Semaine du 13 au 19 août 2014 - Numéro 1037
Les coptes au cinéma égyptien  : Entre réalité et propagande
  Les sites Internet regorgent d’ar­ticles et d’études sur l’image des coptes dans le cinéma égyptien. Les bibliothèques de l’Académie des arts et les facultés de mass communication sont truffées de maîtrises et de docto­rats sur ce thème.
Les coptes
Baheb Al-Sima.
Mohamed Atef13-08-2014

La majorité des articles— en arabe— abordent la question en se fondant sur la chronologie, qui est malheureusement l’angle d’étude pré­féré en Egypte. Rien de plus aisé que d’énumérer les traits généraux d’une époque, d’en déterminer l’orientation politique et d’évaluer les oeuvres qui y ont été accomplies.

La plupart de ces articles font l’éloge de la diversité culturelle et du libéralisme de l’Egypte des années 1930 et 40, montrant les coptes comme des partenaires égaux de la patrie. Les oeuvres cinématogra­phiques révélaient à peine la religion de leurs protagonistes à travers leurs noms. C’était aussi le cas dans les années 1950, imprégnées de roman­tisme et de mélodrame, où le cinéma se focalisait sur les histoires d’amour et la souffrance des amoureux. Les coptes dans le cinéma de cette époque n’étaient pas représentés d’une manière différente.

Suivant donc cette méthode chrono­logique, les auteurs ne manquaient pas d’exposer les orientations poli­tiques des années 1960, et montraient l’unité des Egyptiens face à l’ennemi étranger comme dans les films Bein Al-Qasreine (entre les deux palais), réalisé par Hassan Al-Imam et Al-Nasser Salaheddine (le victorieux Salaheddine), réalisé par Youssef Chahine. Ensuite, ils critiquaient l’ab­sence des coptes dans les films des années 1970 et leur marginalisation dans ceux des années 1980, où ils étaient confinés aux rôles d’amis ou de voisins.

Ce genre d’évaluation n’est pas totalement inadmissible, mais il fait du réalisateur un simple fonctionnaire qui ne produit que ce que l’Etat juge bon. Les années 1990 avaient été mar­quées par des films d’une teneur pro­pagandiste hostile aux groupes extré­mistes et où les coptes étaient intégrés très superficiellement. Le film le plus mature de cette époque est Al-Erhabi (le terroriste), réalisé par Nader Galal, où le grand scénariste Wahid Hamed présente une famille copte dont la religiosité s’affiche sous ses deux aspects, la tolérance incarnée par l’époux et le fondamentalisme per­sonnifié par son épouse. Un message plus profond contre le fanatisme en général.

Al-Erhabi a été l’une des premières tentatives de critiquer les clichés des coptes dans les oeuvres artistiques, conformément à la tendance politique de l’époque. Ce film a pavé la voie à d’autres tentatives qui ont contribué à faire mûrir l’expérience et à dévelop­per la nouvelle image des coptes dans le cinéma égyptien au début du millé­naire.

Les films produits au début du nou­veau millénaire nécessitent une cer­taine réflexion. Beaucoup de réalisa­teurs paresseux avaient opté, au cours des trois dernières décennies, pour une image de réconciliation propagandiste fermant les yeux devant la poussée du phénomène catastrophique de la discrimination religieuse. D’autres réalisateurs plus mûrs, plus profonds et plus auda­cieux ont présenté les coptes à l’écran comme ils sont dans la société.

Parmi les rares oeuvres exception­nelles constituant un héritage impor­tant et représentant les coptes sous une image plus réaliste dans le ciné­ma du nouveau millénaire figurent, entre autres, Baheb Al-Sima (j’aime le cinéma) de Ossama Fawzi, Wahed Sefr (un but à zéro) de Kamla Abou-Zekri, et Guéneinat Al-Asmak (le parc des poissons) de Yousri Nasrallah.

Nous pouvons dire que les docu­mentaires ont mieux réussi à aborder cette question pour plusieurs raisons objectives: le coût de production d’un documentaire n’est pas compa­rable à celui d’un long métrage en Egypte. Et un documentaire est moins sujet à la censure et moins soumis aux exigences du marché. Ainsi, on a recours au documentaire pour aborder les sujets épineux, sur­tout que ce genre de film commence à être projeté en salle. A propos des juifs d’Egypte, partie 1, du réalisateur Amir Ramsès, diffusé en salle l’an dernier, constitue une expérience pionnière. L’Ile des coptes d’Ahmad Rachwane a été, lui aussi, récemment projeté au centre Ibdaa et a attiré un grand nombre de spectateurs.




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