Semaine du 13 au 19 août 2014 - Numéro 1037
Afghanistan : Deux rivaux s’unissent pour sauver le pays
Maha Al-Cherbini avec agences13-08-2014
 
  En attendant les résultats de l'audit de la présidentielle afghane, les deux rivaux du scrutin, Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani, ont accepté de former un gouvernement d'unité nationale. Une ébauche de solution à la crise qui menace la stabilité du pays depuis un mois.

Première lueur d’espoir après des semaines de tension: les deux candidats à la prési­dentielle, Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani, ont enfin signé un accord pour un gouverne­ment d’unité nationale, quel que soit le futur président. Objectif: éloigner le spectre du chaos qui pourrait sévir dans le pays à l’ap­proche du retrait de l’Otan fin 2014, surtout à la lumière d’une insurrection talibane en mon­tée. Dans le cadre de cet accord signé sous la médiation du secrétaire d’Etat américain John Kerry, les deux candidats ont réaffirmé leur engagement à accepter les résultats du scrutin après l’audit des 8,1 millions de bulletins de vote. Cet audit visant à sauver la première transition démocratique de l’histoire afghane, en écartant les bulletins de vote douteux, a débuté le 17 juillet, mais depuis cette date, il a connu plusieurs interruptions en raison de désaccords entre les équipes des deux candi­dats.

Prouvant leur bonne intention à régler une crise qui empire depuis un mois, les deux rivaux ont admis samedi, dans un communiqué commun, leur engagement à respecter les termes de l’accord, multipliant les déclarations prometteuses à ce propos. « Je suis confiant. Nous sommes au commencement d’une nou­velle phase avec la signature de cet accord », s’est réjoui Abdullah qui avait dénoncé la fraude lors du scrutin du deuxième tour, le 14 juin, provoquant un audit. Partageant cet opti­misme, M. Ghani a déclaré pour sa part : « Nous allons travailler ensemble pour accom­plir notre devoir national ». Par ailleurs, les deux rivaux se sont fixé comme objectif com­mun d’achever l’audit d’ici à « la fin du mois d’août ».

Mission difficile

Depuis le début de la crise afghane mi-juillet, les Américains, principaux bailleurs de fonds de l’Afghanistan, n’ont pas caché leur inquié­tude quant aux risques d’instabilité politique dans ce pays sous la menace de l’insurrection des talibans, à quelques mois du retrait des forces de l’Otan prévu en fin d’année. C’est la deuxième fois en moins d’un mois que Washington dépêche son secrétaire d’Etat, John Kerry, à Kaboul afin d’inciter les deux camps à se mettre d’accord rapidement pour la désignation d’un nouveau chef d’Etat d’ici au sommet de l’Otan des 4 et 5 septembre. Ce n’est qu’après un mois de tractations difficiles que M. Kerry a pu mener à bien sa mission difficile: « Les deux candidats sont enfin d’ac­cord pour accepter les résultats. L’un de ces hommes va être président, mais les deux seront essentiels pour l’avenir de l’Afghanistan ». Le mois dernier, M. Kerry était arrivé à Kaboul au plus fort de la crise politique entre les deux candidats. Abdullah Abdullah s’était déclaré vainqueur, alors que, selon les résultats préli­minaires, son adversaire Ashraf Ghani bénéfi­ciait d’une avance d’environ un million de voix. Depuis, les tensions se sont accrues entre les Tadjiks fidèles à M. Abdullah et les Pachtouns qui soutiennent M. Ghani, rappelant les pires heures de la guerre civile des années 1990, qui ont préludé à la prise du pouvoir par les talibans. Déjà, les observateurs craignaient la répétition de ce scénario cauchemardesque cette fois-ci, surtout que l’épine talibane reste toujours incassable.

Dimanche matin, 4 civils ont été tués, et au moins 35 autres ont été blessés, dans un atten­tat suicide revendiqué par les talibans et visant un convoi de l’Otan dans la capitale afghane. « Si cette crise n’est pas vite résolue, la menace talibane pourrait pêcher dans les eaux troubles pour gagner du terrain et amener le pays à la case départ, celle de l’avant 2001, de quoi réduire en poudre toute une décennie d’énormes fonds et de pertes humaines déployées par les Etats-Unis », craignaient les experts qui restent, pourtant, plus ou moins sceptiques sur l’avenir de cet accord politique qui annonce une « longue et périlleuse phase de négociations » pour retrouver la stabilité politique une fois le nouveau président afghan désigné.




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