Semaine du 23 au 29 juillet 2014 - Numéro 1035
Toujours pas de président en Afghanistan
Maha Salem23-07-2014
 
  Pour la première fois, une vaste vérification des votes a été menée en Afghanistan pour s›assurer des résultats du deuxième tour de la prési­dentielle. Mais plusieurs diffé­rends entravent encore l'annonce rapide du nouveau président afghan.

La vérification des votes des 8,1 mil­lions d’électeurs du 2e tour de la pré­sidentielle afghane, destiné à sauver la première transition démocratique du pays, peinait à prendre son rythme de croisière. L’opération, qui avançait déjà à une allure modérée, a été plusieurs fois suspendue pour défendre le porte-parole de la com­mission électorale indépendante (IEC) Noor Mohamad Noor. Cette vérification des votes du deuxième tour du 14 juin, qui avait opposé les candidats Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani, est organisée au siège de l’IEC à Kaboul, et doit dépar­tager les deux candidats, qui se sont accu­sés mutuellement d’avoir bénéficié de fraude. Au total, l’opération devrait durer au moins trois semaines, selon les pre­mières estimations de l’IEC. Les deux hommes s’étaient mis d’accord la semaine dernière, en présence du secrétaire d’Etat américain John Kerry venu jouer les intermédiaires, sur cet audit inédit afin de tenter d’éliminer du scrutin les votes frau­duleux. Mais les deux équipes émettaient des points de vue divergents sur les signa­tures par les bureaux de vote des formu­laires de scrutin, jugées douteuses dans certains cas. La mise en place des obser­vateurs nationaux et internationaux et de toute l’organisation logistique de l’opéra­tion a pris de court les autorités électo­rales qui ont accusé quelques jours de retard. « Le processus a été plus lent que prévu. Il n’y avait pas suffisamment d’ob­servateurs internationaux, l’IEC n’était pas prête, c’est une expérience nouvelle pour eux », a analysé à l’AFP, Fahim Naeemi, porte-parole d’une organisation indépendante de surveillance du scrutin, la Free and Fair Election Forum of Afghanistan (FEFA).

Par ailleurs, M. Naeemi a ajouté qu’il n’y avait « aucun critère pour l’invalida­tion de votes. Ils peuvent auditer, mais ils ne peuvent pas encore invalider les votes ». Au total, 282 observateurs inter­nationaux avaient été accrédités pour l’opération qui a commencé dimanche dernier, selon l’IEC, la plupart ayant été formés par la mission d’observation de l’Union européenne en Afghanistan. Les observateurs internationaux sont en majo­rité issus des ambassades de pays occi­dentaux dans la capitale afghane. L’examen du processus électoral est jugé crucial pour sauver la crédibilité du scru­tin présidentiel, établir la légitimité du futur président afghan et assurer la stabi­lité du pays à l’approche du retrait des forces de l’Otan. Le bras de fer récent entre MM. Abdullah et Ghani avait fait craindre un regain de tension entre les partisans des deux hommes. M. Ghani, un Pachtoune, est soutenu par une ethnie majoritaire dans le Sud, tandis que M. Abdullah, malgré un père pachtoune, est soutenu principalement par les Tadjiks du Nord. Un tel scénario évoque les pires heures de la guerre civile afghane (1992-1996) qui ont précédé l’arrivée au pou­voir des talibans. Aucune date n’a été fixée pour l’investiture du nouveau prési­dent, qui devait initialement avoir lieu le 2 août mais a été retardée le temps de compléter cet audit des votes.




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