Semaine du 23 au 29 juillet 2014 - Numéro 1035
Entre Daech et Gaza
Najet Belhatemalb23-07-2014
 
  Gaza sous les bombes illustre de plus en plus un monde arabe aux prises avec une incapacité d’agir que ce soit pour éviter les massacres israéliens ou les extrémistes de l'EIIL.

25 soldats égyptiens tués à un poste de sur­veillance à Farafra dans le Désert blanc, Israël perpétrant au vu et au su de toute la commu­nauté internationale ses crimes abjects à Gaza et Daech (Etat Islamique en Iraq et au Levant) chassant les chrétiens de Mossoul après leur avoir imposé de se convertir à l’islam ou de payer un impôt de 450 dollars ou de partir en laissant leurs biens. La poudrière qu’est le Moyen-Orient en ébullition depuis des décen­nies serait-elle en train d’exploser ?

Le camp de concentration à ciel ouvert qu’est Gaza est le condensé de cette pou­drière, l’illustration désastreuse et tragique de ce monde arabe qui lui aussi, à l’instar de Gaza, est sous le siège de ses problèmes et convulsions à répétition. « Il y a une incapa­cité arabe face à l’agression israélienne contre Gaza. Une incapacité ancienne qui n’est pas liée à un régime arabe en particu­lier. Et ce qui circule sur les réseaux sociaux et dans quelques médias comme sentiments de délectation est aussi une autre forme d’inca­pacité qui ouvre les portes grandes aux forces régionales pour qu’elles agissent comme bon leur semble. A chaque agression israélienne terroriste contre les Palestiniens, les diver­gences arabo-arabes s’accentuent et augmen­tent au fur et à mesure de l’intensité de l’agression.

Mais ces divergences ont atteint leur apo­gée en ce moment. L’incapacité devant la folie israélienne n’est pas nouvelle, mais qu’elle se transforme en un outil pour plus de diver­gence ne peut servir que l’intérêt d’Israël et d’autres Etats régionaux au point où désor­mais des chaînes de télévision sionistes sont devenues des sources d’informations tant que cela peut servir les intérêts d’une partie contre une autre », écrit un éditorialiste dans le journal saoudien Al-Hayat basé à Londres.

Le quotidien Al-Masry Al-Yom rapporte une information qui montre que les choses sont allées plus loin « Le propriétaire de la chaîne égyptienne Al-Faraeen Tawfiq Okacha a continué ses attaques contre le Hamas et a fait l’éloge de la mort de centaines de Palestiniens sous les bombes israéliennes en réaction au kidnapping et à la mort de 3 Israéliens en disant : Je lève mon chapeau à l’armée israé­lienne et à la direction israélienne ». Dans la vidéo publiée par le journal, Okacha avance dans le programme qu’il anime le samedi soir en s’adressant aux Israéliens :« Vous êtes des hommes, on vous a tué trois hommes, vous en avez tué 300 ou je ne sais combien, qu’ils meurent ! ». Al-Masry ajoute :« Les déclara­tions de Okacha et d’autres hommes de médias comme Khaïri Ramadan et Ossama Mounir ont été bien accueillies par les médias israéliens durant les derniers jours ». Le quo­tidien Al-Watan rapporte, quant à lui, des propos publiés sur le réseau Facebook de l’écrivaine Lamis Gaber, qui a été une fer­vente opposante à la révolution du 25 janvier, et selon lesquels elle appelle à chasser tous les Palestiniens de l’Egypte et de confisquer tous leurs biens ! Avec les chrétiens chassés de Mossoul par Daech, le monde arabe aura ainsi sur les bras deux nouvelles populations de déplacés. Elle a souligné que la solution est de déclarer les hostilités contre le Hamas, de fermer tous les passages sine die et de bannir le mot cas humanitaires et blessés « qu’ils aillent au diable et nous les compterons parmi les martyrs. Il faut aussi arrêter tout sympa­thisant, l’accuser de haute trahison et retirer le sujet de la question palestinienne des manuels scolaires. Au diable le nationalisme arabe, nous ne le défendrons pas aux dépens du sang de nos enfants (en référence aux sol­dats égyptiens tués à Farafra) ». Dans le même quotidien, l’éditorialiste Moustapha Bakri écrit un long article sur les soldats égyptiens tués à Farafra, il accuse mais ne va pas aussi loin que l’écrivaine, « Il n’y a plus de diffé­rence entre les exactions israéliennes contre les innocents parmi notre peuple palestinien à Gaza, et les exactions de la confrérie des Frères musulmans et des organisations qui lui sont annexées contre le peuple égyptien et ses différentes institutions ! Pourquoi donc ce silence du monde face à ces crimes terroristes commis en Egypte ? Disons-le franchement, il y a un complot international, régional et local contre l’Egypte qui a pour but de faire tomber le régime du président Al-Sissi. Les Etats-Unis ne sont pas loin de ce complot, les décla­rations américaines hostiles à l’Egypte ne cessent pas, les tractations secrètes ont lieu dans les coulisses avec les Frères musulmans, le Qatar et la Turquie ainsi que leurs contours s’éclaircissent de jour en jour. Ils veulent nous imposer leurs calculs ».

Dans un article publié par le site en ligne Mada Masr, l’auteur Chérif Al-Moussa écrit un article plus réaliste et plus profond sur la question : « Personne ne peut nier que l’Egypte affronte des problèmes sécuritaires dans le Sinaï, mais ceux qui connaissent la situation parmi les Egyptiens savent que la cause en est les politiques appliquées par les gouvernements à l’égard des populations là-bas, surtout les bédouins qui ne jouissent pas des mêmes droits de citoyenneté. Et la main liée de l’armée dans cette région, suite aux accords de Camp David, a rendu les choses plus compliquées. C’est un moment difficile pour le Hamas et pour Al-Sissi car, d’un côté, pour le Hamas il y a la destruction et les pertes subies par Gaza et, d’un autre côté, pour Al-Sissi, c’est une épreuve précoce après s’être présenté comme un zaïm arabe que beaucoup de sympathisants ont comparé à Gamal Abdel-Nasser ».




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