continué jusqu’à la chute du président Hosni Moubarak en janvier 2011, et au cours des trois années de transition. Mais la liste des produits subventionnés a plusieurs fois été réduite.

Aujourd’hui, une famille modeste peut de nouveau s’offrir des produits dont elle a oublié le goût. « Aujourd’hui, je peux me permettre d’acheter de la viande de boeuf ou du poulet pour mes enfants. Ce qui n’était pas dans mes moyens avant, lance Samia Abdel-Zaher, 40 ans, femme au foyer. On ne consommait de la viande qu’une fois par an au moment de l’Aïd Al-Kébir. Le reste du temps, je me contentais de pattes de poulets pour donner un peu de goût à mes sauces ».

Le gouvernement a instauré ce nouveau système d’aide alimentaire car le taux de pauvreté a augmenté en Egypte, surtout ces trois dernières années. Selon un rapport effectué en 2011 par le Programme Alimentaire Mondial des Nations-Unies (PAM), l’Agence centrale de la mobilisation publique et des statistiques (CAPMAS) et l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), environ 13,7 millions d’Egyptiens (soit 17 % de la population) sont en insécurité alimentaire, contre 14% en 2009.

La sécurité alimentaire est assurée lorsque toute la population a accès de façon continue à une nourriture suffisante, saine et nutritive qui satisfait les besoins alimentaires de base. Les données montrent qu’entre 2009 et 2011, environ 15 % de la population était considérée comme vivant dans la pauvreté.

Malheureusement, les précédents régimes politiques n’ont pas accordé d’importance au système de l’aide alimentaire. L’ancien président Hosni Moubarak avait supprimé, durant dix ans, certaines denrées, telles que la farine et le thé, de la liste des produits subventionnés par l’Etat.

« Je suis contente de pouvoir à nouveau me procurer certains produits que l’on avait supprimés de la liste. De plus, les denrées que l’on nous propose sont de bonne qualité », se réjouit Adliya, issue de la classe ouvrière.

Par contre, Nabila Aboul-Fadl, qui est de la classe moyenne, trouve que les produits que l’on vend dans ces épiceries ne sont pas de bonne qualité : « Je possède une carte verte depuis des années. Je me procure ces denrées alimentaires pour les redistribuer à ceux qui en ont le plus besoin ».

En effet, la mauvaise qualité des produits alimentaires est parfois flagrante: mauvaise gestion des relations avec les fournisseurs, grossistes véreux, transporteurs avides … « Des personnes malhonnêtes détournent la marchandise de bonne qualité et la remplace par une autre plus mauvaise. Ils font cela pour revendre les produits au marché noir, et donc plus cher », reconnaît Mahmoud Diab, porte-parole du ministère de l’Approvisionnement.

« Pour éviter cela, l’Etat fournit la marchandise sans faire payer les commerçants. Si la marchandise n’a pas été vendue, cela veut dire qu’elle est de mauvaise qualité, et donc le commerçant peut la rendre sans y perdre. De plus, des agents d’inspection vont passer régulièrement dans ces épiceries pour s’assurer que tout fonctionne bien. Ce système va également permettre d’éviter les pertes et la corruption, car les magasins doivent s’approvisionner en denrées alimentaires selon les besoins des consommateurs. A noter qu’une liste comportant 100 produits alimentaires au lieu de 20 va être portée à la connaissance des consommateurs, dans les prochains mois, pour satisfaire les citoyens modestes », conclut Mahmoud Diab.




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