Semaine du 13 au 19 août 2014 - Numéro 1037
Gaza : décrocher une victoire
  Une nouvelle trêve de 72h est entrée en vigueur à Gaza dimanche dernier. Palestiniens et Israéliens retournent à la table des négociations pour entamer leurs discussions « indirectes » par l’intermédiaire de l’Egypte. La perspective d’une trêve durable reste toutefois incertaine
Décrocher une victoire
Les Palestiniens profitent de la courte accalmie pour organiser les secours. (Photo:AP)
Aliaa Al-Korachi13-08-2014

Les chances de succès des négociations concernant Gaza sont faibles. C’est ce qu’explique Mohamad Gomaa, politologue au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, il s’agit « des dernières manoeuvres d’un combat qui est jusqu’à maintenant sans vainqueur ». Le Hamas et Israël retournent une nouvelle fois à la table des négociations, cherchant des avancées politiques après avoir échoué à en réaliser sur le champ de bataille. Le Hamas ne veut pas revenir « les mains vides » après toutes ces pertes de vie et de destructions, et Israël ne veut donner aucune concession au Hamas.

Parmi les exigences fondamentales du Hamas pour accepter un cessez-le-feu durable, et qui affrontent toujours l’opposition intransigeante du côté israélien, se trouvent la levée complète du blocus de Gaza en place depuis 2006, la création d’un port ou d’un aéroport dans le secteur et la libération de prisonniers, qui avaient été dans un premier temps libérés en échange du soldat israélien Gilad Shalit en 2011. Israël accepte seulement d’étendre à 6 miles marins des côtes de Gaza, la zone de pêche autorisée, au lieu de 12 miles comme exige le mouvement islamiste. « Il est difficile que le Hamas accepte ce qu’Israël lui offre aujourd’hui, et qui apparaît comme beaucoup moins que ce qui lui a été posé après le conflit de 2012, en accordant un certain assouplissement des passages de marchandises et de personnes. Il est prévu après ce combat qu’Israël cherche à asphyxier davantage le secteur en imposant plus de restrictions sur les passages frontaliers », dit Gomaa.

Pour Ahmad Youssef, directeur du Centre des étude arabes, le Hamas attend aussi de convertir son succès militaire, notamment durant les trois premières semaines des affrontements témoignant une certaine sophistication par rapport aux conflits précédents, en « avantages politiques », lors des négociations. Le Hamas a réussi à marquer des points « stratégiques » sur le champ de bataille, comme par exemple la chute d’une de ses roquettes près de l’aéroport de Ben Gourion, échappant du système antimissile « Dôme de fer ». Ce conflit a aussi renforcé le poids politique du Hamas qui a été isolé sur la scène régionale et internationale, après la chute du régime des Frères musulmans en Egypte et sa crédibilité en tant que mouvement de résistance commence à gagner du terrain auprès des peuples arabes. Menant son combat sous l’intitulé « lever le blocus », la popularité du Hamas a rebondi auprès des Gazaouis impatients face à la mauvaise gestion de la bande par le mouvement.

Selon Gomaa, le Hamas se trouve aujourd’hui sous la pression d’obtenir des gains politiques rapides après les batailles qui ont ravagé la bande de Gaza. « Si les négociations n’aboutissent pas à des résultats qui peuvent satisfaire les Gazaouis, le Hamas risque alors de faire face à une fronde populaire et plus de marginalisation politique », dit-il.

Sous le feu des critiques

Israël sort toujours perdant de toute agression contre la bande de Gaza. C’est ce qu’explique Ahmad Youssef, qui estime que malgré ses pertes, Israël refuse de donner toute concession en faveur des Palestiniens lors des négociations. Le gouvernement israélien se trouve sous le feu des critiques des Israéliens qui l’accusent d’être « désormais incapable d’assurer la sécurité et la vie des Israéliens ». Youssef prévoit « un tremblement politique à Tel-Aviv », comme celui qui a eu lieu après la guerre de Liban en 2006. Lors de ce combat à Gaza, Israël a enregistré la plus grande perte humaine de son histoire. Une soixantaine de leurs soldats ont péri lors des affrontements. Les roquettes lancées depuis Gaza vers Tel-Aviv, immédiatement après l’expiration du cessez-le-feu précédent, ont eu lieu au moment où le gouvernement israélien clame sa victoire, et que sa politique de répression avait porté ses fruits. « Israël n’a pas pu réaliser l’objectif principal de son offensive, soit parvenir au zéro-roquette. Sa mission a été réduite à détruire les tunnels conduisant la bande de Gaza vers le territoire Israélien », dit Gomaa. Toutefois, les factions palestiniennes assurent que leurs tunnels restent « intacts ». Le système antibalistique « Dôme de fer », a montré sa défaillance en laissant pénétrer un grand nombre de roquettes vers Israël. Ce qui a obligé les Etats-Unis, la semaine dernière, à approuver une aide de 225 millions de dollars destinée à son renforcement. Pour l’expert militaire Abdel-Moneim Saïd, Gaza s’est transformée depuis des années en un laboratoire israélien pour tester la capacité de leurs systèmes balistiques.

L’impact du conflit a jeté aussi de l’ombre sur l’économie d’Israël. Selon les médias israéliens, la guerre a coûté à Israël 3 milliards de dollars. Pour la première fois depuis 40 ans, des vols américains et européens vers Tel-Aviv ont été suspendus, affectant ainsi le secteur du tourisme.



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