Semaine du 13 au 19 août 2014 - Numéro 1037
Extraits
 
Extraits
Peinture de Youssef Abdelki
Traduction par Dina Kabil13-08-2014

La disparition de Ali Barbandi
28/12/2012

Ali Barbandi, le plus connu des vendeurs de tabac avec sa tenue en treillis sous laquelle il cachait ses dépôts d’armes, de Marlboro américaines, des Gitanes françaises ou de faux cigares cubains. Il avait occupé un coin à l’angle du magasin Chawerma Al-Rayan sur la rue Av l-Abed, puis il s’était déplacé près du barrage de la police routière au coin de la rue en face, avec sa table en bois branlante sur laquelle il étalait toutes les marques de cigarettes. Ali Barbandi disparut un jeudi soir d’un tir de sniper dans l’une des rues du quartier Zamalaka, dans la banlieue de Damas. Le sniper l’avait sans doute pris pour une proie précieuse, à cause de sa tenue en treillis. Il ignorait que Ali Barbandi la portait même avant la guerre, parce qu’il n’en avait pas d’autres, ou qu’il ne s’en départait jamais pour tromper les patrouilles de lutte contre la contrebande.

Massacres
7/1/2013

Un massacre devant la boulangerie. Un massacre en face de la station d’essence. Un massacre dans un village lointain. Un incendie dans un camp de réfugiés. Des déplacés dans des jardins publics. Une pluie dense à l’extérieur. Je ne peux parler de la pluie, ni emprunter les rimes de Badr Chaker Al-Sayyab pour l’occasion : « Pluie, pluie, pluie ! ». Je pense plutôt à la manière dont cette première pluie se mêle au sang séché sur les rues, sans les derniers souffles des victimes.

La météo prévoit une chute de neige après demain (mercredi 9/1) à Damas. La quantité de neige qui tombera après-demain suffira-t-elle à effacer les images d’un massacre en face d’une boulangerie? D’un massacre devant une station d’essence, ou dans un village lointain? Les images d’un incendie dans un camp de réfugiés, ou celles des déplacés dans les jardins publics ? Seule l’absurdité de la scène générale peut susciter un tel jeu de mots.


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