Semaine du 13 au 19 août 2014 - Numéro 1037
Renforcement des liens avec Riyad et Moscou
  Le président Abdel-Fattah Al-Sissi était cette semaine en Arabie saoudite et en Russie. Investissements et sécurité ont dominé les discussions.
Abdel-Fattah Al-Sissi
La visite d’Al-Sissi en Arabie saoudite a été marquée par des discussions stratégiques sur les conflits en cours dans la région. (Photo : Reuters)
Chaïmaa Abdel-Hamid13-08-2014

C’est d’abord à Riyad en Arabie saoudite que le chef de l’Etat s’est rendu dimanche 10 août. Il s’agit de la première visite officielle du président égyptien dans la capitale saoudienne, depuis son élection, en juin 2014. Le chef d’Etat a évoqué avec les responsables saoudiens les relations bilatérales et le contexte régional. Mais il fut surtout question d’économie.

En juillet 2013, après la chute du régime des Frères musulmans, Riyad avait promis d’apporter quelque 5 milliards de dollars d’aide financièreà l’Egypte, sur un total de 12 milliards promis par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït. Or, l’Egypte n’a reçu pour le moment que 50 % de l’aide sous forme de livraisons de pétrole et de gaz, de dons pour des projets et un important dépôt bancaire.

« L’Egypte est aujourd’hui en pleine reconstruction économique. Le soutien financier saoudien sera vital pour Le Caire au cours de la période à venir, souligne Yousri Al-Azabawi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Outre l’aide financière, l’Egypte table sur les investissements saoudiens pour relancer son économie ».

Le roi d’Arabie saoudite avait annoncé qu’il entendait réunir une conférence des donateurs amis de l’Egypte, à laquelle l’Egypte accorde un intérêt particulier, pour soutenir financièrement l’économie égyptienne. « Cette conférence qui doit se tenir en novembre prochain est d’une importance majeure pour l’Egypte. Des discussions autour de cette conférence étaient probablement sur l’agenda d’Al-Sissi à Riyad », pense Al-Azabawi.

Depuis la révolution du 30 juin en Egypte, les relations avec l’Arabie saoudite sont au beau fixe. Voyant d’un mauvais oeil l’avènement d’un régime islamiste concurrent en Egypte, soutenu par son rival qatari, l’Arabie saoudite avait apporté un soutien sans faille à son voisin égyptien. Sur le plan politique, Riyad avait appuyé la décision du Caire de déclarer les Frères musulmans organisation terroriste. Riyad voit en l’Egypte un soutien de poids face à l’influence iranienne.

Le soutien saoudien au Caire a été renouvelé après l’élection d’Al-Sissi. Le roi Abdallah d’Arabie saoudite avait été le premier à le féliciter après son élection. Le président égyptien l’avait brièvement rencontré le 20 juin, dans son avion à l’aéroport du Caire. Lors de sa visite dimanche, le président Al-Sissi a effectué le rite du petit pèlerinage (Omra).

Outre le dossier économique, les questions régionales ont également été évoquées. « Cette visite intervient à un moment très délicat dans la région, avec l’offensive israélienne sur Gaza et l’avènement de certains groupes terroristes comme Daech et autres, en Iraq et en Syrie. Riyad, qui craint le rapprochement de ces mouvements à ses frontières, souhaite le soutien politique du Caire, explique Al-Azabawi. Les deux pays ont la même vision vis-à-vis des différentes crises dans la région. L’Arabie saoudite à été la première à soutenir le plan égyptien sur la crise à Gaza ».

Contrer Daech

« Il s’agit d’une visite stratégique et non diplomatique. Sissi insiste par cette visite sur le fait que la sécurité nationale égyptienne s’étend jusqu’aux pays du Golfe. La visite vise à étudier l’avenir stratégique de la région menacée par des mouvements terroristes et à chercher à y faire face », explique pour sa part Tareq Fahmi, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

Mardi, le chef de l'Etat s'est rendu à Moscou à l’invitation du président russe, Vladimir Poutine. La Russie avait, elle aussi, soutenu l’élection de Sissi. Un rapprochement avait eu lieu après le 30 juin entre l’Egypte et la Russie. Sissi s’était rendu à Moscou, en février dernier, alors qu’il était chef de l’armée et négociait un contrat d’armement. Les relations entre Le Caire et Washington étaient alors très tendues, après que les Etats-Unis eurent pris la décision de geler les aides annuelles fournies à l’Egypte, suite à la destitution des Frères, que les Américains jugeaient anti-démocratique.

La Russie est aujourd’hui exposée à des sanctions économiques occidentales pour son rôle dans la crise ukrainienne. Or, Moscou a demandé à l’Egypte de lui fournir certaines denrées qu’elle avait l’habitude d’importer de l’Union européenne. « L’Egypte représente aujourd’hui pour la Russie la clé du Moyen-Orient. Une coopération avec Le Caire serait donc aussi rentable pour Moscou qui trouvera dans la région un terrain fertile pour de nouveaux investissements, poursuit Tareq Fahmi, qui estime que bien loin de la coopération militaire qui a commencé dans les années 1960, et le soutien russe à l’armée égyptienne, la visite égyptienne en Russie porte dans le fond un message fort qui s’adresse non pas seulement aux Etats-Unis, mais aussi à toutes les forces internationales et régionales, portant sur la libération du pouvoir de décision de l’Egypte».

Ainsi, cette visite signifie la poursuite des relations stratégiques et le début d’une nouvelle ère de coopération avec Moscou. « Ce rapprochement peut dans cette nouvelle période se traduire par de nouveaux investissements russes en Egypte », conclut Fahmi.




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